Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
12 février 2023 7 12 /02 /février /2023 07:19

 

Fréderic Boccara

Intervention au CN du PCF des 4 et 5 février 2023

 

1Le vote des communistes à 82% pour le texte proposé par le conseil national confirme le choix de réorientation fait au 38è congrès, puis pour l’élection présidentielle, le choix de sortir de l’effacement et de pousser l’originalité communiste, la développer et la donner à voir.

2- Sont devant nous, à présent, des chantiers de travail pour un PCF agissant et utile à un changement profond de société, un changement révolutionnaire.

Ce sont les chantiers de la novation communiste :

Celui d’une sécurité d’emploi ou de formation (SEF) ;

Celui d’une nouvelle civilisation dont l’exigence ne cesse de monter, une nouvelle civilisation c’est-à-dire à la fois une tout autre anthroponomie ― un autre sens et d’autres règles à la re-génération humaine ― et une tout autre économie, tout particulièrement d’une autre relation à l’argent ;

Celui d’institutions nouvelles, ce qui implique un rapport renouvelé aux élus et aux luttes

Celui de l’organisation du PCF

Celui de la formation (voir note du blogueur), de l’appropriation et du développement de la théorie marxiste, en particulier : sur le capital et l’Etat, sur le lien entre social et sociétal, les révolutions anthroponomiques qui montent et les réactions des conservatismes exacerbés, sur l’analyse du capitalisme et de la crise du CME, l’analyse des nouvelles multinationales et de la révolution informationnelle, sur l’écologie ;

Celui enfin du monde et de l’internationalisme, d’un nouveau fonctionnement du monde, d’une nouvelle organisation

3- Je veux m’arrêter un instant sur cette question de l’état du monde et du besoin urgent d’une tout autre mondialisation. Nous avons la guerre, une guerre entre deux impérialismes et deux capitalismes (Russe et Etats-Unien), nous refusons la livraison d’armes ― fort heureusement, après l’épisode choquant du vote de la résolution à l’Assemblée Nationale ― et nous devons affirmer l’urgence de sortir de l’OTAN. Ce dernier point serait, en particulier, décisif pour parler à tous les belligérants et progresser vers une paix plus juste et viable. Mais il y a aussi les souffrances considérables des pays du Sud, parfois sous-estimées je crois, la domination du FMI, pas assez mise en lumière, et l’attaque du capital contre tous les peuples avec la hausse des taux d’intérêt par les banques centrales des pays capitalistes dominants, hausse soutenue encore cette semaine par le FMI au risque assumé d’une récession mondiale.

Tout cela pour dire que je pense que nous sommes à un tournant historique d’exigence extrêmement urgente d’un tout autre état du monde, d’une autre mondialisation. Je reviens de Cuba, où j’ai participé aux 5èmes rencontres internationales José Marti « pour un autre équilibre du monde », avec 1.200 délégués et contributeurs de plus de 80 pays. Eh bien, nous devons comme le propose Fabien dans son rapport lancer une grande campagne de solidarité contre le blocus dont Cuba est victime. Mais nous devons aussi ne pas nous en tenir à la solidarité. Notre internationalisme doit être aussi un internationalisme de batailles communes. Il faut lancer en même temps une bataille contre le dollar et pour une monnaie commune mondiale alternative à celui-ci, affectée au développement des services publics et de l’emploi, appuyant notre campagne pour le partage des savoirs et des technologies, au lieu des monopoles dont le blocus fait partie.

C’est d’ailleurs non seulement dans ce sens, de luttes pour une autre mondialisation de partage avec le rôle décisif des critères d’utilisation de tous les fonds, que je suis intervenu à la conférence internationale et que j’ai discuté avec mes homologues cubains. Mais c’est aussi la réponse implicite du président cubain Diaz-Canel revendiquant « une mondialisation et la solidarité » (Fidel), avec des exigences de partages, à Y. Varoufakis, l’ancien ministre des Finances de la Grèce qui, au nom de « l’internationale progressiste » insistait de façon nationale sur la « souveraineté » et sur les élections, sans exigences précises sur les institutions internationales.

Cet enjeu ne va faire que monter. Nous devons le prendre de façon offensive, faisant monter en régime la bataille pour une autre Union européenne, pour un autre rôle de celle-ci vis-à-vis des Etats nationaux et dans le monde. J’insiste sur le caractère décisif que vont revêtir les élections européennes de 2024. Il ne faut pas les refouler mais, au contraire, les préparer bien en amont par une bataille de fond.

4- Avec la grande bataille sociale actuelle sur les retraites en France nous sommes, en quelque sorte, dans les travaux pratiques de la novation communiste comme je le dis dans l’éditorial d’Economie & Politique.

Travaux pratiques pour articuler « contre » et « pour ». S’exprime la vision gauchiste ou sociale-démocrate selon laquelle qu’il n’y a pas besoin d’une réforme. La macronie prête à toute la gauche cette vision conservatiste qui nie les problèmes. Pour notre part, nous insistons sur le besoin de réforme, car le besoin de revenir à 60 ans est urgent comme celui de changer le travail et de créer des emplois, massivement et tout autres, et car cela exige des réformes radicales sur les financements. Et nous devons insister : cette bataille « pour » une autre réforme renforce le « contre », le rejet du projet Macron-Borne. Car on est d’autant plus contre un mauvais projet que l’on voit qu’il faut faire autrement, et qu’on le peut.

Travaux pratiques pour une nouvelle civilisation d’un temps libéré ― mais articulé au travail, à l’image de ce que doit être la retraite par répartition ― et d’une nouvelle relation à l’argent, aux pouvoirs sur l’utilisation de l’argent, aux entreprises. Une bataille qui ne se cantonne pas à des exigences « sociétales », qui les articule avec tout le reste.

Travaux pratiques de la SEF, aussi, avec tout particulièrement la bataille que nous devrions lancer, au sein même du mouvement, pour des pré-recrutements dans la fonction publique (100.000 à l’hôpital, 50.000 dans l’éducation, mais aussi dans le transport ferroviaire ou dans le service public de l’énergie) : avec une promesse d’embauche, une formation, un pré-salaire donnant lieu à cotisation, ils consolideraient tout de suite le système, financièrement, et à terme par l’apport de ces jeunes pré-recrutés lorsqu’ils travailleront : apport à la société en termes de santé, éducation, transport écologique et apport au financement du système par les richesses qu’ils créeront.

Voyons bien l’immense exigence de formation et la centralité que tend à prendre la dualité formation/emploi.

Travaux pratiques sur les idées aussi. Premièrement, nos propositions alternatives d’un autre financement : une taxation des revenus financiers des entreprises (les dividendes qu’elles s’échangent, en particulier) mais aussi, ce qu’on à tendance à omettre, un levier pour emmener les entreprises vers une tout autre gestion, avec la surcotisation pour les entreprises qui taillent d’ans l’emploi, les salaires, l’égalité femmes-hommes, qui est une modulation à la hausse des cotisations sociales. Deuxième idée, éclairer sur les causes de la réforme voulue par E. Macron : c’est que le capital a faim, faim de profits, avec la hausse des taux et avec son gonflement gigantesque.

5- J’insiste, avancer nos propositions renforce l’ensemble des propositions. Si nous la portons bien, l’originalité communiste renforce la gauche et le mouvement. Et nous sommes capables de le faire.

Notre projet, c’est une ambition sur l’objectif : la retraite à 60 ans, pour le cas général et plus tôt pour de nombreux métiers ; la prise en compte des années d’études ; un autre travail et de meilleurs salaires. Et sur le financement, notre projet est capable de faire bouger l’ensemble de la gauche. Elle s’exprime de plus en plus en faveur de la taxation des dividendes …. mais parfois en se restreignant à ceux reçus par les ménages au lieu d’insister sur les dividendes reçus par les entreprises. Elle avait commencé, en 2020, à s’exprimer aussi en faveur d’une forme de modulation et de pénalisation du comportement des entreprises, mais encore trop flou et très limitée (surcotisation pour certains contrats précaires notamment, mais pas pour l’ensemble de la politique d’emploi).

Il s’agit d’emmener les entreprises vers un chemin de progrès.

Nous devrions proposer dans les jours qui viennent un argumentaire à nos camarades, notamment pour les meetings départementaux.

Permettez-moi de souligner l’Appel pour une autre réforme et avec des propositions précises que j’ai pu lancer avec des dirigeants syndicaux (CGT, CFE-CGC, FSU, SNES, SUNIPP, SNESUP, SUNEP, SNEP), responsables d’organisation de jeunesse (JOC, Unef, Voix lycéenne, JC, UEC), des responsables d’associations écologiques représentées au CESE, des intellectuels et personnalités (R. Gori, G. Perret, P. Krasucki, P. Caillaud-Croizat).

Permettez-moi de remarquer que nous ne jouons pas assez collectif là-dessus : alors que d’autres (comme Politis) promeuvent des appels, au contenu mince, l’Humanité, qui s’est pourtant déplacée à la conférence de presse de l’appel, ne cherche pas sa mise en valeur, sa promotion. Pourtant, en toute autonomie bien sûr, nous devrions nous épauler, nous renforcer les uns et les autres. En 1995, la contribution très active, et quasi-quotidienne, de l’Humanité au lancement et à la promotion d’un appel de cette nature avait très fortement contribué à la force du mouvement, à son élargissement et à la bataille d’idées.

Voyons bien que cette démarche porte l’idée du lien entre des exigences de civilisation, une tout autre production, la centralité d’un développement de l’emploi-formation, et une autre utilisation de l’argent, appuyée sur de nouveaux pouvoirs démocratiques et une autre culture.

Ces questions sont décisives pour tous nos combats. Mais elles ne progresseront pas « naturellement », surtout avec la force des idées fascisantes, celles de conciliation et de renoncement ou les simplismes. Une démarche volontaire de l’Huma sur l’appel serait jouer collectif pour la gagne. Les idées n’avancent pas toutes seules et la passivité sur les idées n’est pas révolutionnaire…

Les résultats du vote de la base commune du 39ème congrès est un résultat remarquable.

►- Il confirme dans un temps pas facile, alors que les coups tombent de partout, invitant au repli, un choix d’orientation fait au 38ème congrès, choix qui était même si on l’a peu dit, un vrai évènement politique.

Un signe fort, clair, novateur vers la construction d’un parti communiste nouveau et du même coup, un vrai signal pour la mise en route d’une phase politique, sociale, économique nouvelle pour notre pays.

►- Il affirme la volonté des communistes de disposer d’un parti indépendant, autonome dans son fonctionnement, ses prises de décisions, son action. Un parti qui se fixe des objectifs et qui se donne les moyens de les atteindre. Un parti qui loin d’abandonner l’idée du rassemblement à gauche, crée véritablement les conditions de le construire par son apport original sur les idées, en termes de propositions, de contenus et de projet. Un parti qui mène le combat contre le capital pour le dépasser son système et non l’aménager.

 

SUITE :

https://enavantlemanifeste.fr/2023/02/11/frederic-boccara-intervention-au-cn-du-pcf-des-4-et-5-fevrier-2023/

 

NOTE. PIERRE ASSANTE : Une réflexion du blogueur.

11 février 2023

Très bien ! Tout à fait d’accord. Et comment ajouter de façon « audible » pour tous dans le chantier de formation, comme le faisait Politzer, la question de la pensée dialectique par rapport à la pensée de non-contradiction dominante qui induit les « solutions » opportunistes de droite et de gauche dans l’action ouvrière et populaire.

Question liée aux limites systémiques du mode de production et d’échange capitaliste.

La non-connaissance des limites propres au développement capitaliste (baisse tendancielle du taux de profit, suraccumulation-dévalorisation du capital) induit toutes les croyances à la possibilité de réformer le système sans le transformer qualitativement, radicalement, générationnellement, et par là tous les concepts sociaux-démocrates ou chrétiens démocrates et les illusions qui plombent l’efficacités des luttes revendicatives, économiques, politiques, sociales et sociétales en unité.

C’est finalement l’idée d’un « équilibre juste » entre salaire et plus-value qui prédomine dans la pensée revendicative, et qui est exploitée et promue par le capital ici et partout pour rabaisser le niveau des besoins sociaux, « difficultés obligent ! »

Dans la bataille des retraites, l’idée de « l’obligation par les difficultés » promues par le pouvoir recule au profit de l’énoncé des besoins réels par les manifestants. S’appuyer sur cette avancée idéologique peut permettre l’avancée d’une pensée contradictoire, dialectique, efficace pour les luttes, par rapport à la pensée non contradictoire millénaire qui plombe l’organisation du salariat depuis le congrès de Gotha, et bien avant bien sûr.
Amitiés. Pierrot.

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de pierre.assante.over-blog.com
  • : Ce blog contient, sous la forme d'essais,de nouvelles, de poésies, une analyse des contradictions du mode de production, des devenirs possibles, en particulier en rapport avec l'activité humaine, le travail, l'ergologie
  • Contact

pierre.assante.over-blog.com

Recherche