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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 20:07

Encore sur l’Anthroponomie et l’Ergologie : contradictions et IDENTITÉS

 

1. On peut denier à un philosophe de l’être. On ne peut non plus pas denier à un dialecticien d’être philosophe.

En ce sens un ergologue, dialecticien, quel que soit le champ de la pluridisciplinarité qu’un ergologue exerce, est philosophe. A plus forte raison quand son champ propre est la philosophie.

Ce n’est pas la proximité ou l’éloignement d’une thèse philosophique de l’exercice de la pratique concrète, qui fonde la légitimité d’une philosophie.

En ce sens la difficulté de Lucien Sève à reconnaitre jusqu’au bout à un philosophe ergologue sa qualité de philosophe tout autant que sa qualité d’ergologue est parlante. Cela ne lève en rien l’importance qu’il a reconnue à "l’expérience et connaissance du travail" et les concepts qui en ont découlé. Mais il n’en a pas été de même lorsqu’il s’est agi de catégories philosophiques.

De même il a été difficile aux économistes néomarxistes, dont je pense être à mon petit niveau, de reconnaître à l’ergologie ses qualités propres (1), qui ne sont pas celles d’une science mais justement d’une ascèse dans les relations humaines, les rapports sociaux,  partant de sa pluridisciplinarité, de l’usage dialectique des observations pluridisciplinaires du travail et de l’activité humaine. Pluridisciplinaire veut dire aussi l’observation historique, dialectique, économique, de l’origine de l’humanisation à l’humanité « mondialisée et informationnalisé », ce en quoi, ergologie et anthropologie ont une surface de contact commune de la plus grande importance pour comprendre le processus de l’humanité et agir sur ses capacités de développement futur.

2. Malgré les apparences, la distance entre la thèse philosophique contenue dans l’ergologie est moins éloignée de la "pratique pratique" que la distance de la thèse contenue dans l’anthroponomie d'avec cette pratique pratique. Ce n'est pas une tare ni une réalité historique figée. C'est un état dans l'état présent de la société, car :

a. L’ergologie a fondé son existence dans l’analyse pluridisciplinaire des situations de travail ; pratique on ne peut plus concrète à réaliser, même si évidemment elle se heurte aux limites fixées par la loi du profit immédiat maximum dans l’accumulation du cycle A-M-A’ et le refus-contradiction-rapport de force de cette accumulation d’avec des droits du travail s’opposant à cette loi ;  et au-delà en contradiction entre la baisse tendancielle du taux de profit et les valeurs à mettre en œuvre pour développer sans entrave la révolution scientifique et technique et la révolution des besoins sociaux.

b. L’anthroponomie est fondée sur une tentative de science regroupant de même tous les champs scientifiques dans la recherche de la régénération des moments : parental, du travail, de la politique, de l’informationnel.

3. En ce sens l’anthroponomie en est encore à l’état relativement empirique (2), de recherche de l’accumulation des données qui lui sont nécessaires et de leur usage propre alors que l’ergologie n’en est plus à ce stade des prémisses d’accumulation de données, même s'il faut sans cesse remettre le travail sur le métier. L'économie est un champ qui fournit un grand nombre de données nécessaires à cette accumulation dans la connaissance et la pratique anthroponomique.

Le fait que l’anthroponomie ne trouve pas en cet instant de successeurs évidents aux travaux de Paul Boccara en ce domaine est significatif, non de son inutilité ou de l’illégitimité pratique de ses fondements, mais au contraire de la nécessité de son développement.

On ne peut  porter à charge cet état de fait aux économistes de « l’école de Paul Boccara », et leurs magnifiques et essentiels travaux.  Cette « école », est elle-même la continuation de l’analyse des lois du capital de Marx, de l’étude de l'état de la société ; de l’étude de son mode de production et d’échange, et des hypothèses théoriques et pratiques de sortie de crise de suraccumulation-dévalorisation du capital ;  et de construction d’une nouvelle économie politique répondant à l’état de la société et  son mouvement de transformation-évolution-complexification au-delà des limites du système économique et social actuel, capitaliste, à son paroxysme final ; gravement malade, sans remède autre que son propre dépassement qualitatif.

C’est d’ailleurs les progrès de la compréhension de l’état de la société, du mouvement de cet état qui constitue la surface commune de contact entre anthroponomie et ergologie.

Mettre en rapport l’Anthroponomie et l’Ergologie n’est pas une fixation maladive de ma part, c’est une constatation de l’intérêt de ces deux champs à se rencontrer, tout en conservant leurs qualités propres. La fusion de deux champs c’est toujours la disparition des deux, l’anéantissement et non le développement. C’est aussi une loi de la dialectique que le développement propre et les différences de développement, ce qui ne constitue pas une course mais un rapport de coopération libérant les forces communes, différentes et même contradictoires.

Que des chercheurs avancés des deux champs soient issus de la « Pensée Marx », au sens de l’expression de Lucien Sève n’est pas un hasard.

4. Ce débat que j’ai avec moi-même me fait penser à celui que connaissait la poésie lorsque j’avais 20 ans dans la revue « Action poétique ». Les créateurs de la revue avaient mis en exergue de cette parution : « la poésie doit avoir pour but la vérité pratique ». À condition qu’une formule ne devienne pas un dogme, je crois qu’il s’agit d’une seule et même question pour tous les champs d’activité humaine, leur unité, leur contradiction, et leur identité.

 

Pierre Assante. 14/11/2021 17:57:43.

 

(1) Ce qui n’est pas mon cas, voilà 33 ans que  je partage les thèses d’Yves Schwartz d’"Expérience et connaissance du travail" et 18 ans que je suis avec un intérêt essentiel les travaux et concepts d’ergologie pour le mouvement syndical et politique, et pour un projet de nouvelle organisation du travail dépassant le keynésianisme du capital.

Comme je suis les travaux de Paul Boccara depuis les années 1970 sur le CME, les critères de gestion, la mondialisation capitaliste et ses alternatives, la crise de longue durée, la critique de la critique unilatérale de la crise de suraccumulation, la SEF etc…

(2) Comme l’était l’introduction à la critique de l’économie politique de Marx en 1857 par rapport à « Das Kapital ».

 

En guise de bibliographie minimum, pour comprendre la raison et le but de ces propos, si tant est qu’ils soient compréhensibles, DEUX OUVRAGES  :

Paul Boccara, « Neuf leçons sur l’anthroponomie systémique », 2017 .Editions Delga.

Yves Schwartz, « Travail, ergologie et politique », 2021. Editions La Dispute.

 

VOIR AUSSI SUR CE BLOG : MODE DE PRODUCTION ET MODE DE PENSEE :

http://pierre-assante.over-blog.com/2021/05/mode-de-production-et-mode-de-pensee.7-articles.par-pierre-assante.18-mai-2021.html

 

et EN AVANT LE MANIFESTE :

 https://mailchi.mp/de676f4f1f4f/retroussons-nos-manches-pour-promouvoir-les-ides-communistes?e=e0895ed80a

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