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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 10:47

 

LE MORT SAISIT LE VIF MAIS LE VIF RÉSISTE.

 

Le mort saisit le vif. Ainsi des formes anciennes de moyens et de mode de production  perdurent dans les nouvelles et quelquefois s’y redéveloppent.

Mais pour qu’elles s’y redéveloppent il faut aussi que l’idéologie, les formes de pensée arriérées qui y correspondent y trouvent leur expression, en unité contradictoire avec le mouvement au présent.

Des formes "d’esclavage nouveau" se sont développées dans le capitalisme, dans son expansion coloniale et sous son égide, par exemple dans l’accumulation primitive du capital US, et sous les vestiges passés dans les pays concernés. Mais aussi dans le cœur du système avancé à l’occasion de recul que suscitent des évènements comme les guerres par exemple.

Le stalinisme a pratiqué ce travail de type « esclavagiste nouveau » par l’exploitation du travail des prisonniers pour renforcer les forces productives sensées développer les conditions d’une société socialiste et pour surmonter le handicap de défaut d’accumulation primitive du capital dans la Russie post-tsariste et ses colonies devenues républiques soviétiques. Les formes anciennes du mode de production asiatique en Russie ont constitué un moteur et des avancées et des régressions

La « concordance » économique et idéologique de ce phénomène réactionnaire dans l’URSS de Staline a été « justifiée » par les difficultés créées par le capital contre la jeune république. Certes c’est un élément. Cependant cette concordance est plus profonde que cela, et on peut la retrouver dans la philosophie des principes exprimés dans les œuvres de Staline régressant exponentiellement par rapport aux fondateurs d’une nouvelle pensée dialectique incarnée par Marx, Engels et ce mouvement de progrès de la conscience de l’humanité sur elle-même et sur la nature dont l’humanité (et l’humanisation) est partie intégrante.

Cet abandon de la dialectique, LE RETOUR à une analyse unilatérale des évènements et des choses, hors de leur mouvement d’évolution-complexification, des forces contraires, leur unité et leur identité qui animent le mouvement, a été un témoin de l’immaturité de la société dans la construction d’un mode de production et d’échange dépassant un développement par le cycle d’accumulation du capital, et l’achat de la force de travail qui le permet.

 

Lénine et les communistes russes de progrès ont choisi de saisir les évènements et les contradictions qui ont éclaté avec la guerre pour avancer dans la voie d’une construction nouvelle répondant à la crise, la réalité de la crise et ses conséquences. Il est absurde de penser à postériori : c’était pas mûr, il fallait laisser les choses en l’état comme le préconisaient les forces diverses en jeu, tout en revendiquant chacune les fruits pour soi : du mouvement de décolonisation de l’Empire Russe en passant par la révolution de la bourgeoisie Russe antimonarchie absolue dans une bourgeoisie internationale; et la révolution agraire d’une paysannerie très active et en crise de production et idéologique de même; et une classe ouvrière faible mais  très concentrée  et un capital étranger et national en unité-compétition et un Parti ouvrier fortement organisé constituant le liant ouvrier-paysan. Forces en concurrence entre elles et poussant pourtant vers le nouveau, un  nouveau encore indéterminé évidemment. A l’issue de l’engagement militaire russe  et sa débandade sociale généralisée de 1914-17, le pourrissement du pouvoir consécutif au pourrissement avancé du système national dans celui du système général, « La Paix et la Terre » ont constitué le rassemblement et le contenu d’un début de processus de transformation qualitative du système politique et social du pays, sans réussir à le poursuivre à terme; lequel terme n’était pas atteignable dans la situation historique du moment. Ce qui ne veut pas dire que les transformations en cours de chemin, en court et long terme, ne contenaient pas une révolution mondiale plus vaste restant à l’ordre du jour aujourd’hui. Coopération de l’humanité entière, contenant l'autonomie de la personne et des entités de production et d’existence, de la praxis, l’activité humaine en évolution-développement-complexification en unité de celle de la nature.

 

L’histoire est faite ainsi, à la fois aléatoire et causale. Unité et identité du moment-durée. Qui peut dire ce qu’auraient fait ces forces dans ce pays arriéré prêt à une guerre civile qui a bien eu lieu et qui de toute évidence aurait eu lieu et dont l’issue, comme toute les guerres civiles dans des conditions d’arriération finissent par les pires dictatures ?

 

La dictature stalinienne est issue de la guerre civile dont la révolution de février comme celle d’octobre n'étaient pas la matrice première. La matrice première, c'étaient les conditions russes et mondiales de la crise du capital monopoliste et des conflits entre bourgeoisies nationales qui en découlaient. Y compris bien sur la guerre « entre le Tsar et le Kaiser » qui était un élément important de l’affrontement mondial dans lequel le capitalisme US, le plus puissant et le plus avancé, y a trouvé les éléments de sa future domination mondiale.

 

La NEP et les corrections successives de Lénine par rapport  aux évènements ont été une illustration des capacités de souplesse, de fidélité de pensée et de juste combat de sa part, quels qu’en soient les défauts sociaux et non individuels (hypothèse absurde qui relève d’une conception de l’homme isolé de la société et du système) dont l’histoire témoigne qui ne peuvent être imputable à une seule personnalité. L’Union soviétique n’est pas à jeter aux orties. C’est jeter une part de l’humanité (et avec des hommes et de leur activité, de leurs efforts immenses dont la très « chère » victoire sur le nazisme  n’est pas un petit élément. Lire l’article « Le communisme n’est pas le fascisme ») dans sa totalité. Certes les crimes ont été atroces, tout autant que les crimes coloniaux et de guerre du capital, de guerre tout court. Il faut se rappeler des massacres de Sétif en pleine Libération de la France de 1945 ou de Madagascar etc… relativement récents et les immenses inégalités subies par les colonisés. Il faut se rappeler aussi « plutôt Hitler que le Front populaire » qui ont porté aux millions de morts, de régression et de douleurs de toute part.

 

Tout ceci dit non pour faire un tableau général, mais pour comprendre qu’un tableau comporte une réalité : l’état de conscience correspondant non mécaniquement mais dialectiquement à l’état des forces productives dont elle fait partie en unité et en développements inégaux entre les éléments matériels et moraux de ce développement.

 

Les principes en matière de philosophie, de dialectique et d’économie et du socialisme édités par Staline, on en trouve les avatars nocifs tout au long du XXème siècle partout. Y compris dans la réaction qui se veut les dénoncer ou les dépasser, chez Althusser ou à l’opposé chez Garaudy.

Une vision multilatérale, combattant cette vision unilatérale re-commence à émerger à la fin du XXème siècle, paradoxalement mais logiquement au moment où le « socialisme réel » et les partis communistes régressent. En philosophie par exemple avec « Marxisme et théorie de la personnalité » de Lucien Sève, ou en économie avec les thèses de Paul Boccara sur le « CME » puis sur les « théories sur les crises de suraccumulation et dévalorisation du capital » ; enfin, toujours par exemple, sur cette théorie sur l’activité concrétisée par l’ergologie et « Expérience et connaissance du travail » d’Yves Schwartz, succédant aux travaux de psychologie de Vygotski , de Piaget ou de Leontiev ou de Politzer, Wallon, etc., remettant au cœur du processus de transformation de la société et de l’homme, le travail social, l’outil social, la production-fabrication-développement-complexification de l’outil par le corps-soi individuel-social (Corps-soi individuel-social ce qui est une tautologie).

 

Lucien Sève avant de disparaitre à remis en chantier une magnifique réflexion philosophique qu’on pourrait dire « sur la dialectique » (1)  avec son tome 3, "La philosophie" : le dépassement de la logique aristotélicienne pour élever la compréhension  sur la réalité, à partir de la révolution scientifique et technique immense mais livrée au structuralisme, sur la nature, la société et l’humanité et l'homme, dans son mouvement ici et maintenant et possible à venir.

L’économie politique a à s’en inspirer au niveau particulier de la pensée dialectique.

L’exercice de la pensée dialectique ne garantit pas les choix politiques. Si c’était le cas ça se saurait : les errements des partis communistes et leur dissolution relative ou totale, frappés par les transformations du capitalisme mondial et en particulier de son marché du travail prouvent bien que la pensée ne résout rien automatiquement mais dans l’action et l’expérience du mouvement réel de la société, conscient et inconscient. Une renaissance communiste, de mouvement et d’organisation, interprète conscient du processus inconscient, objective et subjective se prépare dans les dangers de la crise généralisée du capital et de ses conséquences positives et négatives incalculables.

 

Marx le philosophe communiste de générosité et militant devenu économiste sans abandonner la philosophie, mais reconstituant une unité de pensée des deux, a eu « la chance » d’observer avec l’industriel intellectuel  Engels, le capitalisme (et la situation de la classe ouvrière ! Evidemment) en « bonne santé » autant qu’il pouvait l’être, et en développement impétueux, ses douleurs et ses possibilités créatrices intempestives. Mais aussi ses contradictions d’origine, congénitales qui arrivent aujourd’hui à maturité au paroxysme mortel.

 

Ce n’est le moment ni d’abandonner  la lucidité de la lutte de transformation sociale ni l’analyse dialectique qui liées créent les conditions possibles de dépassement du système économique et social à obsolescence, et l’imagination et la mise en œuvre d’un processus de transformation. Il n’y pas de saut automatique dans la continuité d’un état à un autre. L’opportunisme et le gauchisme qui habitent partout et dans la lutte des contraires témoignent de la difficulté d’imaginer et de mettre en œuvre un processus à corriger sans cesse en cours de chemin. Pas de processus sans invention ( l’un sans l’autre, en unité, est absurde) et pas de santé du processus sans remise en cause permanente du processus dans son développement. Ce que faisait très bien Lénine en agissant sur les erreurs dans le cours de l’expérience. Sa disparition, bien que n'étant que celle d’une personne parmi tant d'autres, plus la concentration de l’administration aux mains de Staline et son groupe a été sans doute très dommageable au processus initié du socialisme dans un seul pays.

 

Pierre Assante.04/03/2021 08:53:36.

 

(1) « … Nous voici au pied du mur. Va-t-on contester que les contraires soient différents et non la même chose ? Le haut n’est pas le bas, le vrai n’est pas le faux, aucun esprit logique ne l’admettra. Mais qui le lui demande ? Penser dialectiquement ne consiste pas du tout à nier la différence des contraires : non, bien sûr, les contraires ne sont pas la même chose, mais –voilà le point crucial– ils sont le même rapport, et c’est en ce sens que ces différents sont aussi identiques. Autrement dit ce dont le penser dialectique révèle la fausseté profonde, c’est que les contraires puissent être considérés comme deux choses pensables séparément –le haut est d’autre part le bas, le vrai est d’autre part le faux– quand ils sont en vérité  un unique rapport à deux pôles : le rapport positionnel haut/bas, le rapport gnoséologique vrai/faux. Ils sont deux en un, un en deux : voilà qui fait éclater le trop étroit principe d’identité, moment provisoire de pensée qui doit être dépassé en un principe dialectique d’identité-différence, donc aussi de contradiction valide entre termes préalablement définis de façon non contradictoire – car, redisons-le, la dialectique n’annule pas la logique classique, elle la dépasse comme la physique relativiste le fait par rapport à la physique classique : de même qu’il y a un effet relativiste que la physique classique ne prend pas en compte, il y a un effet dialectique –l’identité des contraires– que la logique classique ne prend pas en compte, ce qui la condamne à ne pas pouvoir penser le rapports de procès, c’est-à-dire la réalité vivante du monde. Elle ne peut pas même nous dire ce qu’est une synthèse, où il saute aux yeux que deux est en même temps un. On a inlassablement fait à Hegel, on lui fait encore le faux procès d’être un penseur de l’absurde prétendant que les contraires sont « la même chose », quand tout son travail consiste à montrer qu’ils ne sont en rien des choses, justement, mais un rapport qu’on ne peut du tout penser lorsqu’au nom de « la logique » on s’acharne à l’atomiser  en immobiles figures séparées… ».

Lucien Sève. Penser avec Marx. Tome III « La philosophie ». 2014.

 

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commentaires

Besse Daniel 05/03/2021 10:04

Lire ou relire " Principes élémentaires de philosophie " de Georges Politzer

Pierre Assante 05/03/2021 10:28

Exact !!!!

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