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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 21:10

WALTER JENJAMINSur le concept d'histoire

 

Rédigé dans le premiers mois de 1940

 

A Chaque époque il faut chercher à arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer...

 

Car tout ce qu'il aperçoit en fait de biens culturels révèle une origine à laquelle il ne peut songer sans effroi...

 

Car il n'est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de barbarie...

 

S'éffarer que les évènements que nous vivons soient "encore" possibles au XX° siècle, c'est marquer un étonnement qui n'a rien de philosophique...

 

Nous voudrions suggérer combien il coûte à notre pensée habituelle d'adhérer à une vision de l'histoire qui évite toute complicité avec celle à laquelle ces politiciens continuent de s'accrocher...

 

Tel qu'on le conçoit à présent, le travail vise à l'exploitation de la nature, exploitation que l'on oppose avec une naïve satisfaction à celle du prolétariat...

 

Tout cela illustre une forme de travail, qui, loin d'exploiter la nature, est en mesure de l'accoucher des créations virtuelles qui someillent en son sein...

 

A cette époque la classe ouvrière désapprit tout ensemble la haine et l'esprit de sacrifice. Car l'une et l'autre se nourrissent de l'image des ancêtres asservis, non de l'idéal d'une descendance affranchie...

 

Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d' "à présent", qu'il arrachait au continuum de l'histoire...

 

L'idée d'un progrès de l'espèce humaine à travers l'histoire est inséparable de celle d'un mouvement dans un temps homogène et vide. La critique de cette dernière idée doit servir de fondement à la critique de l'idée de progrès en général...

 

L'historien matérialiste ne saurait renoncer au concept d'un présent qui n'est point passage, mais arrêt et blocage du temps. Car un tel concept définit justement le présent dans lequel, pour sa part, il écrit l'histoire...

 

L'histoire universelle n'a pas d'armature théorique. Elle procède par addition : elle mobilise la masse des faits pour remplir le temps homogène et vide. L'histoire matérialiste, au contraire, est fondée sur un principe constructif. La pensée n'est pas seulement faite du mouvement des idées, mais aussi de leur blocage. Lorsque la pensée s'immobilise soudain dans une constellation saturée de tensions, elle communique à cette dernière  un choc qui la cristallise en monade. L'historien matérialiste ne s'approche de l'objet historique que lorsqu'il se présente à lui comme une monade. Dans cette structure il reconnaît le signe d'un blocage messianique des évènements, autrement dit le signe d'une chance révolutionnaire dans un combat pour le passé opprimé. Il saisit cette chance pour arracher une époque déterminée au cours homogène de l'histoire; il arrache de même à une époque telle vie particulière...

 

Le fruit nourricier de la connaissance historique contient en son coeur le temps comme sa semence précieuse, mais une semence indiscernable au goût...

 

Mais aucune réalité ne devient, par simple qualité de cause, un fait historique. Elle devient telle, à titre posthume, sous l'action d'évènements qui peuvent être séparés d'elle par des millénaires...

 

Ces extraits sont tirés de ce volume qui contient "sur le concepts d'histoire"

 

Suite de l'extrait  http://www.pierreassante.fr/dossier/Walter_Benjamin.pdf

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