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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 08:23

De la métaphore du fruit qui mûrit à la mondialisation (1),

En passant par Marx, Feuerbach, une réflexion tout à fait « pratique ».

 

congrès 2009« La dure cristallisation du quotidien nous met en demeure

de rejeter les transformations illusoires (par l’art ou l’image)

et de transformer effectivement le quotidien. » Henri Lefebvre.

 

« Face au pôle de la cité et au pôle du marché,

un pôle de l’activité, sans lequel l’homme serait hors-jeu

et l’histoire regardée comme une mécanique. » Yves Schwartz.

 

…….La métaphore utilise l’image d’un phénomène connu pour tenter de décrire une nouvelle représentation de la réalité. Elle ne peut ainsi qu’avoir les défauts dont parle Alain Duparquet (2) et contre lesquels il nous met en garde. Une métaphore ne peut se suffire à elle-même et elle a besoin d’autres métaphores (3) qui la contredisent et attaquent la question traitée sous des angles différents.

……..Soit on considère les écrits de Marx comme un dogme, surtout si on les ignore ; soit comme une vision des possibles (ce qu’il déduit de sa « méthode d’investigation dialectique »). Ce qui n’empêche pas, le contraire est impossible, un « jugement de valeur ».

La vision de l’action sur la société décrite dans « L’idéologie allemande », partie « Feuerbach », en particulier les pages 63-64 des Editions sociales, 1968, est citée souvent limitée au passage « Le communisme n’est pour nous…existant » (page 64)..

Il est clair que la partie qui suit et surtout celle qui précède touchent à l’idée que le communisme est une transformation MONDIALE. Cela a toujours gêné les partis nationaux parce que la culture populaire populiste n’envisageait pas le communisme comme un processus de la mondialisation, mais un état des choses dépendant du « grand soir » (4)..

Ainsi renoncer au grand soir équivalait, équivaudrait, à renoncer à toute action révolutionnaire. Pour reprendre la métaphore du fruit qui mûrit, sa négation par son « pourrissement », sa « négation de sa négation » par l’arbre, on ne peut atteindre une maturité sans que le processus de maturation ait eu lieu. On peut accélérer le processus avec d’ailleurs le danger de détruire le fruit par maladresse. Mais on ne peut en faire abstraction. La maturation d’un fruit n’a qu’une voie unique lorsqu’elle réussit (observation empirique). Un processus social a certainement des bifurcations bien plus nombreuses et complexe (observation militante de nombreuses générations), si l’on s’en tient à cette métaphore.

La question de Marx n’est pas « quelle recette pour faire le communisme ? », mais : quelle intervention humaine dans le processus (5), quel processus, ajustement de l’intervention humaine au fur et à mesure de la vérification ou-et de l’infirmation de la prospective et de l’action sur le processus. Et on peut dire aussi, abandon éventuel de la vision acquise et de l’action entreprise à un moment historique sur le processus. Lénine en a donné l’exemple, à contrario de ses successeurs.

Ceci dit, comme tous les humains, lorsque Marx pense et agit (c’est un même mouvement, un rapport dialectique de plus !), il dé-adhère sur un temps du « sujet concret », pas par spéculation gratuite, mais pour répondre à un besoin propre qui dépend de la  transformation sociale elle-même. Et il le fait avec une grande aptitude à penser ces questions.

Si je m’en tiens à mon propre jugement de valeur, dans ce moment de ma propre histoire, laquelle fait partie de l’histoire humaine, comme tout un chacun, ce passage sur « Feuerbach » (6) est à mettre en relation aujourd’hui dans toutes les expériences de la vie. Cela me paraît un besoin collectif de premier ordre dans notre période historique (pardonnez ces répétition voulues, ça vaut marqueur !).

 

Une parenthèse (et non une critique) sur une erreur que le vocabulaire de Marx entraîne par l’usage de l’adjectif « matérialiste » qu’il accole souvent, par exemple à « conditions d’existence matérielles ». Les conditions d’existence sont les conditions d’existence. Elles ne peuvent être que matérielles. La pensée est matérielle. Gramsci avait un vocabulaire plus serré, c’était une période d’acquis plus avancée du marxisme par rapport à ses interlocuteurs. Il en est de même des adjectifs « concret » et « abstrait ». Tout est concret, et le concept d’abstrait peut être utilisé pour différencier, dans des « études de cas », par exemple pour une idée qui n’a pas eu d’effet « tangible », ou-et qui n’est encore qu’un objet de l’imagination ; il n’en est pas de même de la représentation mentale d’un objet existant lui-même tangible, et de la pensée elle-même qui n’est pourtant pas tangible (sauf vaguement à l’IRM depuis peu, mais pas pour le premier venu). Mais cette parenthèse demande un meilleur développement, plus de clarté (ce qui n’est pas facile lorsqu’on « simplifie » de cette façon) ; ce n’est là qu’une petite mise en garde et dont l’objet restera éternellement ouvert au fur et à mesure de l’extension des connaissances. Et Marx adressait par écrit pour la première fois (connue) ces pensées aux autres humains. Il devait donc utiliser le vocabulaire existant avant sa découverte, qui pouvait être compris et qui, entre nous, n’a guère changé depuis (7), dans ce domaine, pas plus que les rapports de productions n’ont changé en ce qui concerne les rapports stérilisants de domination.

Soit nous acceptons l’état de choses, pensant qu’il peut rester immuable sans dommage pour notre vie quotidienne, notre santé (au sens large) dans la société. Soit nous partageons l’idée que sans mouvement la bicyclette tombe (et ça s’avère vrai même lorsqu’elle semble immobile !).

Nous ne développons les services publics que si nous développons la conscience qu’ils sont une propriété collective, qu’ils sont notre propriété. Mais nous développons cette conscience d’abord par la pratique (le terme de « pratique » commence à être plus précis mais garde encore cette double confusion). Autre illustration : l’union, l’alliance (politique, familiale etc.)…n’est ni une addition ni une fusion, et leur conception ne résulte pas du syncrétisme. L’union c’est un rapport social, un mouvement qui entraîne une multitude de mouvements et un « mouvement résultante ». Dans cette mobilité, l’intelligence humaine intervient dans les choix, sur les choix et les nécessités.

 

L’amour de l’intervention humaine est l’amour des humains, des autres et de soi-même. Il se manifeste dans la solidarité « concrète » (obligé d’utiliser ce terme imprécis pour une question très précise) comme dans le sentiment de solidarité. Reprenons donc cet énoncé de Marx sur la « mondialisation », ces fameuses pages 63-64, relisons un peu plus de Marx, et des écrits et commentaires actuels de toutes opinions avec ça en tête, et « rencontrons-nous » pour construire ce qui dans le « mouvement social » participe non au grand soir, mais à la maturation sociale, aux processus vitaux, pour soi et pour les autres.

Cette vision est optimiste pas seulement au sens « moral », mais au sens « concret », celle de la réalité qui nous donne vie.

Une maturation générale (qui n’est pas la fin des processus, ça c’est une autre question, ou plutôt la même mais un peu plus loin de notre portée), passe par une multitude de maturations ; les siennes propres à l’individu, l’activité humaine est d’abord celle de chacun. Produire la vie c’est produire les bases « matérielles » de la vie. Les bases de la vie humaine contiennent, dans leur unité humaine mouvante, (pas en addition mais en unité du corps et en unité de la société humaine et en unité des deux) celles de l’existence « minérale, atomique », celles de la vie animale, et celles propres à l’humain dont la complexité et la diversité de souffrent aucunes réductions.

Disons plus simplement : le communisme reste une interrogation. La vie entière est une interrogation. Nous ne pouvons pas vivre (vivre, c'est-à-dire ne pas mourir),  sans nous interroger à chaque instant sur les choix de nos gestes quotidiens et sur les conditions générales qui peuvent  les induire. L’état de guerre généralisé, nous pouvons le considérer comme l’opposé de la mise en commun, l’opposé de la mise en cohérence commune des l’activités humaines. Dès ses premières « conclusions » à partir de sa « méthode d’investigation dialectique » (terme de Marx pour son ouvrage‘le Capital’ ), Marx a mis en relation  l’idée de communisme et celle de mondialisation. Cette interrogation nous impose celle des choix « pratiques »

 

Pierre Assante, Marseille, 17 août 2006.



Notes :

(1) Nouvelle démonstration du mondialisme capitaliste : l’achat d’une société chinoise par SEB et ses suppressions d’emplois. Une étude d’ouverture privée d’une mine de charbon avec sa centrale électrique dans la Nièvre à renforts de milliards d’euros alors que des milliards d’euros sont engloutis par l’ennoyage à Gardanne, malgré l’opposition et les luttes des mineurs, de la population, des syndicats et de la mairie communiste (concurrence et rentabilité capitaliste !). Pourtant, « Le communisme n’est empiriquement possible que comme l’acte « soudain » et simultané des peuples dominants, ce qui suppose à son tour le développement universel de la force productive et les échanges mondiaux étroitement liés au communisme », Karl Marx,L’idéologie Allemande, Feuerbach .

(3) « La dure cristallisation du quotidien nous met en demeure de rejeter les transformations illusoires (par l’art ou l’image) et de transformer effectivement le quotidien. Henri Lefebvre », Métaphilosophie.

(4) Et parce que sur un espace « économique » national vaste, un état des échanges pouvait laisser penser qu’il constituait un « monde » en soi, en attendant la maturation conjointe dans les autres espaces humains de notre terre

(5) « Face au pôle de la cité et au pole du marché, un pole de l’activité, sans lequel l’homme serait hors-jeu et l’histoire regardée comme une mécanique. Yves Schwartz », Travail et Ergologie.

(6) En voici un tout petit extrait pour mettre en goût ceux qui ne l’ont pas lu : « …d’autre part, ce développement des forces productives (qui implique déjà que l’existence empirique actuelle des hommes se déroule sur le plan de l’histoire mondiale au lieu de se dérouler sur celui de la vie locale), est une condition pratique préalable absolument indispensable, car, sans lui, c’est la pénurie qui deviendrait générale, et, avec le besoin, c’est aussi la lutte pour le nécessaire qui recommencerait et l’on retomberait fatalement dans la même vieille gadoue. Il est également une condition pratique sine qua non, parce que des relations universelles du genre humain peuvent être établies uniquement par ce développement universel des forces productives et que, d’une part il engendre le phénomène de la masse « privée de propriété » simultanément dans tous les pays (concurrence universelle), qu’il rend ensuite chacun d’eux dépendant des bouleversements des autres et qu’il a mis enfin des hommes empiriquement universels, vivant l’histoire mondiale à la place des individus vivant sur le plan local. Sans cela : 1° le communisme ne pourrait exister que comme phénomène local ; 2° les puissances des relations humaines elles-mêmes n’auraient pu se développer comme puissances universelles et de ce fait insupportables, elles seraient restées des « circonstances » relevant de superstitions locales, et 3° toute extension des échanges abolirait le communisme local. Le communisme n’est empiriquement possible que comme l’acte « soudain » et simultané des peuples dominants, ce qui suppose à son tour le développement universel de la force productive et les échanges mondiaux étroitement liés au communisme.

Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel  qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes…. »

J’ajouterai qu’un mouvement humain est affaire de générations humaines, et que l’intervention individuelle de « maturation » dans la collectivité des mouvements a des effets pour l’individu, dans lesquels le libre arbitre a une autonomie relative, mais une autonomie dont dépendent et qui dépendent de l’envie et le plaisir de vivre.

(7) Qu’il soit question de l’usage populaire ou de l’usage philosophique de ces mots, la question se pose. Le débat sur « travail concret » et « travail abstrait » semble en témoigner.

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