/image%2F1563123%2F20260704%2Fob_3b4dc5_couv-boccara.jpg)
Article du 13 août 2018.
Sur « Neuf leçons sur l’anthroponomie systémique », Paul Boccara.
Une lecture ergologique de l’anthroponomie et d’un ouvrage de profonde, nécessaire et urgente analyse progressiste de transformation sociale en santé.
Dans son dernier ouvrage sur l’anthroponomie systémique (1), Paul Boccara, grand intellectuel et grand lutteur que nous avons hélas perdu, dénormalise-renormalise à nouveau les rapports entre ses concepts et catégories qui ont fondé l’économie politique marxiste moderne, celle du capitalisme mondialisé, numérisé et financiarisé d’une part avec l’ensemble des activités humaines d’autre part, tout en affirmant leur unité.
Dénormaliser-renormaliser, c’est ce que fait toute activité humaine, avec des sauts de plus ou moins grande importance dans la continuité des analyses humaines sur la réalité et son mouvement, à plus forte raison quand une analyse se veut de fort contenu inventif.
Il finit d’ailleurs son ouvrage par cette réflexion de haute tenue morale sur l’utilité d’un travail destiné à une conscience réparatrice et de poursuite du développement en santé du processus humain : lire les dernières phrases sur le besoin de cette analyse et de cette invention concluant « Face à l’énormité de ces questions, il est urgent d’y aller, au risque d’essuyer les plâtres, de se tromper ; car il y a une béance formidable, un appel » .
Au centre de son long développement en 9 leçons, la re-génération humaine et les moments du système anthroponomique de re-génération humaine, la scission dialectique de l’étude des règles en mouvement des sociétés humaines non seulement pour les connaitre, mais pour les changer en santé : le moment parental, le moment travail, le moment politique, le moment informationnel et leur unité dans le processus social.
Il accorde une place importante à l’identification et à la symbolisation. Sans réduire à une image cette longue et profonde analyse qui touche aussi à la psychanalyse, mais pas seulement, loin de là, à toute l’accumulation de savoirs dans une synthèse, j’oserai le terme : il faut appeler un chat un chat, ou il faut reconnaitre un objet et le nommer pour que ce nom puisse être usé dans la transmission, la transformation informationnelle nécessaire à la transformation concrète, « physique ».
Je ne crois pas par contre aux limites de Marx qui ne serait pas libéré de l’idéalisme ou plutôt des ses propres limites. Certes toute personne est tributaire des limites de son temps et personne ne l’est, libéré, dans une société qui ne se libère pas globalement de l’idéalisme, mais dans toute situation concrète décrite par Marx, il est clair pour moi que la conception matérialiste dialectique habite son exposé et sa conscience.
La revendication d’une analyse systémique dépassant l’analyse structuraliste habite de même constamment la pensée de Paul Boccara, son exposé et ses propositions transformatrices. Il ne peut d’ailleurs y avoir d’analyse systémique sans un effort permanent contre le retour à la tendance structuraliste de l’observation immédiate des objets isolés par l’observation et la pensée et l’élaboration cérébrale qui s’en suit dont les systèmes de concepts normalisés sont impactés et subissent une normalisation-dénormalistion positive…ou négative. De même pour l’objet « pensée » et son observation en miroir, en aller-retour, en double anticipation du mouvement d’action-observation de l’action, rectification inconsciente et consciente de l’action.
Si l’on peut penser à une dé-désidéalisation furtive de la pensée, c’est plutôt au niveau du vocabulaire de Lénine (plutôt que celui de Marx) et de son temps qui tend à rejeter une formulation relative à une juste conception de la matérialité de la pensée, de crainte de sembler céder à l’idée que les idées modifient directement la matière sans l’intervention de l’action humaine « physique ». C’est le débat sur Dietzgen dont je ne trouve pas que la maladresse de « non intellectuel » soit si négative, au contraire, à partir du moment où on s’efforce d'entrer dans le vocabulaire d’un ouvrier-penseur philosophique, d’un auteur militant.
La pensée est bien un mouvement de la matière, du cerveau humain entre autre, dans son rapport dialectique, interactif, en aller-retour avec le processus social dont le travail, la transformation de la matière par l'homme pour subvenir à ses besoins et leur développement complexe est le moteur.
La poussée de la pensée Marx sur le développement de la pensée transformatrice d’aujourd’hui n’est pas épuisée, à la différence de celle de la révolution d’Octobre, d’un pays à dominante agricole arriérée massive qui a du passer par le mouvement ouvrier naissant pour mettre à bas les oppressions de classes de son temps, et même si le gel de cette révolution, le rejet de la NEP et l’agression impérialiste permanente ont favorisé un régime policier et une organisation militarisée.
Paul Boccara poursuit cette poussée de la Pensée Marx en économie et en philosophie et dans l’étude des règles en mouvement de la société pour les transformer en santé, de façon magistrale, pour moi en tout cas qui suis essentiellement un auteur militant et un militant tout court.
Pierre Assante, 13 août 2018.
(1) (1) Anthropos : l'humain, Nomos : les règles. Etude des normes, des règles dans la société humaine, leur mouvement, leur développement en santé ou pas, et l'intervention de l'humain sur l'humain...
Voir sur ces liens :
et
du blogueur :
POUR UNE RÉPONSE COMMUNISTE, MARXISTE, ESSAI :
https://pierre-assante.over-blog.com/2025/12/choix_philosophiques.pdf.html

