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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 15:25

L’HUMA du 11 jaNvier 2021. DEBAT :

Plan de relance : que doit-on faire des milliards de la « dette Covid » ?

 

L’intervention de FRÉDÉRIC BOCCARA, Économiste, dirigeant national du PCF, membre du Cese

VERSION LONGUE 

 

Avec la crise siamoise, sanitaire et économique, les dettes publiques se sont envolées. En France, elle atteindrait 120 % du Pib fin 2021, sans compter de possibles nouveaux évènements pesant sur l’activité économique. Le gouvernement considère que 150 milliards d’euros pourraient être isolés comme « dette Covid » à proprement parler.

 

Pourquoi cette dette pose problème

D’une part à cause de son coût pour la rembourser : il peut évincer les dépenses salariales, sociales, de services publics, de transformation écologique et justifier une politique super-austéritaire. Déjà, la dette d’avant Covid pèse 37 milliards d’euros d’intérêts par an, l’équivalent d’un budget de l’enseignement scolaire. D’autre part parce qu’elle a été contractée en gonflant les marchés financiers – la BCE n’utilisant sa création monétaire que pour racheter la dette aux BlackRock, BNP-Paribas et autres – et donc armer encore plus les forces anti-sociales et anti-salariales. Enfin, parce qu’elle n’a pas « préparé l’avenir » : presque rien pour l’hôpital, notamment en embauches et formations, idem pour l’éducation nationale ou la recherche, l’université, aides aux profits et au capital des grands groupes en acceptant leurs licenciements, financement du chômage partiel au lieu de plans de formation, de recherches et d’emploi sécurisé pour de nouvelles production, un appui plus que défaillant à l’artisanat, aux PME, à la culture, à la jeunesse, etc.

Que viser ?

Trois positions économiques occupent le devant de la scène. L’une est qu’il faut d’abord rembourser et se serrer la ceinture pour cela. C’est la position néo-libérale, austéritaire : l’épargne préalable, le capital impose sa loi par-dessus tout. Elle mène dans le mur. Même les néo-libéraux prétendent qu’ils ne la suivront pas. Ils sont pourtant engagés dans ce sens, qu’on mette ou pas la dette dans une structure spécifique.

La position symétrique est qu’il ne faut pas rembourser la dette et l’annuler totalement. S’il faut certaines annulations, sélectives, et surtout une renégociation de la dette passée, une annulation générale de toute la dette ne tient pas la route. Car (1) il faut avant tout de nouvelles dépenses, de nouveaux financements pour embaucher, pour investir efficacement (2) des annulations fragiliseraient les prêteurs que sont les banques, dont beaucoup de françaises, dont il y a besoin qu’elles contribuent à un nouveau type d’expansion (3) dans le rapport des forces mondial avec le capital, l’annonce d’une annulation générale précipiterait une crise majeure que le monde du travail serait le premier à payer, avec des effets en cascade.

La dernière position est qu’il ne faut pas chercher à la rembourser et que c’est la croissance qui va permettre de la rembourser. Cette position de gauche a une part de vérité et une part erronée. La part de vérité est que c’est en effet sur la croissance des richesses produites, donc du revenu global, que la dette sera remboursée. Et plus cette croissance est élevée, moins la dette pèsera. C’est toujours ainsi qu’on a réussi à sortir des grandes crises, par exemple après 1945.

Il faut donc des dépenses préalables, pas une épargne préalable, pour permettre cette croissance. Encore faut-il qu’elle soit véritablement saine.

La part erronée, c’est que (1) cette croissance ne viendra pas de façon automatique, il faut des dépenses préalables (embauches, investissements, formation, etc.) et du revenu (une demande) (2) la croissance dépend du type de dépenses (embauches, salaires, investissements efficaces versus spéculations et délocalisations) (3) cette croissance peut être empoisonnée écologiquement (pollutions, etc.) et néfaste socialement (délocalisations, finance, précarité, bas salaires, etc.). Et donc mener vers d’autres catastrophes. Et d’ailleurs, les politiques keynésiennes ont largement échoué depuis le début des années 1970.

Concrètement, quand l’État verse des milliards à un grand groupe qui, comme Général Electric, démolit l’emploi, délocalise et met en cause la réponse au défi climatique, en fermant progressivement la fabrication de turbines hydroélectriques, l’activité Grid et en démantelant sa filière nucléaire, cela pèse contre la croissance et l’empoisonne. Et cela nous amène vers de nouvelles catastrophes et ne permet pas de rembourser la dette.

L’enjeu est donc le contenu et l’orientation des dépenses publiques et celles des grands groupes. C’est à dire l’intervention populaire politique et consciente, et la mise en place des institutions démocratiques à visée autogestionnaire pour permettre cela. Là encore, l’exemple de l’après-guerre montre qu’il faut des transformations profondes. De portée révolutionnaire.

Il faut considérer une dette comme une avance pour faire face à la crise

Sur le fond il existe deux conceptions d’une dette monétaire : celle qui la considère avant tout comme une avance pour des dépenses, celle qui la considère avant tout comme un devoir moral.

De nos jours, avec la bataille idéologique qui s’est développée, nous sommes pénétrés de la seconde. Pourtant, factuellement, c’est bien la première qui est juste.

Dans la mesure où l’État, pour simplifier, s’est endetté en partie afin d’éviter que les entreprises (surtout !) ou les ménages (moins…) ne s’endettent, certains peuvent considérer que la société a pris en charge cette dette privée potentielle et donc parler d’une « dette privée socialisée ».

Oui pour insister sur les interdépendances monétaires qui se sont renforcées à l’occasion de cette crise, la société, via l’État, prenant encore plus en charge des dépenses d’acteurs économiques privés (entreprises ou ménages), pourquoi pas. Et donc pour mettre des conditions fortes à l’utilisation de cette dette, la « piloter » avec « nos » critères !

On pourrait même ajouter qu’avec la révolution informationnelle, la contribution de toutes et tous au progrès global de société et de civilisation n’est pas seulement une question éthique, mais une véritable question d’efficacité économique. Par exemple qui permet plus la lutte contre l’épidémie entre le chercheur chinois qui séquence le génome du virus et le met à disposition partagée, l’étudiant qui aide des personnes âgées et participe à la non-dissémination du virus, le chercheur de Pfizer ou de Moderna, le chercheur obscur de telle université ou les bénévoles d’internet qui maintiennent Wikipédia et assurent la circulation d’une information scientifique de masse ? C’est un des éléments qui justifie un pas en avant radical et révolutionnaire vers une socialisation nouvelle du revenu et de la formation, dans le sens d’une sécurité d’emploi et de formation.

Mais cela ne doit pas masquer les enjeux de contenu, les questions de « classe » comme on dit (capital versus êtres humains et nature), et les questions de démocratie. N’acceptons pas un chantage super-austéritaire au nom du remboursement de la dette dont nous serions tous, prétendument, solidaires.

Il faut une expansion écologique et sociale en France et coordonnée en Europe. Une expansion par l’écologie et le social, pas par le capital, c’est-à-dire une expansion dont l’emploi, la formation et les services publics sont le moyen dès l’entrée et non une résultante aléatoire finale parmi d’autres.

Cette reflation permettrait de faire fondre la dette et de la rembourser, mêlant croissance du PIB et une certaine inflation. Elle devrait être accompagnée de nouveaux prélèvements publics et sociaux (cotisations sociales), pour une nouvelle fiscalité, refondue tant sur les ménages que sur les entreprises

Pour cela, on mettrait en place, depuis la France, un Fonds d’utilisation de la dette, branché directement sur la création monétaire des banques et de la BCE, en réseau avec d’autres Fonds nationaux européens, géré démocratiquement par les représentants des travailleurs, des associations (écologiques, humanitaires, de jeunesse), des élus. Il fonctionnerait pour une planification démocratique et décentralisée à l’appui de conférences territoriales permanentes pour l’emploi, la formation et la transformation écologique.

Le lien avec tous les intervenants : 

https://www.humanite.fr/plan-de-relance-que-doit-faire-des-milliards-de-la-dette-covid-698520

 

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commentaires

Besse Daniel 11/01/2021 16:12

On a coutume de dire que : L'union est un combat " . Je pense qu'il faut préciser " L'union sur une position de classe est un combat " sinon on ne change pas grand chose comme on a vu depuis 1970 .D'ou la nécessité d'une candidature communiste a la présidentielle .

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