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25 janvier 2026 7 25 /01 /janvier /2026 07:27

 

 

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CE QUE J'AIME. 19 POEMES.

 

 

PDF texte et documents sur ce lien : 

https://pierreassante.fr/dossier/CE_QUE_J_AIME_IMPRIMER.pdf

 

 

 

 

 

Pierre Assante

 

Ce que j’aime

 

 

 

Ces poèmes

 

 

ces poèmes

j’imagine les avoir écrits sur une petite table

comme celle-ci

 

nous serions chez nous et en silence

 

j’écrirais près de toi

 

rien d’original sans doute

mais peut-être un instant

qu’un ami aimerait retrouver en lisant

en me lisant

ou bien une petite histoire avec des mots

banals et tendres

en jeu scandé

jusqu’à ce que la parole suive le pas

d’une danse gaie ou langoureuse

 

****

 

 

 

dehors le vent

 

dehors le vent

affûte un long nuage

 

plus près c’est un crépitement

qu’il faudrait

                   serrer

entre les draps rigides

 

la chaleur est une amie

que l’on sent

                   mais

l’outil secret

                   le sommeil tranche

sa part d’ombre et de rumeur

                                           petite enfant

 

le feu brun du silence

attise l’obscurité

 

tu dors

          ma femme

et ta proche radiation

effleure le secret mécanisme de ma peau

 

le moindre frémissement retrouve son calme

                                                                  tandis que

je reste prisonnier de mon immobilité

 

réveille-toi

 

La lune les murs le froid

                                     crèvent mon souffle

dans cette armée qui serre les coudes

                                                        j’étouffe

réveille-toi

 

ces visages me tordent les yeux

 

n’y plus penser

être seuls moi

                     ton corps

toi

 

mon désir assourdit la nuit

nos sexes interrogent les minutes

les seins les jambes le lit

le cri de la nuque et des vertèbres

 

clameurs  clameurs 

                                clameurs

 

un dernier écho apaise les nuages

                                                l’orage finit

                                                            réveille-toi

 

donnons leur la main

 

****

 

 

tu lis mes poèmes

 

tu lis mes poèmes

ici il fait chaud

 

mon amour

nous avons marché longtemps

dans cette ville

où l’hiver rend tout encore plus sale

où l’on se sent plus seul encor

où l’on ne peut se séparer d’un ami

lâcher sa main

sans avoir peur du froid qui nous attend dehors

 

ma vie s’arrête un moment jusqu’à la prochaine rencontre

car ces rues ne m’intéressent pas

 

nous avons marché un long moment

l’un vers l’autre à notre rencontre

jusqu’à ce grand abri de béton et de verre

chaud et bourdonnant

 

****

 

 

tu pourras traverser la ville

 

tu pourras traverser la ville

encore courir et perdre ton assurance

pas un doigt ne déborde

les portes de la vie

 

tu es comme une barque qui s’entrouvre

sans que craquent les cordages de la forêt

 

une pluie dans les arbres

passe un café recuit

où le grand vent s’accorde

 

tu t’élanceras dans mes bras

et les portes de la vie

noueront une odeur de marbre

 

un long défilé de statues

crie une géométrie circulaire

 

tu diras que tu m’aimes

 

un écho longuement circule dans mes nerfs

à la millième fois tu rouvriras les bras

silencieusement

 

il fallait qu’il en soit ainsi

car tout écho est l’appel du millième besoin de vivre

 

en traversant la ville

du fond des temps

une étrange météorologie des sentiments et des heures

est là patiemment assemblée à partir de quel mal

 

à tes lèvres converge l’enchevêtrement

de mes gestes quotidiens et futurs

 

****

 

 

un petit enfant roux attend le temps qui passe

 

 

un petit enfant roux attend le temps qui passe

 

il tourne autour de l’arbre qui tend ses feuilles

 

une   deux    trois feuilles et l’arbre saute la barricade

 

un petit enfant roux et l’arbre me saluent

 

de la main je tamise le vent

 

une   deux    trois le vent saute l’arbre

 

quand j’ai tourné trois fois autour de la barricade

 

le temps est passé où je t’attendais

 

tu es là

 

****

 

 

je tourne    je tourne

 

 

je tourne     je tourne

un pétale de rire

un pétard    deux pétards

doux           doux

 

un silence

dans une assiette bien au frais

une grappe d’étoiles       je tourne     je tourne

 

des fleurs au milieu de mon nez

pourquoi pas

                    deux yeux

 

jolis jolis

oh la la le rire

quel rire un bruit fumant

un pas         deux pas

une suite pour la vie

pour la vie

 

****

 

 

ma douceur terne au midi

 

 

ma douceur terne au midi

éclatée des miettes silencieuses

sorte de courbe unique et belle

je te tourne serrée et polie

aux yeux des œuvres miséreuses

je te déchire et te dentelle

 

je définis ton apparence

l’ordinateur émerveillé

les buildings en pente tragique

suivant tes traits et ta mouvance

dans cet univers ruellé

et la messe des prisunic

 

je t’ai conduite et veillée

surprise et déferlée encore

dans l’abri de repli et de sable

les vagues échangent leur nausée

le grand froid et le nord

pour ton sang vulnérable

 

puis ton effort irrespirable

ton pas d’orage s’éclaire

les éclats d’haleine les phares

tendent et fondent les câbles

le ciel jaunit les brumes errent

le flot s’unit et se sépare

 

les fumées ballantes les marées

pèsent et s’enlisent au matin

ma douceur terne il faut partir

la buée d’herbe disparaît

viens le vent s’étire et s’éteint

ma caresse claire mon navire

 

****

 

 

je dis que ces rues ne m’intéressent pas

 

 

je dis que ces rues ne m’intéressent pas

cependant tu sais bien que je ne peux m’empêcher

même lorsque nous sommes ensemble

d’écouter

d’ausculter pour ainsi dire

les foules qui les parcourent

 

tu sais aussi que je ne peux entrer dans un bar

sans arrêter mon regard sur chaque visage

 

ces rues et ces hommes

je ne peux en fait que les aimer

ils font partie de ce qui est en moi

depuis mon enfance

 

ma rue

ma ville

 

ils sont uniques              comme toi

et je ne sais plus lequel appartient à l’autre

 

****

 

 

je vous dis comme je vous vois

 

 

je vous dis comme je vous vois

 

dès que le soleil se lève

 

je vous dis courbés de sommeil

 

quand la ville au matin s’éveille

 

quand je vous dis j’entends vos voix

 

et vous que dites-vous de moi ?

 

****

 

 

 

cinq soleils de la nuit

 

cinq soleils de la nuit

 

nos voix

ce tremblement de feuilles

de feuilles minuscules et aiguës

perdues

dans la forêt

                    mon cœur

 

nos cœurs

ce jaillissement de sang

qui enfle le corps au fil des guerres

perdues ou gagnées

sur le tapis des jeux nécessaires

 

nos jeux

ce déploiement rectiligne

des floraisons mêlées

                                inverses

vers l’issue d’une nouvelle saison

 

nos saisons

ce soleil qui s’ouvre sur le réveil

inonde le lit

bouscule les menaces au contour

oublié

          des pluies

 

nos pluies

ce dos courbé dans l’ombre continue des nuages

l’oreille attentive avec

le souffle adouci

l’averse printanière

la dissonance dégradée

                                   du murmure de nos voix

 

 

****

 

 

ouvrez vos yeux dit le poète

 

 

ouvrez vos yeux dit le poète

encore une heure encore un pas

les soucis qui joignent vos doigts

ne les verrait-il pas peut-être

 

« à chaque pas il est des reîtres

qui vous brisent genoux et bras »

des portes qui ne s’ouvrent pas

avez-vous donc la clef cher maître

 

****

 

 

et puis les grèves  les manifestations les élections

 

 

****

 

 

mon tout petit mon amour  (publié dans « La Marseillaise » vers 1960)

 

 

mon tout petit mon amour

ils ont mis tu vois même des noms de fleurs

                                                                  sur elle

ils ont mis des noms de tous les jours

de choses qu’ils aimaient pèle mêle

 

 

de rose ou de volubilis

en orient

              ou en Espagne de femme

aimée comme tu en pleureras de joie

                                                         des noms de

flamme

comme l’étoile sur les édifices

 

 

de choses qu’on s’arrête pour voir

                                                   sur le bord de la route

la vie est longue et voilà longtemps que nous sommes partis

on la respire en tirant sur les chaînes

                                                       mon fils

mais la mort vient sans qu’on les ait rompues

                                                                    toutes

 

 

alors laisse crier

                         fais voile vers la terre

des pétales ont peut-être jauni

tant qu’existe le désert la soif persiste

                                                         la peur aussi

mais en 17 l’oasis a fait trembler la mer

 

 

vois-tu il est dur de chanter pas à pas sur ces noms

mais ils sont aussi sûrs qu’il te reste de rires et de larmes

on le dit de plus en plus et en Grèce on en meurt sans vacarme

pour l’étoile ou la fleur

                                   pour la révolution

 

la brise que le roc dispersait

                                           quelle affaire

les matins sont plus forts les vagues vont monter

je crois que ce rayon dans les eaux est celui de l’été

je crois que ce clairon est celui des batailles sans guerre

 

 

****

 

 

ah qu’importe la césure et la rime aux mots que j’écris

 

ah qu’importe la césure et la rime aux mots que j’écris

toi qui vécut cent fois et mourut et sua sur ta propre poussière

et qui fut à souffrir à aimer à haïr simplement pour ma vie

je demande pardon aujourd’hui par ma voix de ta propre misère

 

ah tout ce temps passé pour cet instant présent

tous ces rêves perdus pour fabriquer mes rêves

tous ces chagrins flétris pour ces chansons d’antan

et tous ces arbres morts pour ces gouttes de sève

 

quel malheur cet espoir sans fin sans issue sans recours

ah frère que sur toi tombe enfin une larme un sourire une flamme

une flamme à la douceur triste et forte un frôlement de l’âme

une femme un abri un silence un ciel bleu un amour

 

 

****

 

 

je ne peux séparer ce qui est devant mes yeux

 

je ne peux séparer

ce qui est devant mes yeux

 

les balcons blancs et les arbres

le linge étendu et la mer

 

tout petit j’ai habité une maison indépendante

d’où je voyais vivre la vallée

 

je suis monté sur un canasson de labour

et j’ai amené la chèvre brouter

 

j’ai vu les oliviers et parfois la neige

des sentiers de colline jusqu’à la mer

 

plus tard j’ai connu la mer

et les dessous de la mer

j’ai pêché au milieu des vagues et des rochers

 

maintenant je fais partie de l’accent et des maisons

j’imagine facilement les sables du Lacydon

et le départ d’Euthymènes accosté aux docks antiques

 

je connais les joies et les peines

de ceux qui parlent dans les bars ou autre part

j’ai bien aimé celui qui a dit dans le temps

« Marseille n’est pas Chicago

mais la ville des dockers

et des travailleurs »

 

 

****

 

 

une grande race sans nom

 

 

une grande race sans nom

inscrite au flanc des vents qui passent

mon ami mon ami au fond

tirant les blocs qui se défont

ride les eaux à la surface

 

froides sans cesse elles s’en vont

cachant de leur pli les crevasses

à peine nées déjà s’effacent

l’écume éperdue et les traces

que fait l’effleur des tourbillons

 

mais les oiseaux de haute taille

que la mer longuement poursuit

survolent en criant les failles

où le doigt des algues bataille

à crever au-dessus de lui

un miroir de larges entailles

         tandis que la plaie se détruit

         vague après vague au loin les pluies

         l’eau des marécages et les puits

         dans la forêt cachent leurs entrailles

 

un jour viendra la race vive

mon ami mon ami viendra

ayant repoussé le gravât

hors des lames des entrelacs

où le monde étonné dérive

 

sa voix volant arrive arrive

qui s’étend dans le contrebas

approche en oscillant la rive

et crie de vivre vivre vivre

au vent rauque qu’elle combat

 

 

****

 

 

je suis un révolté je l’écris

 

Ma jeunesse ce soir

 

je suis un révolté   je l’écris

qui crie de vivre mal son amour

et ce sont les jours qui passent à mon

écoute         sans trouver la façon

à chercher la ligne des labours

l’on croit perdre son temps et sa vie

 

ni plus ni moins les arbres meurent

et les animaux s’amourachent

je n’y peux rien les villes poussent

 

puis les uns ont le regret des mains

des seins purs et de leur cœur qu’ils n’ont

pu user jusqu’au bout     les autres

la jeunesse  oui     compte les fautes

les chaînes les rivières sans pont

à perdre le sens de leur besoin

 

je suis le jeune et je suis le vieux

eux deux que seule l’heure sépare

le bonheur instant de jouissance

et la poursuite de sa vivance

cela est le miel brun de leur espoir

et la raison des songes pieux

 

la plus forte lame de l’émoi

la brise du conte réel c’est

encore la femme et l’enfant que

l’on tient dans ses bras que l’on marque

ou l’on croit à soi cela est vrai

pas à pas de sa bouche à sa voix

 

il est des reflets qu’il faut défendre

celui des cheveux celui du vent

ce n’est pas le motif d’une croix

un signe qu’on prend pour une foi

ni une étrange meute pourtant

cette raison commune à comprendre

 

là-dessus vient se mêler la pluie

les intermittences du rire

les défauts e communication

mes poèmes d’été mes soupirs

mes ruisseaux de gel mes oublis

 

 

****

 

 

J’avais dix ans

 

J’avais dix ans

 

J’avais                                      dix ans

 Dans les blés sifflent           les criquets

 

 

Le soleil            commence à rougir les herbes

    Je voyais                                           sa maison

 

 

Le moulin à eau qui entraîne la pompe

Mêle         ses cris au bourdonnement                    de l’air

        un mas                                           sur le coteau

 

 

la charrette de foin             frais

                               elle riait

roule               dans une ornière

        et blonde

penche                           dangereusement

           de si jeunes yeux

 

 

tout cela      est encore                 ici

              toi                  que j’aime

 

qu’y a-t-il        de changé

                 ceci                 est

 

 

ce sont des souvenirs                    qu’on arrache par lambeaux

                                  mon enfance

et dont le métal             terni

                         regarde

porte la gravure de songeries                     nouvelles

                                              mon enfance

 

 

****

 

 

pour contempler un vol d’oiseaux

 

 

pour contempler un vol d’oiseaux

ou le silence des étoiles

il faut élever son regard

car il est des gestes

inexplicablement

essentiels

 

 

quand un fracas de nuit blanche

s’étend dans tes nerfs

ronge ta peau et tes certitudes

souviens-toi

que les hommes

      six jours durant

attendent le Dimanche

 

 

****

 

Sommaire. Pages

 

2 Ces poèmes

3 dehors le vent

5 tu lis mes poèmes

6 tu pourras traverser la ville

7 un petit enfant roux attend le temps qui passe

8 je tourne je tourne

9 ma douceur terne au midi

10 je dis que ces rues ne m’intéressent pas

11 je vous dis comme je vous vois

12 cinq soleils de la nuit

13 ouvrez vos yeux dit le poète

14 et puis les grèves les élections les manifestations

15 mon tout petit mon amour  

17 ah qu’importe la césure et la rime aux mots que j’écris

18 je ne peux séparer ce qui est devant mes yeux

19 une grande race sans nom

20 je suis un révolté je l’écris

22 J’avais dix ans

23 pour contempler un vol d’oiseaux

 

 

Pierre Assante 1960-1965,

revue « POEMES »

et

« CE QUE J’AIME »

 

 

 

 

 

 

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commentaires

B
Super !
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  • : Le blog de pierre.assante.over-blog.com
  • : Ce blog contient, sous la forme d'essais,de nouvelles, de poésies, une analyse des contradictions du mode de production, des devenirs possibles, en particulier en rapport avec l'activité humaine, le travail, l'ergologie
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