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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 08:06

 

Sur le concept d’hégémonie de classe,

ses fondements et ses errements

 De 1852 à 1969, le "Manifeste de Champigny", en passant par la révolution russe et ses suites

 

ElleinsteinMarx à Joseph Weydemeyer

5 mars 1852.

...En ce qui me concerne, ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert ni l'existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi, des historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient exprimé l'anatomie économique. Ce que je fis de nouveau, ce fut :

1. de démontrer que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases de développement historique déterminé de la production;

2. que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat;

3. que cette dictature elle-même ne constitue que la transition à l'abolition de toutes les classes et à une société sans classes...

 

1, .Lette écrite en français par Marx, cette lettre présente quelques tours qui ne sont pas irréprochables du point de vue grammatical. Le lecteur rétablira.

 

Marx et Engels, Lettres philosophique, Editions sociales

 

 

Lettre à………….

 

Tes derniers envois demandent un échange avec un petit développement.

J'essaie :

 

Tu connais ce texte (page 151, II) il est cité aussi par Denis Collin dans son "comprendre Marx" avec un commentaire qui a des points communs avec le tien, mais pas d'identité commune.

 

Je ne t'envoie pas ceci en polémique de tes textes sur la question.

 

Marx n'est pas infaillible, pas plus que le Pape, mais à la différence de ce dernier, Marx le sait et le dit.

 

Pour Marx, la démocratie, c'est souvent dit par lui, c'est la dictature de la bourgeoisie, c'est à dire que la démocratie, (ses principes, ses institutions...) a été conçue à partir des intérêts privés et de la propriété, du producteur "libre" de se vendre et d'être acheté (je ne dis pas cela dans son sens moral d'abord, qui existe aussi, indissoluble, mais dans son sens "premier", élémentaire, la réalité "matérielle" des rapports sociaux.

 

La dictature du prolétariat de même, mais à partir des intérêts du salariat, dans la période de disparition des classes sociales, et en aucun cas dans la perspective d'un communisme de guerre durable. C'est la Commune de Paris dit Engels, et Marx intitule son ouvrage sur la Commune "La guerre civile en France". Mais pour dépasser cette "guerre civile", il faut les conditions de son dépassement, qui peuvent s'étendre sur plusieurs générations. Dans cet intervalle, il y a de multiples expériences, de multiples échecs, de multiples avancées, de multiples reculs.

 

Ce que l'on peut retenir pour nous, ici et maintenant, je crois, c'est qu'il ne peut y avoir de transformation progressiste sans lutte des classes, même pacifique, sans disparition des classes, c'est à dire sans suppression de la forme actuelle du salariat et par conséquent de la mesure des échanges actuelle, qui est le coeur de la crise. Et qui réclame une mesure de l'échange sur la base de l'échange du travail, localement, nationalement, et mondialement en premier lieu mais sans séparer les échanges, sans détruire leur cohérence en dissociant le particulier du global, le général de la diversité. Un nouveau contrat social en quelque sorte, bien différent du précédent de la révolution bourgeoise, ce qui ne nous empêche pas de défendre et développer les acquis qui vont dans le sens de la reconnaissance de l'activité non marchande, la retraite en est un exemple. Le retraité est  utile au capital en tant que consommateur, mais son salaire continué sans qu'il assure une activité marchande contredit quelque peu les lois du capital. C'est la quantité du surproduit permis par les techniques d'aujourd'hui qui permet ces conquêtes et qui nous rapproche d'une transformation achevée du mode de production.

 

D'autant plus que la crise s'approfondit proportionnellement à la diffusion de plus en plus grande et vers sa totalité, du mode de production capitaliste dans toutes les activités humaines et avec des techniques sans cesse plus puissantes.

 

Mais quand le capitalisme se sera diffusé dans sa totalité, ce ne sera plus le capitalisme à condition que la société ne se soit pas auto-détruite ou entrée dans une phase de retrait à la mode des grandes régressions dont l'histoire sur la très longue durée témoigne, après une période de grande expansion.

 

Le communisme n'est pas une fin en soi. La fin en soi, c'est le progrès de la conscience de la nature sur elle même à travers sa forme consciente, l'humanité, et dont le communisme ouvre la possibilité. Sans cette vision large et durable qui cassera le rationalisme étroit de la bourgeoise, de plus en plus étroit d'ailleurs au fur et à mesure qu'elle étend ses principes et ses moyens techniques, sans cette vision le mouvement communiste restera lui même sans âme et sans ressort.

 

Pas d'horizon quotidien sans horizon lointain.

 

Sur la question de « la dictature du prolétariat » il n’est pas question de justifier ni de modéliser les répressions exercées par des communistes au nom d’une transition vers un autre mode de production. D’expliquer l’immaturité d’une situation historique oui. Les bouleversements et violences de la société ont marqué et marquent encore toute l’histoire humaine. Cette réalité n’est pas pour cela un idéal ni un modèle ni non plus une tare génétique. Les dominations sociales sont d’un tout autre ordre que les dominations biologiques. Et c’est un autre sujet traité dans « Division sexiste du travail »

 

Le Manifeste dit de Champigny, dont vous verrez un petit morceau de copie ci-dessous,  conçu et diffusé juste après les évènements de 1968 est parmi les grands textes du PCF des années 60 qui tentaient de répondre et à la crise et au choix de transition vers un autre mode de production qui ne soit pas ce que l’expérience stalinienne a été. Lénine a montré sa capacité, dans les situations terrifiantes d’avoir un retour sur ses propres actions et sur les actions collectives des Bolcheviques, et de revenir sur les expériences pour les corriger et les abandonner si besoin. Ce ne fut pas le cas avec Staline.

 

Le Manifeste de Champigny, « Pour une démocratie avancée, pour une France socialiste » est du même bon tonneau que le Comité central de 1965 sur les questions économiques et celui de 1966 sur la culture et les intellectuels. Ces textes ont émané de la période de la direction de Waldeck Rochet où le PCF tentait avec courage et intelligence de répondre et aux erreurs et crimes des communistes et à la réalité du capitalisme « ici et maintenant ». Cet effort s’est restreint dans la période « Georges Marchais ». Il n’est pas question de condamner un homme, mais de voir ce qui au moment de la contre offensive du capital a prêté le flan à la recomposition du monde aujourd’hui en plein achèvement et aussi en pleine déconfiture, en tout cas pour les salariés et la population, ce qui ne peut manquer de rejaillir sur le système lui-même.

 

Manifeste dit de Champigny, 1968Marx a souvent posé des questions pratiques sans en faire un jugement de valeur morale parce tels étaient les faits, indépendamment de ses souhaits et aspirations, par exemple sur le travail des enfants et des femmes. Quel était son "jugement" sur le travail des enfants et des femmes ? 

 Marx décrit un processus du mode de production et  il est ridicule d'imaginer une réponse en dehors d'un contexte. Il note cependant en quoi le capitalisme fait éclater sans le supprimer le cadre patriarcal et ouvre des voies vers d'autres évolutions et d'autres choix humains. Ce qui ne l'empêche pas de dénoncer les conditions de travail, les scandaleuses et hypocrites lois sur leCahiers du Communisme 1966 travail des enfants et le travail lui-même en tant qu'activité marchande où les termes de l'échange sont ceux du capital, ceux de l'inversion de l'échange où la production satisfait le besoin de l'argent et non celui de l'humain. Et de partager avec nous son sentiment de profonde solidarité avec les exploités.

Pierre Assante, 28 juin 2010                

 

 

 

 

Michel Simon,

"pour un travail toulours plus fécond,

sur des bases théoriques toujours mieux assurées" : cliquer sur l'image

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commentaires

Blog de liaison entre membres de l'ORT 13/06/2010 21:43


On ne peut qu'approuver la remarque fort pertinente :

"Cette réduction à sa plus simple expression des marges de manœuvre induit des conséquences mortelles pour une ergologie qui se cantonnerait au travail de consultant. Les progrès de ce dernier
dans
les dernières années sont fortement menacés par les éléments nouveaux de la crise."

==> Aller explorer les possibles, dégager des alternatives à partir d'une plus grande attention portée à l'activité de travail, ne peut pas être la chasse gardée du "consultant ".

La posture ergologique peut convenir à tous ceux qui souhaitent être acteurs des transformations.
Cela demande de se donner les moyens de vivre avec cette posture : En apprendre les concepts, se rendre disponible pour s'engager dans la co-construction à partir de ce que nous enseigne
"l'énigmatique activité", convenir avec le gouvernement du travail de se doter de GRT, etc.
Cette posture qui s'intéresse à l'activité de travail peut s'intéresser à toute activité - y compris les activités de lutte ou encore les activités militantes.


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