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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 08:00

La somme et le reste N°6DEUXIEME PARTIE DE "Maintenant, LA ressource humaine"

 

Suite de : Présidentielle, retour sur une analyse. "Maintenant, LA ressource humaine", MANIFESTE, décembre 2005 :

 

........La pensée socialisée (c'est-à-dire pour résumer schématiquement, la pensée « en relation avec l’autre ») se trouve en état de régression par rapport à la pensée autistique (c'est-à-dire pour résumer schématiquement, la pensée « pour soi-même »). Cela ne veut pas dire que dans cette régression ne se constitue pas une accumulation nouvelle créatrice de pensée socialisée correspondant aux nouvelles conditions de vie. Mais il faut comprendre quelle est la raison de cette régression. Faire un parallèle du développement de la pensée enfantine avec l’accumulation globale de la pensée dans une société, ne me parait pas abusif dans la mesure ou ce parallèle ne devient pas un modèle transposé mécaniquement. Le fait de ne pas maîtriser son travail, c'est-à-dire de ne pas être impliqué dans les choix de gestes qui produisent ce que nous avons besoin en matière de consommation est la raison essentielle de cette régression. Toutes les sociétés, y compris la société capitaliste jusqu’à un certain point était composée de producteurs-consommateurs dont la conscience intervenait relativement librement dans le processus de production ; qu’ils s’agisse de la production des biens dits matériels comme des biens dits spirituels. Dans la société capitaliste, par exemple, la paysannerie, longtemps numériquement majoritaire maîtrisait individuellement une grande partie des gestes de son travail. De même, la classe ouvrière, pourtant dépossédée de tout moyens de production, avait la vision et la propriété d’une partie importante de ses gestes. Les intellectuels de même, y compris les intellectuels organiques (c'est-à-dire les intellectuels attachés par le patronat et l’état au fonctionnement du système) possédaient une latitude relativement importante de choix de leurs travaux.

Le centralisme capitaliste mondial, comme jamais, dépossède, au sens propre, le producteur-consommateur de sa liberté de choix, et de la vision globale des actes accomplis. Les travaux d’Yves Schwartz et de l’équipe de l’A.P.S.T. le découvrent et le soulignent. La contrainte d’ordre psychique a atteint un niveau qualitativement nouveau et pour tout dire mortel pour les activités humaines. La dépossession des moyens de production en est arrivée au stade ultime de ses conséquences. Au stade ultime, cela ne se chiffre pas d’une façon comptable, mais d’une façon sociale. Ni en années, ni en monnaie, mais en générations humaines, et dans leur milieu. Le travail dit abstrait, comme le souligne Lucien Sève en poursuivant la question de l’aliénation du travail développée par Karl Marx, connaît aujourd’hui une étude de plus en plus approfondie, d’une qualité nouvelle, mais surtout une illustration de plus en plus évidente.

 

Notre cerveau ne possède pas une totale liberté des constructions mentales. Il subit la contrainte de ses structures biologique puis psychologiques. Pour éviter les malentendus et se démarquer d’une vision structuraliste, même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour pour lui, Vigotski préfère le terme processus vivant de fonctionnement à celui de structure. Notre cerveau compare, trie, rapproche, éloigne, re-rapproche, unifie et catégorise la résultante des multiples aspects d’un objet d’observation et d’attention qui freine ou immobilise le mouvement, idem pour ce qui favorise le mouvement, les met en contradiction et les unifie à leur tour…il en induit des structures mentales qui se normalisent, subissent le même mouvement psychique, dénormalisent, renormalisent…et unifient à un degré supérieur. C’est un effort énorme de « déstucturation-restructuration » psychologique qui est nécessaire à l’humain pour répondre à la mouvance de la vie et cette vie elle-même interagit dialectiquement en une mouvance globale, généralisée, unifiée. Cet art d’un équilibre psychique qui est mis souvent en danger, dans le mouvement, est l’art tout court, c'est-à-dire l’acte humain. Et l’art en  tant que parole spécifique de l’artiste ne fait que sacraliser, mettre en symbolique ce mouvement humain. Pour ce faire il a besoin de l’observation de ces objets et de ses multiples aspects, sans quoi ne lui apparaît qu’une vue partielle de la réalité (ce qui est la norme des capacités humaines à saisir la réalité), mais aussi déformée de cette réalité partielle. Et  surtout une vue déformée de la  réalité utile et nécessaire à sa vie quotidienne et à son devenir, à la reproduction, au renouvellement et à la création de ses  actes.

L’équilibre psychique de l’individu et de l’espèce est totalement intriqué dialectiquement aux conditions matérielles de vie, de l’individu et de l’espèce, leur économie propre, leur organisation propre et celle de la cité, la symbolique qui en découle, qui en fait partie. Santé ou folie de l’individu ou de l’espèce ne sont pas la conséquence des dénormalisations-renormalisations multiples, complexes, partielles ou générales, mais de leur choc avec une réalité d’apparence ou réellement insurmontable.

L’enfance de l’humanité correspond-elle au stade de développement de « son » milieu naturel, c’est-à-dire de son univers de plus large connu et inconnu ? Il a-t-il dissymétrie des développements universel et humain ? Cette dissymétrie est-elle de l’ordre de la dissymétrie qui assure le mouvement, et par conséquent la mise en équilibre précaire de la vie ?

Ce qui me fait supposer l’enfance de l’humanité comme entité globale composée d’individus, c’est son comportement autistique global, c'est-à-dire qu’elle en est au niveau de la conscience, mais pas à la conscience de la conscience. Elle n’entend pas le retour de son action.

Ce qui me fait supposer que l’univers naturel de l’humain, en se plaçant d’un point de vue humano-centriste, est à une phase de dépérissement, c’est l’incohérence apparente de cet univers. En faisant la différence entre « son » milieu naturel et l’univers naturel de l’humain. Ces distinctions sont floues car elles entrent dans un domaine de l’inconnu. Elles demandent à faire la distinction entre des développements autonomes les uns des autres parce de niveaux différents ou de natures différentes. Mais dans leurs « autonomies » ils ne sont pas « indépendants », ce terme n’étant en rien universel parce que la chose ne l’est pas, indépendante. Le terme d’indépendance est propre à l’étude d’une micro réalité.

 

Je n’ai d’autre modèle que ce que l’humain a, dans tous les domaines de ses observations : naissance d’un objet, croissance et développement, maturation, dégénérescence, mort.

Ce modèle, transposé à l’universel, nous montre que la complexification s’accompagne soit de cohérence soit d’incohérence, ou les deux ou l’une et d’autre, reproductibles mais dans différent stades du processus d’un même objet.

Ce modèle, transposé à l’universel, nous fait toucher deux visions possibles de la volonté humaine :

-L’éléatisme, l’attente du reste du temps. Dans ce cas c’est la question de la douceur de la vie qui est au centre. Est-ce la question du christianisme original par exemple ? Il mesure le temps qui reste, il s’appuie apparemment sur le messianisme, mais en fait le détruit puisqu’il ne pose pas ce qu’il est convenu d’appeler le progrès comme centre du développement humain. Il pose en premier lieu la question de l’utilisation non utilitaire du temps.

- La philosophie du devenir. Elle suppose un progrès linéaire avec des ruptures possibles, des régressions, des morts de possible, mais elle garde ce fond de devenir. En ce sens elle est avant tout messianique, contrairement aux apparences.

 

Ces deux visions, partant de deux points, deux centres d’observations différents se rejoignent sur la douceur, dans la mesure où elles gardent leur pureté, c'est-à-dire leur niveau d’interrogation permanente, d’observation permanente. Dès qu’elles les quittent, elles sont dominées par leurs effets mécaniques au lieu d’infléchir le mouvement par leur volonté. Dans l’histoire de l’humanité, l’éléatisme a été récupéré par cet utilitarisme impuissant , avant la philosophie du devenir. Ce qui représente le danger que la philosophie du devenir se croie prémunie de cette maladie.

 

On peut renverser, comme la rotation du soleil autour de la terre la vision d’un univers se complexifiant en s’organisant. Notre univers peut être soit par essence soit par phase, par stade, au contraire en état de désorganisation en se complexifiant. Cela supposerait que l’agitation de ce stade correspond à une diminution d’énergie et non une augmentation d’énergie. C'est-à-dire que le vide soit un stade d’organisation maximum, que l’apparition de la matière dans l’état où nous la connaissons soit une « naissance » par diminution d’énergie et de cohérence, qu’en fait ce vide soit le plein, et pas le vide au sens de l’état vers lequel tend par exemple l’espace interstellaire : que la naissance de cet univers aille d’un plein vers une mort-vide, stade de l’incohérence maximum.

Dans ce cas la question du progrès est inversée. Elle ne tend bien sûr pas à une vision des conservatismes dominants, repris par les religions. Elle tend vers une cohérence, c'est-à-dire aussi une action révolutionnaire gardant les idéaux d’égalité, de développement, mais sur la base du temps qui reste et non du temps à conquérir. Mais chaque phase universelle contient sa naissance et sa mort. Il n’y a donc pas lieu de concevoir le temps qui reste comme une mort, et c’est ce qu’ont fait les religions en se  fossilisant, c'est-à-dire en se plaçant en position d’équilibre permanent artificiel, ce qui leur vaudra un écroulement, avec tout ce qui  veut y adhérer de force.

 

Le mouvement est à l’image de ces courbes sinusoïdales. Les fréquences « rapides », « courtes », peuvent mourir sans être entrées en résonance avec les fréquences « lentes », très longues. La fréquence humaine, au niveau de ses générations comme au niveau de son histoire globale le sera-t-elle quelquefois, souvent ou pas du tout avec des fréquences universelles. Il doit y avoir des variations d’ordres divers. Mon principe espérance, s’il n’est pas d’ordre messianique, me fait croire en la trace.

 

Pour résumer la question sur le parcours de la vie à la mort d’une entité, le parcours de l’entité humaine en temps qu’humanité et le parcours de « son » milieu universel en tant qu’univers, sont-ils en phase, ou plutôt en quel rapport de phase sont-ils. Dans une supposée et messianique construction de cohérence, l’humain se situe-t-il dans un univers en dissolution de cohérence. C’est par comparaison, se poser la question du mouvement du nageur en fonction de la direction et du type de courant du fleuve. Dans notre ignorance, il est clair que nous savons qu’il faut nager, c’est l’héritage génétique qui nous l’indique. Et notre pensée, produit de cette nage s’efforce sans cesse d’adapter sa raison à cet héritage pour assurer une adhérence entre les deux.

Il y a peut-être dans la découverte de la nature du vide, qui serait au contraire de notre conception, élément cohérent « plein » en dissolution, c'est-à-dire en complexification dans une situation temporelle particulière ou pas de l’univers, la réponse au contenu de la construction éventuelle de notre micro-cohérence, c'est-à-dire de la douceur. La douceur ne veut pas dire l’absence de dureté, l’absence de dissymétrie, l’absence de contradiction, l’absence de mouvement. Mais un sens de la nage, dans la diversité,  la multiplicité des mouvements,  relativement partagé en tant que résultante universelle.

 

Merci Héraclite, merci Paul. L’enfance du concept, c’est le syncrétisme. Et si Héraclite et Paul, ce n’était justement pas du syncrétisme, mais l’entrée, avec des mots non encore identifiés, dans le concept des mouvements universels et universel ? Ce qui en ferait douter, ce sont les réponses patriarcales et dominatrices de ces auteurs. Ce qui y ferait croire, ce sont ces mêmes réponses assorties de leur contreparties universelles : « la femme comme l’homme est le temple de dieu », Paul. « Les hommes philosophes doivent être de bons enquêteurs, en toute chose » Héraclite.

 

Cette réflexion sur une tentative de vision dialectique de la nature ne nous éloigne pas de notre sujet. En fait, l’échec de la démocratie, dans les systèmes sociaux quels qu’ils soient (je ne parle pas des systèmes marginaux et marginalisés, nombreux, mais rendus sans poids dans les orientations mondialisées), est dû à cette dépossession de l’humain de son travail, de son activité. Cela parait invraisemblable, comme paraissait vraisemblable la rotation du soleil autour de la terre, dans une société qui se revendique du « temps libre », des « loisirs », de la « fin du travail », de la « recherche de la jouissance ». C’est pourtant le cas. Il y a dé-adhérence des gestes de l’activité humaine et des besoins de survie, de développement et de jouissance de l’individu et de l’espèce.

Comment construire alors un véritable centralisme démocratique, absolument nécessaire à la cohérence de l’activité humaine mondialisée. Tout d’abord en n’imposant pas une construction par le haut, c’est le B-A-B de la démocratie. Ensuite en procédant à de multiples recherches de cohérence à partir de ce que la vie produit. Si comme je le pense, la pensée autistique globale de la société découle de l’irresponsabilité au travail, comme celle de l’enfant que l’on cantonne à l’activité ludique (nécessaire au développement, mais non opposée à l’activité productive qui se nourrit des deux, intriquées), notre société mondialisée se trouve coincée en étau entre son passé et son futur.

-Son passé, de par la relation de domination introduite par le patriarcat qui a limité la portée des actes de la moitié de l’humanité, les femmes. Les femmes qui assurent biologiquement et psychologiquement la reproduction de la société à sa naissance, individuelle et collective. Domination qui continue à constituer le modèle de hiérarchie de l’activité, et plus que jamais.

-Son futur, de par une mondialisation dont la gestion est de plus en plus concentrée entre les mains, au sens propre comme au sens figuré, d’un centre qui impose

par tous les moyens, mais surtout par l’outil cybernétique, une philosophie, un savoir partiel et partial qui lui permette de maintenir ce pouvoir central dont il « profite » au détriment du développement de tous.

Il y a donc une situation où la maîtrise démocratique de l’activité humaine ne peut trouver une issue à la domination et à ses conséquences sur l’activité, que par la libération du travail et du rapport humain, qui passe par la libération du rapport homme femme, au plan familial évidemment et au plan social tout aussi évidemment, cela va de pair.

L’on pourrait conclure que l’humanité n’en est encore qu’au stade de l’enfance. La pensée autistique, la domination primaire, le stade de la satisfaction non différable des jouissances, tout cela fait penser à l’enfance. Certains pourraient en déduire que comme l’enfant, la société « enfantine » a besoin d’un tuteur, d’une tutrice. C’est bien la dérive que le centralisme démocratique a subie. Et la religion bien avant lui.

 

La question des PLANS de développement démocratique est la réponse à la question du développement humain. Notre centre de décision actuel n’en veut pas, car il préfère laisser libre cours aux décisions centralisées des groupes financiers dominants, dont les plans ne subissent que le contrôle des actionnaires dominants. La comparaison de la société à l’enfant s’arrête là. Les structures mentales existent pour une pensée auto-contrôlée de l’activité humaine, expérimentée à des ensembles communaux, à « la cité », par exemple, depuis des siècles. Encore faut-il que cette activité puisse avoir lieu pour qu’elle puisse être auto-contrôlée. L’activité mutilée décrite un peu plus haut, c’est cela le problème. La pensée est issue du travail humain. La pensée s’en nourrit et nourrit le travail. La rupture que le capitalisme introduit entre le biologique et le social est mortelle. Elle marque l’ensemble de la pensée, économique, politique, psychologique. Elle envahit toute l’activité humaine et la stérilise.

La tâche du présent a un centre : le travail. Le travail est avant tout un échange. L’auto-éducation populaire nécessaire à la transformation sociale passe par cela : travail, échange sur la base d’égalité, donc compensation sociale des contraintes naturelles, le rapport homme femme comme le rapport naturel de l’homme (générique) à l’homme, le tout dans un rapport dialectique espace-temps.

Relire Vigotski, et relire Piaget, après avoir suivi le travail d’Yves Schwartz, Daniel Faïta et de l’équipe de l’A.P.S.T., et de l’avoir mis en correspondance avec la réalité militante, sociale et salariée (ou sans emploi) du producteur-consommateur, donne un éclairage tout à fait indispensable aux besoins humains de notre société au point de développement actuel.

Ce qui fait cette contribution, n’est pas une vision-catastrophe stérile qui imposerait une situation d’urgence. On ne répond pas à une crise globale par une situation d’alerte généralisée. Cette dernière répond pour l’humain d’aujourd’hui à une crise partielle à laquelle la partie saine porte secours. Nous nous trouvons devant une urgence globale qui demande réflexion globale. Notre capacité à traiter du présent est à la mesure de la phrase de Karl Marx, comme un test d’aptitude professionnelle à l’avenir, phrase que je répète : « Le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’homme à l’homme » (K. Marx, Troisième Manuscrits de 1844).

 

3. Passés, futurs, durées,

mondialisation de l’inconscient collectif

 

Notre société mondialisée se trouve coincée en étau entre son passé et son futur. Nous le répétons et le répèterons......

 

......Suite (troisième partie) sur ce lien : http://pierre.assante.over-blog.com/article-3-presidentielle-retour-sur-une-analyse-troisieme-partie-de-maintenant-la-ressource-humaine-manifest-92401519.html

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