Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 18:48

Principe élémentaire de philosophie (1)

Pensée et médias

 

Georges PedronoNous voyons un téléviseur, un bateau, une table.

Nous pensons voilà des objets matériels.

Mais nous savons aussi d’un objet matériel que nous considérons isolément pour la commodité d'une étude sous un angle choisi, qu'il n’est pas quelque chose de figé, qu’un objet matériel n’existe que parce qu’il est en mouvement (il existe dans le temps), que la matière est du mouvement (onde-corpuscule pour adopter une certaine représentation).

 

Maintenant considérons une idée en tant que telle. Ce n’est pas un objet matériel pensons-nous. Pourtant nous savons depuis quelques décennies en quoi consiste le mouvement chimique, électrique du cerveau (sur lesquels jouent par exemple les molécules-médicaments des maladies de fonctionnement du processus cérébral), du cerveau dans le corps qui forme la pensée, l’objet-pensée dirons nous.

 

Alors voilà deux objets matériels, deux mouvements de la matière qui constituent un de la matière et l’autre non ?

 

POLITZERA cela s’ajoute qu’une pensée peut consister à se représenter un « objet matériel » en mouvement, une table, notre propre corps etc. ou un objet « qui n’existe pas », c'est-à-dire une représentation que le cerveau a imaginée en dehors de toute réalité palpable.

 

Tout cela pour dire qu’objet « réel » et pensée sont objet réel tous les deux mais que la pensée est un objet d’un autre ordre,  d’une autre qualité que le bus ou la table.

 

La pensée est un objet produit par une forme supérieure d’organisation de la nature, supérieure à la matière « minérale pure », ou « biologique pure », c'est-à-dire issue de l’évolution qui les conduisit à la pensée, c'est-à-dire la conscience en évolution elle-même de la matière sur elle-même, l’humanisation de la nature, la naturalisation de l’homme.

 

A cela s’ajoute que lorsque je considère d’une façon isolée cet « objet matériel » qu’est un corps humain, vont se précipiter dans mon cerveau les représentations antagoniques

1 de l’objet en tant que matière sans mouvement

2 de l’objet pensant d’une matière sans mouvement

3 de l’objet pensant en mouvement qu’est l’homme, isolé de la matière qui l’entoure et dont il est « un élément ».

4 de l’objet pensant qu’est l’homme, dans ses liens avec la matière qui l’entoure dont il est un élément, matière dont la société humaine est partie intégrante, le tout en mouvement de mouvements les uns dans les autres, conjoints, unité.

 

A partir du moment où l’on considère la pensée comme un objet matériel, une autre glissade, nouvelle,  consiste à croire que la pensée peut créer la matière qui nous entoure, nous-mêmes y compris, glissade allant jusqu’à l’idée que la pensée crée la matière par elle même, crée ce mouvement qu’est la matière sans médiation avec la matière elle-même en tant que mouvement possédant des propriétés de temps et d’espace qui existent bel et bien (même si on n’en connaît pas tout le mouvement, les limites de la perception de l’objet humanité en mouvement étant les limites en mouvement de cette connaissance). Ainsi, selon l’exemple de Lénine, on peut être amené à cette absurdité selon laquelle nous pouvons en arriver à penser qu’un fils peut créer sa mère….

 

Le vocabulaire humain encore aujourd’hui laisse en friche une représentation scientifique de la matière. Soit ce vocabulaire donne à la pensée une représentation éthérée, soit il donne à la matière une représentation scindée, dichotomisée entre « matière » et « pensée ». Les termes qualificatifs « idéel » et « matériel » tentent d’éclaircir cette abstraction complexe qu’est le mot et la phrase quand ils tentent d’exprimer deux réalités matérielles isolées artificiellement (ainsi procède la pensée) l’une de l’autre, abstraction qu’est la représentation : la « matière » et « la pensée », ou bien de la représentation « matière pensante » et « matière non pensante » qu’est l’homme avec les propriétés, capacités de l’un et de l’autre qu’est la matière tout court.

 

bnUnatosMaintenant revenons au début. Nous voyons un téléviseur. Matière inanimée, non pensante mais prolongement (comme le sont les logements, les nourritures humaines créées) du corps créé par le corps et les instruments du corps qui l’on précédée, et qui transmet les représentations de la réalité formée dans la pensée humaine, utilisée en fonction  d’objectifs divers que les utilisateurs en font de chaque coté de l’écran. Représentations non seulement « d’objets matériels » mais d’objets matériels-actes humains induits par des représentations ; abstractions d’abstractions d’abstractions.

Concepts, généralisations de généralisations, systèmes de concepts, relation contradictoires conflictuelles du mouvement de systèmes de concepts.

 

Et dans tout cela comment répondre à une question essentielle, de base, répondant à un besoin vital d’un individu de l’espèce humaine dans son espèce humaine ?

 

Finalement, c’est à la fois d’une complication inextricable, inouïe…et simple. L’espèce humaine a toujours répondu collectivement à ses besoins d’espèce par la coopération. Retrouver la concertation du clan  dans l’humanité mondialisée demandera le temps d’une construction où la multitude des éléments objectifs et subjectifs (c’est mieux comme qualificatifs, non ?) en contradictions rencontreront par l’action humaine sur elle-même cette autre mouvement contradictoire moteur consistant à sortir de la contradiction immobilisante que sont l’intérêt privé, la propriété, l’accumulation privée qui sont aussi la stérilisation de la richesse.

 

Cette immobilisation d’un mouvement qui a pourtant porté l’humanité à une richesse qui l’empêche d’en jouir pleinement et de la développer, quantitativement et qualitativement. Le lien entre économie, politique et spéculation philosophique est à la fois figé et nié et entretenu immobile par la richesse privée, et c’est bien le degré de conscience nécessaire au mouvement, à la libération qu’il réclame, indique, témoigne, et dont il alerte dans un mouvement qui, lui, est dit social et est désigné comme tel dans le mouvement des représentations lui-même.

 

Et la dictature de ce lien est bien celle qui nous est imposée par la représentation « collective privée » que sont les médias confisqués par la bourgeoisie, animés par les intérêts privés de ses animateurs, prisonniers conscient, inconscients, « résignés » à leurs privilèges, ou aspirants actifs ou passifs à leur libération conjointe.

 

Copie de P1000280L’ergologie, l’étude du travail dans son évolution, son devenir, est la matière (remarquer ici l’usage lumineux du mot matière) pluridisciplinaire qui éclaire le mieux et le mouvement des besoins humains et leur besoin de mouvement.

 

Je ne peux non plus m’empêcher d’évoquer la musique, cette expression la plus abstraire que l’homme a créée et pourtant expression première dans l’évolution sous sa forme première (primitive puis développée jusqu’à nous) et ces merveilleux artisans que sont les musiciens avec leurs outils qu’on appelle aussi instruments (remarquer ici l’usage lumineux du mot instrument)

 

L’adjonction de la parole à la musique, l’invention de l’opéra descendant développé mais aussi aliéné de l’expression artistique première, de l’expression tout court, accentue la contradiction vivante de ce qu’est l’expression en tant qu’invention du concept élémentaire puis développé en systèmes de concepts en quoi constitue la conscience en mouvement  de la nature sur elle même. Art, processus-intuition d’où naît, en unité,  le processus-connaissance.

 

Je pense en écrivant tout cela à Walter Benjamin. Son « concept d’histoire », la « reproductibilité de l’œuvre d’art », la « pensée » artificielle, l’outil-prolongement du « corps et de la pensée ».

 

Et à Ernst Bloch

Et à Henri Lefèbvre

 

Sans oublier ce que j’ai appris d’Yves Schwartz par ses cours et son invention sur l'ergologie, réflexions et savoir essentiels et généreux de notre temps, qui, chance pour moi, est, en plus, bien plus que le virtuel d’un livre, si expressif que puisse être un livre, et même si cela s’est cristallisé dans le livre.

 

Affirmer que la pensée est une force matérielle ce n'est pas dire que la pensée transforme la matière sans qualifier cette action, quelle action, comment elle agit. C'est toute la différence, ce n'est pas dire : la pensée crée la matière, un point c'est tout.

 

Merle RenéLa pensée crée des formes nouvelles du mouvement en agissant sur le mouvement par les propriétés de ce mouvement. C'est toute la différence entre la représentation d'une réalité où il y aurait d'un côté la matière et de l'autre la pensée. La pensée est matérielle, elle possède les qualités et les propriétés de la matière, du mouvement qu'est la matière.

 

Et cela rejoint la considération intuitive puis scientifique millénaire de nécessité (Anankè) et de libre arbitre, de l'action volontaire humaine de transformation, témoignage, expression consciente d'un processus inconscient. Loi et foi du croyant. A ceci près que foi et loi ne sont pas figées et immuables pour le scientifique, ni sans propriété à découvrir et par lesquelles agir, "conscience anticipante". Et que le mouvement s'apprécie dans les temps brefs, moyens, longs, quanta et durée, continuité et ruptures, dans leur rapport dialectique, à l'échelle de l'instant, de la vie humaine, des générations dans leur recherche de la santé necessaire au processus, c'est à dire aussi de l'apprentissage des maladies du processus et de leur remède, le processus lui-même qui se contient lui-même, et qui se rapporte à l'infini.

 

"La découverte du "non encore conscient" ou l'aube vers l'avant". Ainsi Bloch "représente" notre relative et sublime liberté d'agir.

 

Pierre Assante, Vendredi 22 octobre 2010

 

Une des photos qui illustrent cet article a été insérée en souvenir des débats passionnés que nous avons eus avec l'ami Georges en particulier sur les médias et le mouvement social.

Partager cet article

commentaires