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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 07:48

 

Copie--2--de-20mai10-031.jpgComprendre mieux la crise, ses origines, ses conséquences, pour agir mieux

 

 

Organisation politique, organisation syndicale, organisation du travail, ergologie, crise du capitalisme et de la mesure quantitative de la valeur d’échange marchand

quelles relations, quels besoins ?

 

Sur le « Manifeste pour un ergo-engagement » d’Yves Schwartz (note et lien utile en fin de texte * ) et quelques autres réflexions:

 

Une mise en garde d’abord : il ne s’agit pas ici d’un commentaire ou d’une critique directe sur les batailles qui ont lieu au moment ou ceci est écrit, mais d’une analyse prospective destinée à influer sur des orientations à venir.

Cet article a été écrit il y a un an, auquel j’ajoute cette remarque, et la phase historique et l’état des forces productives comme l’interaction entre les champs divers de l’activité humaine gardent les mêmes caractéristiques, même si le mouvement de pourrissement-maturation s’accélère.

 

Ensuite, un « mot » qui résume tout : crise du capitalisme et de la mesure quantitative de la valeur d’échange marchand 1. Lorsqu’un mode de production et d’échange ne correspond plus à l’état des forces productives, on ne peut le « réparer ». Il faut au moins commencer à préparer, dans les têtes et dans la pratique sa transformation « inimaginable » mais qui repose sur l’échange du travail et non sur cette mesure, même si cela demande des « paliers de conscience » tels que des mesures partielles et provisoires contre la spéculation financière. On ne peut comprendre et agir que si des repères sur le chemin nous font entrevoir un horizon possible et lucide. La vision proche et au quotidien et celle plus lointaine et liée à un idéal concret se nourrissent l’une l’autre et meurent l’une sans l’autre.

Et le premier éclairage à donner ne peut être prioritairement que sur ce qu’est cette mesure quantitative de la valeur, ses origines millénaires, son développement, ses effets sur celui des forces productives, ses contradictions, et son état de rigidification-déliquescence actuel qui bloque l’échange et est l’élément premier d’une crise sans issue autre qu’un autre mode d’échange. 

 

 

La coupure syndicats/partis, considérée comme un progrès démocratique a réglé des problèmes d’ordre d’indépendance et de non alignement mais n’est pas sans laisser des questions irrésolues.

Les organisations politiques dès l’origine, ont été constituées organiquement avec pour but la fonction de prise du pouvoir d’Etat. Bien sûr, dans les pratiques elles ont été amenées à élargir leur champ d’action, mais en liaison avec cette fonction.

 

Pour l’ergologie (note en fin de texte), quelque chose qui allierait politique et organisation de type syndical en matière de participation des travailleurs à l’organisation du travail, répondrait-elle mieux à la question ?

-De l’activité humaine à travers le type d’organisation du travail

-De la relation entre ce type d’organisation du travail et le type conception et d’action politique

-De la longue ramification du mode de production et d’échange, de sa mesure et de sa crise actuelle.

 

Il me semble clair que si la « prise de pouvoir » ne règle pas la question de la libération de l’activité humaine,  elle conditionne l’accès aux libertés nécessaires à une autre construction de l’organisation du travail laquelle est indissoluble de cette libération.

ET cette dichotomie politique/syndicalisme qui d’ailleurs n’existait pas à l’origine des organisations des salariés, porte en elle des contradictions stériles pour le mouvement de reconnaissance du travail, même si elle a répondu à un moment à une nécessaire libération d’un centralisme non démocratique.

 

Un mouvement qui développe l’initiative du travailleur, la démocratie « de l’atelier, du bureau, du lieu de distribution, du champ » (vision imagée des lieux d’exercice du travail mais non représentative de l’évolution actuelle de ces lieux de travail), qui développe la démocratie de la cohérence générale de l’activité humaine, qui développe, pour en venir à une vision d’ensemble, la démocratie du quoi, que produire et comment produire, ce mouvement ressemblerait sans doute plus à une organisation syndicale qu’à un parti tel qu’ils ont été conçus et tels qu’il restent conçus aujourd’hui.

L’ergologie nous apprend qu’on ne part pas de zéro, mais de normes antécédentes. Il en est de même d’un mouvement populaire répondant à la question du travail à partir de la réalité hic et nunc du travail, et donc de la réalité syndicale et politique actuelles.

Rupture-continuité, intervention humaine, choix humain, débat de valeur ou repliement sur son propre champ, c'est-à-dire ignorer les 3 pôles de l’activité. Telle est, après les difficiles premiers pas de l’ergologie, la question de son entrée dans la lutte sociale, au-delà des études de cas qui lui ont donné toutes les aptitudes à révolutionner le travail, c'est-à-dire le libérer, non pas libérer du travail mais transformer qualitativement le travail en activité libre.

 

Tous les tenants de l’ergologie sont-ils capables d’imaginer une telle transformation ? N’y a-t-il pas dans cet effort d’imagination nécessaire à toute transformation, le danger ou même la volonté d’y procéder par recettes pré-établies, reconstituant ce qui a fait la fonction stérile d’un « parti du travail » axé sur « l’avant pouvoir » et ne travaillant pas a préparer un « après pouvoir », condamnant ainsi les travailleurs à limiter de fait, par l’incapacité à transformer, leurs actions à des améliorations certes, mais dans le cadre du travail contraint, exploité, et finalement générateur de crises locales et mondiales de plus en plus grandes jusqu’à un blocage actuel qui est bien plus profond qu’il n’y parait extérieurement.

 

La question écologique, mais aussi la guerre et la paix, mais aussi l’incapacité de surmonter la crise de suraccumulation et donc la crise d’un développement durable, sont liée à la question du profit et de la mesure de la quantité de valeur pour aboutir à la négation des valeurs sans dimension, qui pour moi est la question centrale de l’ergologie.

Un mouvement politique s’attaquant à la question du profit, un mouvement politique préoccupé aussi par la question de la gestion, un mouvement syndical s’attaquant à la question de la transformation de l’organisation du travail, sont indissolubles.

 

Ce n’est pas par hasard que les forces patronales les plus réactionnaires, les plus tayloriennes, se sont employées à séparer politique et syndicalisme. Elles y ont été aidées objectivement, quand ce n’est pas subjectivement  par les erreurs ou les trahisons commises par des animateurs des mouvements politiques et syndicaux du monde du travail (il ne faut pas caricaturer ou exagérer ces erreurs). Mais ils n’en sont pas les premiers responsables, et les erreurs n’excluent pas la réalité d’actions positives qui quelquefois ont sans doute « sauvé objectivement le monde », telle la lutte contre le nazisme, ou tout simplement les luttes alimentaires, au sens large.

 

Comment assurer au mouvement humain une continuité. L’ergologie n’est pas la moindre réponse à cela. Un processus social n’est pas maîtrisé par chaque individu. Pourtant chaque individu intervient dans le processus social. Une organisation du mouvement social est -ou plutôt, si elle veut contribuer à une cohérence du mouvement, car une agitation n’est pas un mouvement, un mouvement ayant un « sens »-, est cette organisation qui doit être l’expression consciente de ce processus inconscient.

 

L’ergologie contribue à cette conscience.

Prigogine et d’autres nous apprennent que le mouvement repose sur une situation de déséquilibre et une tendance à l’équilibre.

La marge entre les deux constitue les limites entre l’arrêt ou la chute.

 

Nos nostalgies et nos espoirs reflètent, outre nos expériences personnelles, une perception de ce processus inconscient « global », auquel notre histoire personnelle est liée. Ces sentiments nous les associons à des réalités passées et actuelles. Mais ils peuvent aussi nous voiler cette réalité, entre autre parce les forces qui dominent notre vie, et qui font de la marchandise un fétiche qui l’envahit dans ses moindres manifestations, parce que ces forces possèdent les instruments de cette domination.

Et cette domination s’exprime en rapport dialectique dans toutes les activités humaines.

 

La manifestation de la crise peut donner un support à la conscience ergologique et non le contraire. Bien sûr s’établit un rapport dialectique entre les deux. Et c’est pour cela que le « moment de l’ergologie » peut éclore en grand. Encore faut-il que le rapport recherche---action de masse soit établi, ce qui demande aussi une transformation de la « conscience ergologique » en fonction de la réalité du moment.

 

Plus évident à dire que facile à faire…

 

Ce rapport c’est effet de la lucidité humaine sur elle-même, et tout dépend de cette capacité.

 

Dans ce souci, quel peut être l’apport d’un « Manifeste pour un ergo-engagement » ?

 

C'est un texte qui rassemble comme cela ne s'est jamais fait, et dans le contexte social actuel, le point de vue ergologique, et qui le met à portée d'une façon sinon simple, mais "concentrée", adaptée, à ce contexte.

L'ergologie a besoin d'un document de base pour un public allant au-delà des "spécialistes".

 

Bien sûr la "pensée ergologie" a besoin pour se développer et dans la recherche ET dans la communication, d'un travail collectif. Mais justement un tel texte donne des moyens, un support public à ce travail collectif, et une aide au travail collectif.

Le fond du problème c'est l'accès que donne ce texte, d'une façon condensée,  à une autre et nouvelle façon de voir, qui contraste avec les dogmes du XX° siècle et leurs conséquences dramatiques. L'ergologie renoue avec les grands courants de pensée de l'évolution humaine en particulier du XIX° et une philosophie qui ne se contente pas de penser le monde, mais qui tend à le changer, à poursuivre son mouvement en santé qui est bien en crise aujourd’hui, et c'est ce qui donne à l'ergologie un espace concret essentiel.

 

Boulimie et anorexie de la pensée (« nutritionnelle » au sens restreint, "animal" comme au sens de la réalité qui inclut la « symbolique » contenue dans l'accumulation culturelle générale de l'humanité) sont deux processus conjoints de la pensée conformes au mode de production marchand et sa forme la plus avancée, le capitalisme, même s’ils peuvent se manifester pour de multiples raisons autres. Elles manifestent le besoin d'évasion des contraintes par une spiritualité refusant le corps ou le réduisant, c'est à dire la satisfaction saine des besoins humains. Le fétichisme de la marchandise est contenu dans le mode d'échange de l'activité humaine. Les comportements "marginaux" ne sont en rien marginaux, ils procèdent comme les "autres" du processus social dans sa diversité.

 

La "vraie" spiritualité procède de la satisfaction en santé des besoins humains, lesquels procèdent de la constitution objective de l'humain. Il n'y a non seulement pas de frontière étanche entre l'objectif et le subjectif, mais encore ces concepts qui "séparent pour leur étude des sujets d'observations" doivent être "réunis" dans notre façon de penser, de voir l'humain, sans quoi la dichotomie qui en découle nous empêche de répondre à une crise économique et globale du processus social qui correspond aux limites atteintes de la société marchande millénaire.

 

Ce rapport entre anthropologie mutilée et besoin de dépassement du mode de production qui la produit et l'entretient, semble vouer l'humanité à la panne, à sa fin. Le fait de n'imaginer la "décroissance" que comme une réduction de la production et de la consommation dans le cadre d'un mode de production inchangé est significatif. D'autre part le "désespoir de Billancourt" n'est qu'un phénomène temporel limité.

 

Modes, idées médiatiques à courtes vues à l'ordre du jour, même si elles manifestent des problèmes réels, urgents et circonscrits à résoudre.

 

"L'expression consciente du processus inconscient" semble patiner, régresser, mais la réalité nous montre que les interrogations sur cet "arrêt" de l'humanité n'est pas un "électroencéphalogramme plat", mais au contraire un "bouillonnement de contraires" dont on peut TOUT espérer.

 

J'ai lu le texte de Jacques Broda et dans l'Humanité sur "La névrose des camarades" et dans le mail qu'il nous a diffusé.

C'est un beau et utile texte.

Il met l'accent sur la démarche du Front de Gauche à laquelle je souscris, comme chacun le sait.

Et je fais en même temps une réponse à Jacques, non contradictoire, mais complémentaire à sa réflexion et à son appel :

L'activité humaine, et les idées aussi par conséquent, ont une autonomie relative des conditions matérielles qui les ont fait naître, des conditions de vie donc.

Autonomie relative donc, mais elle sont dépendantes et font partie du mode de production dans lequel elles se manifestent.

La connaissance des lois-tendances du mode de production, sans les transformer en dogme, est donc indispensable à toute action de transformation sociale.

Leur méconnaissance est inséparable de la « névrose des camarades ». Il ne suffit pas de vivre au quotidien les contradictions d'un système pour comprendre ce que nous vivons. Subir une situation sans la comprendre, sans en comprendre les causes, même si on en dénonce les méfaits, c'est une situation inconfortable pour tout humain, et tout militant, une situation de souffrance encore plus grande pour celle ou celui qui veut s'y opposer sans aller au-delà de l'opposition, c'est à dire vers la transformation, le dépassement.

 

C'est aussi une cause de déception lorsque les résultats de l'action et l'attente de ses effets ne coïncident pas. Et l'incapacité de l'engagement à long terme.

En quoi l'organisation de notre vie, du travail est dépendante de la loi du profit, de la formation de la plus-value, de la baisse tendancielle du taux de profit, de la suraccumulation-dévalorisation du capital, ce sont des choses qui doivent, à mon avis, nous éclairer au sens propre, pour agir. Et pour répondre à cette névrose.

Profitons du fait que la crise illustre, met fortement en lumière, en ce moment, ces réalités qui ne sont pas d'abord des idées mais des faits concrets,  pour lier  le travail du sociologue et philosophe qu'est Jacques à celui de l'économiste et philosophe qu'est un militant communiste et-ou un militant du progrès social tout court. C'est aussi ce à quoi appelle aussi Ernst Bloch pour qui les lois du capital, la critique de l'économie politique, sont intégrantes de son oeuvre.

 

28 juin 2009.

 

« La bévue des économistes classiques, qui les empêche de comprendre la formation de la plus-value au sein même du processus de la production et les conduit à affirmer que le profit s’ajoute de l’extérieur à la valeur propre de la marchandise, interdit en cascade la compréhension  de la nature de la force de travail, et la distinction entre la valeur d’usage et la valeur d’échange, entre les richesses qu’elle crée et le salaire qui les rémunère. Elle empêche finalement la compréhension du mode de production capitaliste dans sa totalité, et comme totalité dynamique, caractérisée par ses contradictions propres et insurmontables. Mais le refoulement des contradictions réelles conduit à leur retour non maîtrisé et perturbateur au sein même de la construction théorique, sous forme d’incohérences ou de systématisations aventureuses. Dans ce cas, on doit admettre que l’idéologie se combine de façon complexe au scientifique, le déni à la rigueur et l’occultation à l’élucidation… »

Isabelle Garo, « L’idéologie ou la pensée embarquée », la fabrique, février 2009.

 

Notes :

 

1 Pour éclaircir et généraliser ce concept des « 3 pôles » : 1 éléments accumulés d’un champ et-ou de la résultante des champs d’activité humaine, 2 activité de ces champs, 3 contacts avec « l’inconnu » entre les champs.

Par exemple pour l’organisation sociale ici et maintenant, capitaliste: le pôle des gestion, le pôle de la politéia (la vie citoyenne), le pôle du marché.

 

 

*Présentation du dernier ouvrage collectif sur l’ergologie dirigé par Yves Schwartz et Louis Durrive sur :

 

http://www.ergologie.com

 

Sur la métamorphose du travail, que produire et comment produire, crise du capitalisme et de la mesure quantitative de la valeur d’échange marchand et les valeurs sans dimension :

 

http://travail-democratie.net/jml/index.php?option=com_content&view=article&id=84:la-metamorphose-du-travail-par-pierre-assante&catid=57:autres-contributions-&Itemid=63

 

et

 

http://pierre.assante.over-blog.com/

 

 

 

 

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