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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 07:42

 

MATERIALISME DIALECTIQUE

Logique de la non-contradiction et dialectique de la contradiction.

 

Ce qu’on appelle, en général, « révolution » n’est que l’évènement initiant un processus de transformation qualitative.

On pourrait dire que la « vrai révolution » est le processus de transformation qualitative lui-même jusqu’à une « nouvelle qualité » de construction sociale : l’ancien est dans le nouveau et le nouveau devient ancien ; l’ancien a besoin de transformation qualitative. L’accumulation quantitative peut créer « la masse critique » exigeant la transformation qualitative, transformation lente ou rapide, relativement, en fonction de l’accumulation elle-même.

Ce besoin de transformation est l’expression concrète des contradictions, des forces contraires du mouvement de l’objet observé, et du mouvement des objets observés entre eux.

La logique aristotélicienne a existé bien avant qu’Aristote ne la formule. Elle s’est développée pendant les millénaires de millénaires de l’activité humaine, du travail avec le galet aménagé jusqu’à la production de moyens de production, la production mécanisée et la production informationnalisé numériquement.

La logique aristotélicienne, de non-contradiction, on en use quotidiennement, qu’on le sache ou pas.

Mais depuis la naissance de la pensée par et dans le travail, une autre logique cohabite, plus libre, dans nos systèmes de concepts cérébraux, la logique de contradiction entre les forces qui animent un mouvement, leur unité et leur identité.

Le système marchand -et sa forme la plus « avancée », le Capitalisme monopoliste mondialisé numériquement informationnalisé, globalement financiarisé (CMMnIgF)-, est une société de classe millénaire. Dans une société de classe la forme de l’échange social et les forces contraires en conflit ont hérité du mouvement de l’échange entre les hommes sur lequel est venu se greffer, en des temps différents, le type d’accumulation Argent-Marchandise-Argent’ (A-M-A'). Cette dissymétrie temporelle de la formation de l’échange fait du mouvement des contraires un mouvement de forces antagoniques devant disparaitre, se transformer en une force nouvelle entrant en contradiction non antagonique avec et dans le mouvement des forces productives, les forces de production des subsistances « matérielles et morales » nécessaires à la vie humaine, l’évolution-transformation-complexification du processus humain.

La forme logique et la forme dialectique de pensée -forces contradictoires- sont elles-mêmes en conflit et c’est ce qui donne la possibilité à la seconde de se développer au détriment de la première.

La société marchande a institutionnalisé la première et l’a rigidifiée, chosifiée (réifiée).

L’échange marchand, l’unité et l’identité de la contradiction de la vente et de l’achat, et la formation de l’accumulation sur la base de l’échange A-M-A’, a trouvé dans la pensée logique, basée sur la non-contradiction, un élément de durée des dominations qu’ils induisent réciproquement.

Pour la logique « simple », « ceci » n’est pas « cela » et « cela » n’est pas « ceci », ce qui exclue la critique et voile que ceci est cela au sens que l’un et l’autre « fonctionne » dans un même mouvement et n’existent pas l’un sans l’autre, ce qui est le contraire de s’exclure mutuellement et le contraire d’un immobilisme qui ferait de ceci et de cela et de leur mouvement, un existence éternellement immobilisée dans une qualité finie.

Une société ayant dépassé le conflit de classe serait une société dont l’école et une forme nouvelle de l’école, qui exclurait un enseignement mécanique au profit d’une aide à la découverte personnelle, de l’enfant et de l’adulte, en mouvement commun diversifié ; et qui dans ce mouvement commun observerait le lutte des contraires dans le mouvement d’un objet d’observation et les rapports entre les mouvements des objets d’observation.

En même temps la transformation de l’ancien dans le nouveau, en matière d’organisation sociale a besoin de cette pensée dialectique : on se mord donc la queue. Oui et non : développement d’une nouvelle forme de pensée et développement d’une nouvelle forme d’organisation sociale ne sont pas des mouvements séparés, mais une unité de mouvement, d’évolution-complexification dans lequel mouvement de la pensée et mouvement de l’organisation sociale sont en rapport dialectique, avec des inégalités de développements micros et macro. Il n’y a pas de mouvement sans inégalité de développement et mouvance des inégalités de développement constituant le développement.

En conclusion, le recul de la pensée dialectique dans la société, sous l’effet d’un rapport de force dégradé entre de vendeur de la force de travail au profit de l’acheteur de la force de travail, c’est la caractéristique issue de la fin du XXème siècle et des moyens de la révolution scientifique et technique mis en œuvre par le capital pour maintenir sa domination, économique, institutionnelle et militaire.

La révolution scientifique et technique mis en œuvre pour satisfaire les besoins humains, « matériels et moraux » en unité et le communisme, c’est la même chose : le mouvement infini de résolution des contradictions dans le mouvement général de résolution des contradictions universelles,  entre l’individu et l’espèce, l’espèce et l’univers, dans les rapports dialectiques de leur mouvement commun de la matière minérale et de la matière-pensée en unité, de la conscience de la matière sur elle-même.

Et en autre conclusion, la même, développer la pensée dialectique, opposée au retour des intégrismes religieux, c’est contribuer au mouvement de dépassement des contradictions de la société de classe et du CMMnIgF, antichambre possible d’une société mettant en commun les forces « physiques et mentales » en unité des hommes, ce qu’on appelle communément communisme : non le communisme grossier des tentatives abstraites, mais celui d’une construction par l’expérimentation collective par les personnes et de leurs qualités infiniment, historiquement, personnellement, diverses.

Lorsque Marx travaille à l’analyse de la société capitaliste, il semble, pour certains, avoir oublié la pensée philosophique qui l’a amené jusqu’à cette analyse. C’est bien une des erreurs qui a conduit au stalinisme -son économie d'Etat et sa philosophie-religion d'Etat allant de pair-, lequel est né de conditions historiques et non d’une seule volonté abstraite d’une personne et de la société dans son développement particulier historique -économique, institutionnel, culturel…-, comme tout mouvement historique.

Pour ceux qui douteraient de la démarche dialectique de Marx, utilisant l’outil de la pensée dialectique comme un outil et non comme un dogme :

« …En définissant ce qu'il appelle ma méthode d'investigation avec tant de justesse, et en ce qui concerne l'application que j'en ai faite, tant de bienveillance, qu'est-ce donc que l'auteur a défini, si ce n'est la méthode dialectique ? Certes, le procédé d'exposition doit se distinguer formellement du procédé d'investigation. A l'investigation de faire la matière sienne dans tous ses détails, d'en analyser les diverses formes de développement, et de découvrir leur lien intime. Une fois cette tâche accomplie, mais seulement alors, le mouvement réel peut être exposé dans son ensemble. Si l'on y réussit, de sorte que la vie de la matière se réfléchisse dans sa reproduction idéale, ce mirage peut faire croire à une construction a priori.

Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l'exact opposé. Pour Hegel le mouvement de la pensée, qu'il personnifie sous le nom de l'idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n'est que la forme phénoménale de l'idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme.

J'ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode... Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n'en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d'ensemble. Chez lui elle marche sur la tête; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu'elle semblait glorifier les choses existantes. Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l'intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire; parce que saisissant le mouvement même, dont toute forme faite n'est qu'une configuration transitoire, rien ne saurait lui imposer; qu'elle est essentiellement critique et révolutionnaire… »

Marx. Extraits de la postface de la seconde édition allemande du capital

Et pour ceux qui souhaitent un peu plus de lumière sur la pensée dialectique : 

« … Nous voici au pied du mur. Va-t-on contester que les contraires soient différents et non la même chose ? Le haut n’est pas le bas, le vrai n’est pas le faux, aucun esprit logique ne l’admettra. Mais qui le lui demande ? Penser dialectiquement ne consiste pas du tout à nier la différence des contraires : non, bien sûr, les contraires ne sont pas la même chose, mais –voilà le point crucial– ils sont le même rapport, et c’est en ce sens que ces différents sont aussi identiques. Autrement dit ce dont le penser dialectique révèle la fausseté profonde, c’est que les contraires puissent être considérés comme deux choses pensables séparément –le haut est d’autre part le bas, le vrai est d’autre part le faux– quand ils sont en vérité  un unique rapport à deux pôles : le rapport positionnel haut/bas, le rapport gnoséologique vrai/faux. Ils sont deux en un, un en deux : voilà qui fait éclater le trop étroit principe d’identité, moment provisoire de pensée qui doit être dépassé en un principe dialectique d’identité-différence, donc aussi de contradiction valide entre termes préalablement définis de façon non contradictoire – car, redisons-le, la dialectique n’annule pas la logique classique, elle la dépasse comme la physique relativiste le fait par rapport à la physique classique : de même qu’il y a un effet relativiste que la physique classique ne prend pas en compte, il y a un effet dialectique –l’identité des contraires– que la logique classique ne prend pas en compte, ce qui la condamne à ne pas pouvoir penser le rapports de procès, c’est-à-dire la réalité vivante du monde. Elle ne peut pas même nous dire ce qu’est une synthèse, où il saute aux yeux que deux est en même temps un. On a inlassablement fait à Hegel, on lui fait encore le faux procès d’être un penseur de l’absurde prétendant que les contraires sont « la même chose », quand tout son travail consiste à montrer qu’ils ne sont en rien des choses, justement, mais un rapport qu’on ne peut du tout penser lorsqu’au nom de « la logique » on s’acharne à l’atomiser  en immobiles figures séparées… ».

Lucien Sève. Penser avec Marx. Tome III « La philosophie ». 2014.

Pierre Assante. 10/07/2021 07:34:59.

 

 

 

………..SUITE sur le lien :

https://pierreassante.fr/dossier/MODE_DE_PRODUCTION_ET_MODE_DE_PENSEE._Par_Pierre_Assante._18_mai_2021..pdf

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commentaires

Besse Daniel 10/07/2021 16:33

Voir aussi : " Principes élémentaires de philosophie " de Georges Politzer . Il serait bien de reprendre les cours de philosophie dans le parti .

PIERRE 11/07/2021 07:12

Oh ! Que oui !!! C'est à cela qu'on verra la possibilité du contenu d'une action ouvrière et populaire qui ne soit pas une impasse.

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