CRISE DE LA PRODUCTION !
Par Pierre Assante
La masse de capitaux injectée par production monétaire ne peut résoudre la crise de production des biens nécessaires à la vie humaine, dans ses relations entre les humains, dans ses relations avec la nature. L’organisation de l’accumulation capitaliste, arrivée au paroxysme ne peut faire marche arrière et se pose d’une façon imminente le besoin de transformation qualitative du mode de production et d’échange.
C’est ce que veulent dire ces 4 articles de fin 2008-début 2009 en pleine crise dite des subprimes qui est en fait un premier grand ébranlement de la mondialisation capitaliste financiarisée, numérisée, crise allant bien au-delà de la crise de 1929, parce que structurelle : l’accumulation du capital congénitale au système, la révolution scientifique et technique, l’explosion de la productivité, tout ensemble ont conduit à une baisse tendancielle du taux de profit et une suraccumulation-dévalorisation du capital et une opposition, une contradiction antagonique insoluble entre le système économique et social actuel et les besoins sociaux.
Crise de production, d’approvisionnement, impossibilité de régulation.
1) Pouvoir sur l’argent (Un autre usage de la production monétaire, du crédit, des FONDS démocratiquement gérés en fonction des besoins sociaux, Droits de Tirages Spéciaux du FMI contre la domination du dollar), 2) et sécurité d’emploi et-ou de formation 3) avec des droits du travail et de l’homme producteur nouveaux transférant des pouvoirs aux salariés dans la gestion de l’entreprise et de l’Etat, vers un dépassement-abolition de la vente de la force de travail, sont au cœur d’un processus en santé de sortie du système mourant.
Le premier des 4 articles est une contribution publiée sur le site du Congrès du PCF de 2008.
07/04/2021 05:19:10.
Page 1 La crise de la répartition, c'est la crise de la production et de son mode.
Page 4 Mettre l’humain en mouvement, se mettre en mouvement.
Page 6 Le processus de normalisation - dénormalisation – renormalisation.
Page 7 Pour une autre « défense » du mode de production : son dépassement.
La crise de la répartition, c'est la crise
de la production et de son mode,
CRISE DE LA PRODUCTION !
ET RIEN D'AUTRE.
L'apparence des choses est trompeuse.
Et nous sommes trompés par nos sens.
Pour deux raisons.
Une raison naturelle : les conséquences, dans le mouvement qui se présente à notre observation, sont plus évidentes que les causes.
Les causes sont « lointaines », ce sont les conséquences qui sont immédiatement apparentes à notre vue, à nos sens, à nos sentiments ;
Une raison sociale : résoudre nos besoins quotidiens passe par l'échange. Cet échange est déterminé par la marchandise. Et la marchandise par l'argent.
La substitution du besoin et du désir par la quantité de valeur inverse les rapports sociaux et l'inversion des rapports sociaux entraîne l'inversion de la représentation que nous nous faisons de la réalité.
Pour le militant, c'est à dire celui qui recherche les solutions à la question sociale, cela fait des partis une pépinière de petits Proudhon et de petits Lassalle, non de synthèse mais « d'erreur composée ».
Un exemple « mécaniste », une métaphore, pour donner une idée de l'inversion des causes et des effets : un moteur est « mort ». Il est usé.
La cause est l'USURE. NON ! La cause est le mouvement de chaque instant qui a entraîné l'usure. L'usure qui est une réalité apparaît comme une cause alors qu'elle est un effet, une conséquence du mouvement. C'est dans le mouvement, son observation, son étude, que l'on peut dominer la question de l'usure et à quel moment on peut encore « réparer » et à quel moment « remplacer ».
Mais une société ne se répare ni se remplace comme un moteur. Elle est une construction continue parce qu'elle est une « construction BIOLOGIQUE » et une « construction pensante ». C'est-à-dire que l'humain s'auto-crée et s'auto-transforme.
La crise n'est pas « financière ». C'est une crise de la PRODUCTION. Nous inversons causes et effets en croyant le contraire. Les « lois d'usure du capital » sont contenues dans « Le Capital » de Marx qui a pu observer dans des conditions meilleures que nous ces lois. Conditions meilleures pour plusieurs raisons : proximité de leur formation, « virginité » de l'observation. « L'état de besoin » des théoriciens dominants les rend soumis au capital. Ils sont de plus au même titre que chaque humain soumis à cette « inversion des sens ».
La représentation de la société à partir du mouvement de consommation coupé de la production est significative. Cette inversion s'étend à tous les domaines. La représentation des institutions prend le pas sur celui de la production. Dans les esprits, ce n'est plus la production qui détermine les institutions mais le contraire. Tout est imaginé comme si toutes les activités humaines étaient indépendantes de la production, comme si elles étaient des fonctions indépendantes de la fonction générale de production. Comme si production de symbole était indépendante de production dite « matérielle », comme si la production de symboles n'était pas une fonction de la fonction générale de production. Et le dogmatisme de la production qui a marqué le mouvement ouvrier n'est que le reflet inversé de cette même dichotomie.
La « métamorphose » du parti, sa « mutation » est du même ordre. Elle tente de répondre au dogmatisme par un retour à l'inversion commune, dominante.
Je ne vais pas ré-écrire ici « l'introduction à la critique de l'économie politique » de 1857 et encore moins « Le Capital ». Je veux simplement décrire l'état de confusion du mouvement du salariat, du mouvement des producteurs stricto sensu et du mouvement populaire en général. Tout peut naître de cet état de confusion. Mais cet état de confusion n'est pas sans danger évidemment, d'autant plus que les moyens d'auto-destruction de l'humanité sont devenus terrifiants tant sur le plan de l'organisation sociale que sur ses capacités de destruction physique.
Evidemment, il y a un rapport dialectique entre toutes les fonctions de la société, toutes les activités. Mais la reproduction élargie de l'humanité ne peut se faire que par la fonction globale de production, la production dite « matérielle » étant à la fois « au centre » et « à la périphérie », le « témoin » et le « moteur ». La « fonction symbolique » est dans la « fonction de production d'objets ».
La hiérarchie entre « le symbolisme » et le « matériel » est une fonction elle-même. Elle découle de la division sociale du travail elle-même sous-tendue par l'accumulation privée des richesses, par la propriété privée des moyens de production.
Le mode de production et d'échange est un mouvement. Il est l'existence même de la société humaine. Il ne peut subir ni de métamorphose ni de mutation génétique. Pas plus que les éléments qui le composent, partis compris.
Chaque élément est en rapport dialectique avec les autres, chaque « fonction » avec les autres, entre elles, et toutes avec la « fonction » globale. Cette présentation des fonctions elles-mêmes est une abstraction nécessaire à la pédagogie mais en tant qu'abstraction, une simple vue de l'esprit ne représentant pas une réalité autre que cette représentation. Elle est utile et fait partie de la « production symbolique » indispensable à la « production matérielle ».
Il y a quelque chose non d'inhumain (l'inhumain étant dans l'humain) mais d'indécent chez les nantis de la production symbolique.
Résoudre la question de la répartition des richesses, c'est d'abord résoudre la crise de la production. J'ai tenté d'expliquer, avec et après d'autres, en quoi consiste cette crise dans « Métamorphose du travail 3 ». Il y a dans le « cri » lancé sur la répartition des richesses, l'ignorance de la création des richesses, des lois qui de moteur du développement des forces productives ont fait du capitalisme un frein au développement des forces productives, tant en quantité qu'en qualité.
La confusion entretenue soit dans la sous-estimation de la classe ouvrière dans le salariat soit dans sa sur-estimation est du même ordre. Il n'y a pas uniformité dans le salariat, pas plus que dans toute chose, et toute chose de la vie humaine. Il y a une fonction globale et des fonctions sans existence indépendante. Toutes dépendent l'une de l'autre, sont l'une dans l'autre. Mais une chose est tangible si on veut bien la toucher, c'est le rôle de la marchandise en tant qu'objet fabriqué, en tant que valeur d'échange marchande en système capitaliste.
Contourner cette réalité, c'est s'allier objectivement au capital, renoncer au mouvement qui abolit l'état actuel des choses du système capitaliste. C'est reconstituer sans cesse le programme de Gotha qui a paralysé le mouvement du prolétariat, même si le prolétariat a trouvé des chemins indépendamment de ce programme. C'est être des Lassalle et des Proudhon, faire des erreurs composées impuissantes et non des synthèses opérationnelles.
Libérer le travail. Rendre une cohérence à l'activité de la personne en la libérant non des nécessités mais des contraintes sociales de classe par une cohérence globale de l'activité humaine, dans sa multiplicité et sa diversité -diversité multiple-. Abolir le salariat et la domination sexiste, les divisions sociales du travail. Abolir la mesure quantitative de l'échange au profit du besoin. Repérer les « finalités en mouvement ». Humaniser la nature, naturaliser l'humain. Libérer le mouvement de prise de conscience de la nature sur elle-même qu'est l'humanité.
Les droits de l'homme, ce n'est pas seulement le type de rapports qu’on a avec les autres ou que l’on aimerait que les autres aient avec soi. Les droits de l'homme c'est la capacité d'agir librement ensemble, de contribuer librement à l'activité humaine. Avoir ce droit c'est avoir tous les autres, droit un et indivisible. Idéal démocratique d'une révolution bourgeoise qui s'est brisé sur la propriété en niant l'usage. L'usage élargi à la richesse pour tous. Le mouvement ouvrier a élargi relativement cette possibilité en rétablissant partiellement des droits indépendamment des inégalités naturelles comme la maladie, avec la sécurité sociale, par exemple.
Dans d'autres domaines aussi. Mais aucune de ces avancées n'est allée jusqu'à la démocratie du travail, celle qui rejette la domination du « que produire et comment produire », domination liée à la propriété privée et au salariat.
La démocratie est liée non seulement aux institutions, mais au travail et à la production, et le mode de production détermine le type d'institution. Si le domaine d'activité est privé, aux mains d'intérêts privés, la démocratie ne peut être que tronquée, limitée, sujette à reculs à tout instant. Dans chaque recul il y a aggravation de la crise de la production.
La démocratie est née de la Cité, la mondialisation méditerranéenne, l'artisanat. L'artisanat est une forme supérieure d'alliance du cerveau et de la main. Le mode de production athénien antique a porté une classe marchande dominante avec des alliés historiques. La révolution française de même. Dans les deux, les travailleurs des techniques artisanales jouent un rôle-clef. Dans les deux le lien entre le travail, la démocratie, les techniques de production est évident. Dans la révolution française, la fédération nationale des cités va donner à la prise de pouvoir révolutionnaire un marché national.
Le rôle des techniques informationnelles, qui n'élimine pas les autres mais les domine, la dissolution relative des marchés nationaux au profit d'une féodalité industrialo-financière mondialisée, la transformation du salariat qui en découle, doivent donner des formes nouvelles aux droits de l'homme, les rapprochant de droits véritablement universels, celui de la démocratie de la production, le communisme qui ne sera toutefois qu'une finitude en mouvement illimité.
Une réflexion pour une nouvelle organisation du travail, une cohérence entre la personne et l'activité globale de production, et l'activité globale de production doit passer par une réflexion sur l'artisanat. Il ne s'agit pas de nier l'industrialisation et sa forme informatisée mais de lui donner une qualité nouvelle dans ce rapport entre l'homme et la nature, l'artisanat étant un « modèle » instructif.
Le 10 décembre 2008.
Citation : « …..Pour illustrer ce mouvement dialectique : acte créateur---œuvre créée, nous avons pris précédemment un fragment de la longue histoire d’une des plus belles œuvres humaines : la cité. Nous avons constaté la différence fondamentale (datant de la fondation et du fondement) entre polis [cité grecque] et urbs [cité latine]. Dans cette période, le dire et le faire, ne se séparaient pas encore. Nommer et désigner le naissant pour qu’il crût [grandisse] était un acte. La solennisation religieuse et les rites de fondation n’étaient pas des mises en scène, mais des manières d’accepter les risques de la situation crée, de s’engager à maintenir l’œuvre nouvelle, à éterniser et à s’éterniser en elle. Le sacré avant de s’institutionnaliser, bien avant de devenir attitude et comédie, et de justifier l’appropriation privative par les maîtres de l’œuvre commune au peuple entier, accompagnait la fondation. Le fondateur, le fondement, le fondé, se discernaient mal. Remontons encore vers les sources ; essayons de mieux saisir à la fois l’unité originelle et les scissions qui s’opérèrent au sein de cette unité. Scissions à la fois génératrices d’histoire, produites par une histoire, épisodes de la production de l’homme par lui-même à partir de la nature, à la fois aliénantes et fécondes….. »
Henri Lefebvre (extrait de métaphilosophie)
Mettre l’humain en mouvement,
se mettre en mouvement.
Produire et échanger ce dont les humains ont besoin pour vivre, sont deux fonctions d’un même mouvement indivisible.
La crise que nous connaissons est une crise de production : la suraccumulation des capitaux par rapport aux besoins d’échange constitue un blocage à l’équilibre en mouvement de ces échanges et la suraccumulation est la conséquence des lois de l’échange en système capitaliste.
La suraccumulation est la cause des cycles courts et longs des crises économiques. Celle de 1929 est une des illustrations les plus connues de cette réalité.
Celle que nous connaissons aujourd’hui est d’un autre ordre : elle se télescope, cause et conséquence, avec la mise en œuvre mondiale des techniques informatiques qui multiplient immensément dans le temps et l’espace les capacités de production et par là même les phénomènes de suraccumulation.
C’est dire que les mesurettes, même si elles se chiffrent par d’énormes milliers de milliards aux banques face aux aumônes apparentes mais en fait aux régressions réelles des revenus du travail des salariés, c’est dire que ces mesurettes ne résoudront pas la crise de suraccumulation.
Rétablir la circulation des échanges nécessaires à la vie humaine n’a qu’un remède : une circulation autre que celle des lois du profit, les lois du capital. Notre esprit, notre vie quotidienne, notre formation sont si habitués (habitus) au type de circulation dans lequel nous sommes nés et dans lequel nous vivons, que nous devons en quelque sorte violer notre conscience pour imaginer un autre type d’échange. C’est la raison pour laquelle nos manifestations, nécessaires, qui grandissent, consistent encore aujourd’hui plus en un NON heureusement de plus en plus clamé, et violent aussi, qu’en une construction d’alternative encore en gésine, y compris celle des « transitions ».
Produire et échanger ce dont les humains ont besoin pour vivre n’est pas seulement constitué des objets palpables. L’humain est un animal doué de pensée qui a développé, dans et par sa production palpable, des représentations, des sciences, des constructions symboliques, des sentiments qui y sont attachés, ce qui ne contredit pas le rôle de l’économie en dernière instance.
L’attachement à la culture, aux cultures qui sont les nôtres, celle de chaque humain et entité humaine restreinte ou générale, n’est donc pas un supplément d’âme, comme certains l’imaginent à tort, mais une réalité dans la multitude et la diversité des réalités, de la réalité indivisible, sans quoi le pain quotidien, malgré le besoin physiologique dont nous en avons, serait insuffisant à notre survie. D’ailleurs le pain lui-même comme toutes nos productions palpables contient une réalité, une construction et une valeur symboliques indivisibles de sa réalité palpable.
Comment donc faire en sorte que la culture, les cultures, politiques entre autres, ne soit pas considérée comme coupée de la bataille revendicative, politique et économique, car si elle en est coupée, elle ne peut qu'être inopérationnelle et instrumentalisée par des politiciens opportunistes (il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, ce qui demande du discernement) et-ou momifiée par les mainteneurs.
Ni opportunisme, ni maintenance, mais recherche et pratique dans un aller-retour simultané, unifié, autant que faire se peut, c’est le souci de tout militant.
L’être humain est un processus dans et par le processus social et dans et par le processus naturel général. La biologie humaine comporte deux caractéristiques liées qui se retrouvent dans tous les processus de vie, attachées à la survie de l’espèce et qui lui permettent le mouvement en fonction des besoins. On dit sous forme de proverbe : « Tu peux couper les oreilles de l’âne en pointe, tu n’en feras pas un cheval ». Ce proverbe veut caractériser la bêtise de l’âne par rapport au cheval. Mais elle ne caractérise que les capacités du cheval à la course. La fuite est sa défense. L’âne qui refuse d’avancer, qui arrête son mouvement apparent fait face à un danger réel ou apparent. Cette mesure de prudence caractérise l’homme aussi. C’est la raison des difficultés pour mettre en mouvement « les masses » qui sont prudentes, angoissées et égoïstes, actives et solidaires, et ne sont pas des ânes, malgré nos héritages d’espèce communs avec lui. Heureusement prudence, sinon, car, nous assisterions aussi et surtout à des seuls mouvements incohérents, ce qui ne fait pas un mouvement ni une direction du mouvement.
Angoisse qui pousse à rechercher à agir devant le danger, le besoin, égoïsme qui pousse au repliement défensif comme l’arapède à l’évolution si lente sur son rocher, confrontés à la raison non en tant que valeur abstraite, mais en tant que processus comme tout objet, raison qui est une production proprement humaine, deviennent lutte et solidarité. On peut d’ailleurs retrouver par la recherche scientifique les productions chimiques et électriques du corps vivant en général et du corps-soi pour l’humain, qui sont liés à l’égoïsme et à l’angoisse, ce qui ne veut pas dire que ce ne sont pas des sentiments humains.
Séparer l’activité physico-chimique du corps humain des sentiments et du jugement de valeur qui nous animent est une culture proprement religieuse, même lorsqu’on se prétend matérialiste, et le croyant peut être plus conséquent sur son approche de la réalité humaine, ses valeurs et ses sentiments que le matérialisme imbécile. Le processus, le mouvement des sentiments et des valeurs qui nous animent sont par et dans la réalité indivisible du corps-soi, c'est-à-dire du corps dans la réalité indivisible sociale et naturelle. Le christianisme, dans sa phase constitutive, dans sa protestation à la société marchande et patriarcale qui s’installe et à la loi humaine qui en découle, lie et ne nie pas la nourriture tangible à sa représentation symbolique en tant que corps-soi, dépassant ainsi des interdits qui ne seront pas abolis mais contestés, dans les périodes de mouvement populaire y compris religieux, de lutte, mais seulement dans ces moments, petits ou grands.
La dé-adhérence relative de l’imagination à la réalité, l’aller-retour simultané permis par les aptitudes et capacités humaines, aller-retour de la construction conceptuelle à l’observation « pure », processus indispensable de la pensée, est tributaire comme toute chose humaine, du processus de la volonté et de la nécessité qui sont l’une dans l’autre, indivisibles. La merveilleuse libération relative et abstraite de l’ici et maintenant peut connaître des avatars tels que l’anorexie ou le nazisme en tant que libération abstraite du corps (en niant le corps-soi, social) et-ou de la société réelle. Dans le nazisme, et toute forme extrême de volonté d’un groupe de s’abstraire de la volonté du peuple, de s’abstraire de la réalité du peuple, il y a la volonté de domination de la classe dominante de nier les besoins collectifs au profit de ses intérêts immédiats apparents.
Bien sûr je ne fais pas une assimilation de la volonté d’abstraction de son propre corps dans certains phénomènes religieux ou dans l’anorexie ou son contraire, la boulimie, avec le nazisme, mais il y a cependant cette volonté de contraindre non par une violence directe envers les autres, mais une violence avec son propre corps.
Il existe aussi des conjonctions organiques de cette violence issue de l’abstraction « pure » avec la violence collective, des dé-adhérences collectives, des inconscients collectifs relativement et abstraitement déconnectés de la totalité de leur histoire pour ne se « référer qu’à la part égoïste », ce en quoi l’on voit que la « préservation pure » conduit finalement à l’insécurité la plus totale. Il faut positivement non pas vouloir nier l’égoïsme, mais lui « faire sa part », c'est-à-dire ne pas le déconnecter abstraitement de l’angoisse et de la volonté de mouvement de l’angoisse. Mais même dans ce cas la volonté de mouvement n’est pas protégée de la dé-adhérence abstraite « pure », car le processus rencontre sans cesse des bifurcations et l’aléatoire auxquels il faut répondre par l’aller-retour conceptuel permanent.
Sur les concepts de corps-soi et de dé-adhérence conceptuelle, il est indispensable de se référer aux travaux d’Yves Schwartz.
Sans faire de cette réflexion sur la culture, les représentations, les sciences, un but en soi, nous pourrions la lier aux différentes activités qui sont les nôtres et à celle de tous ceux avec qui nous travaillons en accord et-ou en désaccord.
En tout cas nous en avons fait une introduction personnelle au débat sur la mise en mouvement des individus.
20/02/2009
Le processus de normalisation - dénormalisation – renormalisation
Le processus de normalisation - dénormalisation – renormalisation de l’activité de la personne humaine.
Comment le « processus psychique et pratique » se « déroule-t-il » ?
Les trois « phases » qui ne sont pas des objets séparés mais que l’on sépare dans le processus (d’observation du processus) de construction-conceptualisation scientifique. Mais ces trois « phases » concernent tous les processus psychiques de normalisation-dénormalisation-renormalisation, « savants » et-ou pas :
-Mise en évidence de l’objet qui constitue un blocage à un processus psychique par la mise en évidence d’un blocage dans le processus de production individuelle indissoluble de la production sociale.
-Négation de l’objet.
-Négation de la négation de l’objet.
Ce processus sur un objet est une vision d’un processus qui n’existe pas, mais une vision nécessaire à la construction d’une vision du processus généralisé (réel lui, c'est-à-dire pas seulement abstrait, psychique, mais touchant à la praxis généralisée et à la production d’objets palpables et leur contenu symbolique), qui, lui, comporte une infinité d’objets intriqués.
Dans cette « infinité d’objets » entre (verbe entrer au sens premier) le conscient et l’inconscient, ce qu’on « sait savoir », ce « qu’on ne sait pas savoir », la mémoire « volontaire », la mémoire « involontaire », le savoir et la conceptualisation usuels-quotidiens et la conceptualisation scientifique et leur inter-activité.
Lorsque le processus amène un groupe d’individu à construire la négation de la négation d’un objet, il « court en avant » du processus social.
Les conséquences en sont graves car la réactivité ordinaire à l’activité de ce groupe est une réactivité non à la construction de la négation de la négation, mais majoritairement à une guerre contre ce qui apparaît comme une défense de l’objet « bloquant » à dépasser.
Les « trois étapes » doivent être franchies simultanément par une masse sociale dans un, des évènements continuité-« explosion »-révélation remettant en cause l’objet premier d’un blocage social constitué lui-même d’objets multiples qu’il faut rassembler, ce que Henri Lefebvre appelait « rassembler les résidus », car le mode de production à dépasser contient dans les résidus l’histoire concrète de la production, ses « fondamentaux » et ses possibles nouveaux.
« L’artisanat » de Jacques Duraffourg, ce lien du cerveau au geste qu’il défendait est de cet ordre. Il n’est pas un retour à un mode de production du passé, ni une défense du mode de production actuel industrialo-capitaliste même sous sa forme actuelle nouvelle informatisée-mondialisée, mais un dépassement, une négation de la négation difficile à saisir si l’objet « aliénation de l’activité par le mode de production industrialo-capitaliste » n’a pas subi dans le « psychisme individualo-collectif » une évidenciation, une négation, une négation de la négation, c'est-à-dire des prémisses dans la vie d’une construction nouvelle, des prémisses de renormalisation pratique.
Je m’arrête et me contente de ce résumé car le temps des échanges n’est pas extensible.
Juste une remarque : l’école althussérienne est caractéristique d’un « moment social » important d’une difficulté de dépassement collectif, de blocage sur la négation.
L’autre remarque c’est la validité de la dialectique hégélienne particulièrement dans la pratique marxiste parce que c’est une pratique « globale », généralisée, une praxis dans la praxis dépassant le structuralisme.
La troisième c’est la référence à une maîtrise si fine de la dialectique qu’est celle d’Ernst Bloch et tout ce qui va dans ce sens ; il faudrait y inclure « dans le détail des investigations », W. Benjamin.
La dernière c’est l’importance des travaux de recherche d’Yves Schwartz, et des groupes de recherche ergologique qui s’en réclament ou s’y retrouvent par des chemins divers, c'est-à-dire l’expérience et la connaissance du travail qui font entrer la science dans la pratique et le quotidien, ce qui est la négation de la négation indispensable de la pensée spéculative limitée et « bloquée » par elle-même.
Et la difficulté c’est la réception par « l’opinion » qui confond négation de la négation avec la défense de l’objet à nier.
Cette question se pose aussi pour le syndicalisme dans la « phase » actuelle qui met en évidence le besoin d’une autre organisation du travail où les salariés ont du mal à aller au-delà de la négation actuelle de l’organisation du travail, ce qui a pour conséquence de ne pas voir les prémisses d’une autre organisation et de vouloir transformer l’organisation du travail par des bricolages inopérants, des transformations superficielles sans développement possible, et illusoire, de la présente.
Et la crise politique repose sur cet « insavoir », bien que l’inconscient collectif commence à lui « tirer l’oreille ».
La crise économique que j’appelle pour ma part « la crise de la production nécessaire à la vie humaine » n’appelle pas que des solutions viables, mais aussi une énorme confusion que l’état des techniques de communication (et autres, toutes, bien sûr et surtout de production stricto sensu) -aux mains de dominants de plus en plus restreints- entretient.
24/02/2009
Pour une autre « défense » du mode de production : son dépassement
La défense du mode de production érigée en principe par les dominants qui en profitent à court terme mais dans lequel il sont eux-mêmes aliénés constitue une barrière qui s’élève sans cesse au point que le déblocage de l’échange qu’il induit ne peut ou ne pourra plus que passer à terme par l’échange direct (la distribution au sens premier), débarrassé de la mesure qualitative (temps de travail, bourse des valeurs, etc.) de l’échange au profit de la mesure du besoin, grossier d’abord, puis de son évolution, sa complexification jusqu’à une nouvelle contradiction qui n’est plus de la même qualité que celle du mode de production en tant que production des objets palpables nécessaires à la vie humaine, mais une contradiction en mouvement concernant leur contenu(s) symbolique(s) en contradiction avec les besoins symboliques, dans lesquels entre la science et l’inconscience, attributs qui ne peuvent qu’être humains tous les deux, ou de l’ordre de la vie pensante.
Le barrage actuel est d’autant plus élevé qu’il n’est pas constitué par les seuls dominants et leurs contradictions dans la production et les échanges, mais par la contradiction de l’ensemble de la société qui érige tous les êtres humains en barrage contre eux-mêmes. Le barrage s’est accumulé dans les millénaires de société marchande et sa forme la plus avancée actuelle.
Nous ne sommes pas dans une crise de la répartition, mais une crise de la production au sens de « l’introduction à la contribution à la critique de l’économie politique » de 1857, c'est-à-dire la vision globale de production, circulation, crise de l’échange, mouvement indivisible. Marx utilise la métaphore des fonctions biologiques dans un ensemble vivant. Et il en décortique les éléments indivisibles dans le capitalisme : plus-value, profit, suraccumulation du capital, baisse tendancielle du profit, crise générale de la société.
Dans notre effort pour répondre à la crise générale, nous ne pouvons nous limiter à l’économie, même si notre philosophie nous oppose à une vision « sociétale » et nous font mettre en avant la dépendance en dernière instance à l’économie. Mais cette dernière instance et la solution à la crise comportent l’au-delà de la crise, une entrée dans le temps qui ne peut se limiter à la fraction qui nous est impartie. Pour faire le portrait de la réalité à transformer, et la transformer, il nous faut Faire l’inventaire des outils, avant tout.
Les outils conceptuels du mouvement. Introduire dans la pensée le concept d’un élément indivisible : ceci n’est pas une table, mais un mouvement dans le mouvement qui a la forme d’une table et qu’un, des concepts humains ont permis de produire pour répondre à un besoin qui ne se limite ni à la table, ni à la nourriture qu’elle permet de prendre etc., mais est l’ensemble du mouvement de l’humanité, conscience en mouvement de la nature sur elle-même.
Outils du mouvement comme concepts de temps et espace, infiniment petit, infiniment grand, infiniment bref, infiniment long, rapidité, lenteur, éléments séparables abstraitement, unité et indivisibilité, besoins, sentiments, idées et autonomie relative des idées, processus, négation, négation de la négation, dépassement, bifurcations, aléatoire, volonté, nécessité, leur unité….
Toute action humaine, toute volonté humaine, c'est-à-dire toute vie pensante, donc qui ne peut être dans l’immobilité, relève de la foi, ce qui est le contraire du dogme, c'est-à-dire le contraire d’une rigidification religieuse. La foi, en-fin, n'est-elle pas un dépassement de la spiritualité ?
Quelque chose où la spiritualité, que l'on passe comme une porte, s'efface devant un contact naturel et absolu, une fusion ou une tendance à la fusion avec l'univers ?
Pas un univers fini, rigide, froid et immobile, ou même "chaud et mort", mais une entéléchie en mouvement ?
Et ce contact, cette fusion, n'est-ce pas ce à quoi l'humanité tend et dont elle est l'instrument ?
L’abolition de la dichotomie corps/pensée est liée à l’abolition de la production et l’échange marchands et leur traduction religieuse.
L’alliance indissoluble de la main et du cerveau, du geste et de la pensée, mutilée par un mode de production où la richesse générale passe par la richesse privée retrouvera, dans les moyens techniques de l’informatique mondialisée, de la production à partir de la pensée « artificielle » maîtrisée, « ré-humanisée », le geste de l’artisan débarrassé de la cité de classe. Et le besoin de mouvement de l’humain : l’activité productive pensante. Non l’abolition des contradictions, c'est-à-dire en matière d’humanité, les conflits, mais leur dépassement qualitatif.
L’humanité est le processus de la conscience de la Terre, et une part indivisible de la conscience de l’univers.
27/02/2009
Lien contribution sur site congrès pcf 2023 :
VOIR AUSSI, SCHEMA DE RECHERCHE CONCEPTUELLE, sur ce lien :
http://pierre-assante.over-blog.com/-01

