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DROIT DE DOMINATION
Lorsqu’on lit Pline le jeune (52-113), neveu de Pline l’ancien qui mourut en tentant de secourir les victimes, et ses pairs de l’Empire, de l’éruption du Vésuve qui engloutit Pompéi, Pline le jeune qui vécut sous l’empereur romain Trajan, on peut constater son souci de justice et d’humanité.
Sans cesse il se demande pour ses propres esclaves, comme pour les chrétiens de Bithynie (Nord-Ouest de l’actuelle Turquie) dont il est légat impérial, comment se comporter le plus humainement possible, comment ne pas abuser de son pouvoir, de la violence du pouvoir.
Il semble que Trajan lui-même se pose les mêmes questions.
Pourtant ils considèrent tous deux, l’état d’esclave et l’état de chrétien persécuté comme naturel, comme réalité éternelle du monde dans lequel ils vivent.
C’est la question que se pose aussi « le Guépard » (du roman de Lampedusa) lorsqu’il va voir la jeune prostituée dont il jouit de la soumission, elle-même se plaçant en situation de soumission et de gratitude de la façon plus humaine qui semble être celle du « Guépard ».
Une différence : le « Guépard » sait qu’il est en situation e domination sur elle et comprend qu’il y a la quelque chose de « pas naturel ».
Nous considèrerons aujourd’hui l’esclavage comme tout à fait non naturel et repréhensible et comme mode de production dépassé.
Mais aujourd’hui nous considérons la vente l’achat pour de l’argent et souvent pour peu d’argent, peu de valeur marchande, l’achat de la force de travail comme naturelle et éternelle. Au point que remettre en cause cet achat de la force de travail semble une utopie incroyable, irréalisable, si ce n’est stupide.
Vendre son travail contre un salaire, lui-même n’étant qu’une part de la valeur créée, le reste allant au capital, et une part sans cesse moins importante en relativité par rapport à la croissance de la productivité, et la domination que contient cette vente, y compris dans les choix précis d’usage concret, réel de cette force de travail, est inouï !
Certes il y a des comportements et des questions sur la justice de la part de qui achète la force de travail comme il y avait des questions sur le sort des esclaves. Mais cela ne résout en rien la question du mode de production capitaliste basé sur cet achat-vente. Et qui, privilégié du système, se pose la question ne peut que répondre par la lutte des classes, sous les formes adaptées à l’histoire du moment et à l’histoire tout court. C’est ce que faisaient les petits aristocrates pour l’Ancien Régime, qui contestaient la monarchie et ce que fit Engels lui-même pour la capital, fils de manufacturier et capitaliste lui-même en aidant le mouvement ouvrier, et Marx par la même occasion, dans leur action commune de libération du monde des salariés ; et des ouvriers de main d’œuvre, de production des biens matériels « tangibles » au cœur-centre de la résolution des besoins sociaux
Ne pas pouvoir décider de ce que l’on peut et doit faire de soi-même, l’usage de soi par et pour les autres à sens unique, sous domination, est inouï !
C’est ce que disaient Marx et Engels déjà dans le Manifeste du Parti communiste de 1848. Ce manifeste a subi depuis bien de vicissitudes, de la part de ses détracteurs comme de la part de ses supporters, mais le problème social reste entier, à l’échelle des petits siècles de l’histoire du capitalisme (2, 3 ? Quelques autres en y incluant les prémices ?).
Il n’y aura de nouvelle civilisation ni de santé sociale suffisante pour vivre, tant que la question ne sera pas posée et résolue générationnellement, radicalement, progressivement.
Progressivement certes, mais la course entre la maladie de la société dont l’immense crise à ses débuts se développe, et les remèdes de transformation sociale, cette course est entamée et même urgente pour et dans le sens du monde du travail !
Pour les remèdes, je renvoie une fois de plus aux solutions de l’école marxiste d’économie de régulation systémique (voir Economie & Politique).
Les réformes du capital ne constituent pas à réduire le temps de travail, ni augmenter les salaires en fonction des besoins sociaux et de l’homme en rapport commun, ni de sécuriser l’Emploi et la Formation, vers l’abolition de l’achat de la force de travail du salarié, vers l’abolition du critère du profit maximum immédiat P/C, mais d’adapter le temps de travail et les « primes » de plus occasionnelles, aux besoins du profit, ce que les salariés ont encore un peu de mal à refuser pour vivre, pour le moment ; et ce qui ne peut durer.
Pierre Assante. 23/02/2023 16:12:21.
« 20 thèses » : http://pierre-assante.over-blog.com/2023/02/du-22-fevrier-2020.le-recueil-20-theses.html

