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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 08:44

 

Pierre Ivorra : Pas de sécurité de l’emploi sans nouvelles libertés.

Chronique dans le journal "L'Humanité " de ce Mercredi 9 décembre :

 

Il est une dimension du projet de sécurité d’emploi et de formation rarement explorée et qui pourtant souligne toute la portée éthique du projet, sa dimension civilisationnelle.  C’est que sa réalisation induit que les salariés et le peuple travailleur gagnent en libertés, en pouvoir de décision à l’entreprise et dans la cité afin de maîtriser leur propre vie et celle de la nation. Comment faire obstacle à la spéculation des groupes, aux plans de restructuration, comment relocaliser des activités parties à l’étranger sans luttes et sans gain d’un droit à faire prévaloir des alternatives aux gestions patronales et aux politiques libérales ?

On le sait, le rapport du travailleur à son employeur est un rapport d’aliénation : durant un temps défini, il cède à ce dernier l’usage de sa force de travail. « Le rapport officiel entre le capitaliste et le salarié est d’un caractère purement mercantile, écrit Marx dans « Le capital ». Si le premier joue le rôle de maître et le dernier le rôle de serviteur, c’est grâce à un contrat par lequel celui-ci s’est non seulement mis au service, et partant sous la dépendance de celui-là, mais par lequel il a renoncé à tout titre de propriété sur son propre produit. »

Ce rapport de sujétion, le salarié d’un côté, et son employeur, de l’autre, ont chacun à sa manière tout loisir de le mesurer à l’occasion particulièrement des plans de licenciement. Le capitaliste peut dans cette situation apprécier son formidable pouvoir sur l’existence humaine tandis que ses obligés, s’ils ne se rebellent pas et n’arrivent pas à imposer un autre scénario, peuvent évaluer leur situation de dépendance. En outre ces hommes et ces femmes jetés sur le pavé, mis au chômage, qui rejoignent ce que Marx appelle l’armée industrielle de réserve, créée par le mouvement de l’accumulation capitaliste, forcent, par le jeu de la concurrence, les salariés au travail « à subir plus docilement les ordres du capital », écrit encore Marx avec justesse.

On comprend dès lors que l’éradication du chômage, la possibilité pour les travailleurs de l’éviter grâce à la conquête d’un droit à une formation correctement rémunérée en vue d’occuper un autre emploi, bouleverse la relation de l’ensemble des salariés avec le capital. La réalisation d’un tel droit n’est évidemment pas possible sans luttes, l’enjeu est, on le devine, trop important pour les uns et pour les autres puisqu’il s’agit de commencer à dépasser le capitalisme. Elle suppose que les salariés, les populations acquièrent des pouvoirs sur les réseaux de l’argent, sur les institutions, en bas et aussi tout en haut.

 

 

Voir aussi Recueil "2034" : 

http://pierre.assante.over-blog.com/2020/09/2034-recueil.html

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