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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 07:37

Désirs, besoins, aliénation.

 

20100916 010« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises ». L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches ».

 

Ainsi commence le livre I de « Das Capital »

 

A ce premier paragraphe est ajouté cette note : « Le désir implique le besoin ; c'est l'appétit de l'esprit, lequel lui est aussi naturel que la faim l'est au corps. C'est de là que la plupart des choses tirent leur valeur. » (Nicholas BARBON, A Discourse concerning coining the new money lighter, in answer to Mr Locke's Considerations, etc., London, 1696, p. 2 et 3.).

 

On a accusé Marx, et le mouvement marxiste qu’il soit « grossier » ou « savant » ou « d’appareil », ou « en tant que mouvement réel de la société qui abolit l’état existant », ce qui est différent et met en valeur l’humain dans son moment historique et dans toute l’histoire,  enfin en mettant tout et rien dans une critique superficielle, on l'a accusé de soumettre sa vision à l’économicisme, ou à une rationalité sans sentiments etc…

 

Pourtant dès ses premières lignes, « le capital » n’ignore pas les désirs. Et qui veut rétablir une philosophie des désirs « perdue » semble oublier que tout au long de "Le Capital", les représentations humaines ne sont pas détachées de la critique de l’économie politique, elles en sont au contraire intriquées, imbriquées de façon unitaire.

 

Par contre, dans la critique grossière du marxisme, on oublie que les désirs, comme tout ce qui touche à la vie du capital sont mis à l’envers, marchent sur la tête, car pour les assouvir, il faut passer par la marchandise.

 

Il en est de même des désirs comme du travail direz-vous. Il ne peut y avoir désir inassouvi comme il ne peut y avoir de travail abstrait. Bien sûr, tout acte humain est concret. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas aliéné. Et il existe bien le désir abstrait, comme il existe de travail abstrait. Et ce désir abstrait est soumis aux règles de l’échange, et pour nous encore ici et maintenant, de l’échange marchand, celui de l’échange du capital A-M-A’ (voir sur ce blog les articles sur la valeur).

 

Les règles de la publicité, leur manifestation extérieure donne une vision atroce et pourtant bien partielle et superficielle de l’aliénation des désirs par le marché. Cette aliénation est bien plus ambiante, bien plus profonde qu’elle ne paraît au premier regard sur notre vie.

 

Pour agir, il nous faut une motivation et cette motivation naîtrait de la promotion du désir. En disant cela on met de côté l’autre élément, c'est-à-dire le besoin. Ainsi un besoin non satisfait est un désir inassouvi, et un mal de vivre bien plus grand si les causes en restent totalement mystérieuse et surtout sans remède.

 

En soi, le désir reste en part inaccessible. Il est en mouvement comme le besoin. Le besoin crée le besoin et le désir crée le désir, et l’un et l’autre sont un mouvement en rapport dialectique, historique et économique, en perpétuelle complexification, quels que soient les progrès ou les régressions de leur condition d’existence.

 

20101019 024La grande interrogation philosophique du qui sommes nous, où allons nous est liée à la recherche de la survie et du développement de l’espèce et de la personne dans l’espèce. Elle est liée à son existence et à la recherche des conditions « matérielles et morales » de cette survie et de ce développement. Un développement « en santé », donc aussi en maladie inséparable de la vie tant que la vie les surmonte.

 

Mais cette inaccessibilité partielle du désir due à son mouvement et à sa « part énigmatique» est une chose. Autres choses sont les contradictions internes à l’échange humain dans l’échange capitaliste. L’affirmation marxiste sur « la force de perversion que l’argent manifeste » est une représentation issue de la pensée (tautologie) mais pas une « invention de l’esprit ».

 

Faire appel au désir sans faire appel à la transformation sociale, c’est faire exploser l’inassouvissement des désirs, et ce développement de l’idée d’opposition entre travail et désir est la condition extrême du mal vivre et de la crise morale généralisée, maladie que nous traversons.

 

Le bonheur de la solidarité des salariés, dans les manifestations par exemple, mais aussi et surtout dans la réalisation de leurs tâches (ce qui est moins visible, non seulement parce que moins fréquent mais surtout parce que le travail concret est aliéné par le travail abstrait, c'est-à-dire la mesure de sa quantité de valeur), ce bonheur devrait nous donner la dimension morale immesurable que le capital aliène.

 

L’entrée du marxisme dans la critique de l’économie politique par l’anthropologie est évidente pour celui qui ne fait pas du marxisme un simple outil d’accession au pouvoir, mais un outil général de libération, en particulier du travail de sa mesure marchande.

 

Le rapport entre les hommes, dans l’échange marchand est le rapport entre les objets échangés. Et l’échange marchand, de l’alimentation jusqu’à la prostitution, du livre jusqu’à ce que l’on va donner à l’amitié passe par la mesure quantitative de la valeur.

 

Les valeurs morales contenues dans l’échange subissent les conditions « matérielles » (voir l’article de ce blog sur l’usage du mot « matériel »)  de l’échange.

 

Je finirai cet article par cette citation des « manuscrits de 1844 » :

 

« Double erreur chez Hegel.

 

La première apparaît le plus clairement dans la Phénoménologie, source originelle de la philosophie de Hegel. Quand par exemple il a appréhendé la richesse, la puissance de l'État, etc., comme des essences devenues étrangères à l'être humain, il ne les prend que dans leur forme abstraite... Elles sont des êtres pensés - donc seulement une aliénation de la pensée philosophique pure, c'est-à-dire abstraite. C'est pourquoi tout le mouvement se termine par le savoir absolu. Ce dont ces objets sont l'aliénation et qu'ils affrontent en prétendant à la réalité, c'est précisément la pensée abstraite. Le philosophe - lui-même forme abstraite de l'homme aliéné - se donne pour la mesure du monde aliéné. C'est pourquoi toute l'histoire de l'aliénation et toute la reprise de cette aliénation ne sont pas autre chose que l'histoire de la production de la pensée abstraite, c'est-à-dire absolue, de la pensée logique spécula­tive. L'aliénation qui constitue donc l'intérêt proprement dit de ce dessaisissement et de sa suppression est, à l'intérieur de la pensée elle-même, l'opposition de l'En Soi et du Pour Soi, de la conscience et de la conscience de soi, de l'objet et du sujet, c'est-à-dire l'opposition de la pensée abstraite et de la réalité sensible ou du sensible réel. Toutes les autres oppositions et leurs mouvements ne sont que l'apparence, l'enveloppe, la EPITRE AUX CITOYENSforme exotérique de ces opposi­tions, les seules intéressantes, qui constituent le sens des autres, les oppositions profanes. Ce qui passe pour l'essence posée et à supprimer de l'aliénation, ce n'est pas que l'être humain s'objective de façon inhumaine, en opposition à lui-même, mais qu'il s'objective en se différenciant de la pensée abstraite et en opposition à elle ».

 

Et celle-ci :

« Si tu supposes que l’homme [générique] devient humain et que son rapport au monde devient un rapport humain, tu ne peux échanger que l’amour contre l’amour, la confiance contre la confiance, etc. Si tu veux jouir de l’art, il te faudra être un homme ayant une culture artistique ; si tu veux exercer  de l’influence sur d’autres hommes, il te faudra être un homme pouvant agir d’une manière réellement incitative et stimulante sur les autres hommes. Chacun de tes rapports à l’homme –et à la nature- devra être une manifestation déterminée, répondant à l’objet de ta volonté, de ta vie individuelle réelle. Si tu aimes sans susciter l’amour réciproque, c'est-à-dire si ton amour, en tant qu’amour, ne suscite pas l’amour réciproque, si par ta manifestation vitale en tant qu’homme aimant tu ne te transformes pas en homme aimé, ton amour est impuissant et c’est un malheur ».

 

"Donner envie" est inséparable des conditions du  processus humain du moment dans les conditions générales du processus humain.

 

Pierre Assante, 2 novembre 2010

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