
compte rendu de Pierre IVORRA sur la présentation de son livre
"DANS LES COULISSES DU CAC 40"
Une trentaine de personnes présentes ce jour au débat autour de mon livre sur le CAC 40 à la médiathèque d'Hyères. Un tiers de camarades du PCF dans la salle, deux tiers d'hommes et de femmes de divers horizons de gauche, pour l'essentiel des inconnus pour moi. Mon ami Pierre Assante est même venu de Marseille pour apporter sa pierre à l'édifice. Aucun des participants n'était là par hasard et le débat l'a illustré.
Après une présentation de l'ouvrage à partir d'un Powerpoint, la discussion est partie. Pouvoirs et privilèges de l'oligarchie: j'ai ainsi eu l'occasion de lire ce passage du chapitre 5 de l'ouvrage qui commence par le récit d'un procès inventé de Bernard Arnault, patron du groupe du luxe LVMH, qui devant un juge de comédie répond des privilèges que son statut de PDG d'un groupe du CAC 40 lui accorde :

- M. Bernard Arnault, PDG et principal actionnaire du géant mondial du luxe, du parfum, des fringues, et même du diamant, Louis-Vuitton-Moët-Hennessy (LVMH), jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité ? Quel est le montant de la rémunération que vous a versé en 2016 le groupe LVMH sur ses résultats de 2015 ?
- M. le président, je vais essayer de la dire la vérité, mais c’est parfois compliqué, même moi je n’arrive pas toujours à m’y retrouver. Ca tombe de tous les côtés. Je suis tout de même la première fortune française. Ce qui est certain, c’est qu’en 2016, pour mon activité en 2015, j’ai touché de LVMH plus d’un million d’euros de rémunération fixe brute annuelle.
- Plus de 80 000 euros par mois.
- Oui, à peu près, monsieur le président. S’ajoute à cela 2,2 millions de rémunération variable brute et 6 millions d’euros d’actions de performance gratuites.
- C’est un drôle de variable votre variable, cela fait 7 ans qu’il ne varie pas. Même quand les résultats de LVMH ne sont pas autant au rendez-vous il reste fixé à 2,2 millions d’euros. Quant à vos 6 millions d’euros d’actions de performance, le double de 2015, on peut dire que les conditions à remplir pour être jugé performant ne sont pas très performantes.
- Les actionnaires ont approuvé, monsieur le président.
- Certes M. Arnault. Avez-vous d’autres rémunérations du groupe ?
- Oui, une misère en plus, quelques milliers d’euros d’avantages en nature pour ma voiture de fonction et le chauffeur qui la conduit.
- Cela fait un total de 15,6 millions d’euros par an tout de même, M. Arnault. 1,3 million d’euros par mois, 43 325 euros par jour. A vous tout seul, vous gagnez 38 smic mensuels par 24 heures, une bagatelle ! Vous êtes l’un des cracks du CAC, monsieur Arnault, l’un des mieux payés de l’indice.
- Oui, mais faut-il en faire tout un cake ? Si j’en crois une étude réalisée par un cabinet spécialisé que j’ai lue dans un magazine (1), cette année 2016, je suis à peu près à égalité avec M. Carlos Ghosn, le PDG de Renault qui aligne 1,52 million de billets de 10 €, plus de 15 millions d’euros ! Lui, il palpe des deux côtés : côté français avec Renault et côté japonais, avec Nissan, le constructeur nippon associé au français. Et puis, vous savez, il faut savoir fouiller dans les coins, lire entre les lignes. Il y a ce qui saute aux yeux et l’argent plus discret. Je ne veux pas dénoncer mes petits camarades, mais …
- Parlez sans crainte, M. Arnault.
- Vous savez, monsieur le président, il faut tout prendre en compte : les indemnités de départ, celles pour la retraite ou celles en cas de décès pour les ayants droit. Encore une fois, monsieur le président, je ne veux pas moucharder mais par exemple deux dirigeants du Crédit Agricole se font payer le loyer de leur appartement. C’est tout de même un peu raide ! Et ce n’est pas une HLM !
- Oui, mais ce ne sont pas les mieux payés des CACacteurs.
- Vous ne l’aviez peut être pas remarqué, mais dans le même registre il y a quelque 3 ou 4 ans, Lars Olofsson alors PDG de Carrefour, percevait une indemnité de logement de 100 000 euros par an. C’est du logement « social » à 8 300 euros par mois.
- Vous ne l’avez pourtant pas dénoncé alors que vous siégiez au Conseil d’administration de Carrefour dont vous êtes devenu le principal actionnaire. Vous touchez d’ailleurs à ce titre un peu plus de 37 000 euros de jetons de présence. De fait, c’est vous qui contrôlez le groupe Carrefour de concert avec le fonds d’investissement américain Colony Capital, par le biais de deux de vos sociétés installées à Luxembourg, Cervinia Europe et Bunt. Elles sont domiciliées Avenue Marie-Thérèse, dans la capitale du Grand duché. Ce doit être encore une adresse de complaisance, une boite aux lettres, c’est une spécialité luxembourgeoise, et plus particulièrement des cabinets d’avocats installés dans cette avenue. Je sais, j’y suis allé.
- Holala ! Vous êtes bien renseigné, monsieur le président. Sachez pourtant que chez Carrefour l’actionnariat vient encore de changer, j’ai été doublé par les gens des Galeries Lafayette, ils ont maintenant 11,51 % du capital.
- C’est toujours vous qui tenez le manche en 2016 grâce au pacte d’actionnaire conclu avec Colony Capital.
- Pour revenir à notre sujet de discussion, monsieur le Président, je vais vous en raconter une bien bonne. Le pompon c’est tout de même chez Accor, le groupe du CAC 40 qui contrôle les hôtels Ibis et Novotel. En 2014, l’entreprise a contracté une assurance privée au profit de son PDG, Sébastien Bazin, qui lui assurera sur une période de 24 mois une indemnité en cas de chômage qui pourra s’élever jusqu’à 380 400 euros par an. C’est sûr, il n’aura pas besoin lui d’aller pointer à Pôle emploi, et en plus il aura droit à une indemnité de départ de 4,8 millions d’euros !
- Mais tout cela, monsieur Arnault, c’est de l’assistance.
Ces privilèges c'est tout autre chose que le statut des cheminots ! Cela d'autant que la propriété du capital des groupes du CAC 40 donne à cette oligarchie un pouvoir exhorbitant sur la vie des populations en France et pour partie en Europe et dans le monde.
Puis la discussion a porté sur les marchés financiers : en quoi consistent-ils, quelle est leur différence avec le crédit bancaire, quel rôle celui-ci peut-il jouer afin d'inciter les directions d'entreprise à développer les richesses utiles, l'emploi, la recherche, la protection des hommes et de l'environnement plutôt que la rentabilité financière des capitaux.
De là nous sommes passés à la nécessité de maîtriser l'argent afin d'assurer une sécurité d'emploi et de formation aux salariés, sans passer par la case chômage. Peut être aurait-il fallu pousser le bouchon plus loin et réfléchir aux possibilités qu'offrirait aux peuples une Banque centrale européenne animée par un autre cours, d'autres critères d'attribution des ressources monétaires qu'elle crée afin qu'elle contribue au développement des services publics en Europe et, au-delà, des richesses utiles, de l'emploi, de la recherche, de la lutte contre le réchauffement climatique.
Puis est venue la question de l'appropriation publique d'un certain nombre de grands groupes et de banques et de la nécessaire transformation de leurs critères de gestion sous l'impulsion de nouveaux pouvoirs obtenus par les salariés.
Voila donc un résumé succint et certainement très incomplet d'une matinée animée.
Bonne journée à tous.
Pierre IVORRA, Hyères, Samedi 31 mars 2018
(1) 17e rapport du cabinet Proxinvest sur « La rémunération des dirigeants des sociétés du SBF 120 ». Le SBF 120 est un indice de la place de Paris composé des titres du CAC 40 et de ceux des 80 sociétés du premier et du second marché ayant les capitalisations boursières les plus importantes et les plus liquides, c’est-à-dire dont un grand nombre de titres sont sur le marché et peuvent être de ce fait achetés et vendus.
LA PRESENTATION DU LIVRE :
QUELQUES RECUEILS ET LIENS de ce blog sur ce lien :






Article déjà publié sur ce blog en décembre 2016





















