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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 22:59

NICOLAS MARCHAND. 15/12/2020

 

PRESIDENTIELLE: LA NECESSITE D’UNE CANDIDATURE COMMUNISTE, RENFORCEE PAR LA NOUVELLE PHASE DE CRISE. PAR NICOLAS MARCHAND.

 

Notre dernier Congrès a tiré des enseignements critiques de la période d'effacement du parti communiste à l'élection présidentielle.

Cela l'a conduit, dans un document adopté à une écrasante majorité, à affirmer qu' « il est essentiel d’être présents avec nos candidat·e·s à toutes les élections » et à décider de « travailler à créer les conditions d'une candidature communiste à l'élection présidentielle de 2022 ». A l'appui de cette décision, le Manifeste argumente : « L’élection présidentielle est un moment structurant de la vie politique. Si elle bride les potentialités du mouvement populaire en les conditionnant à une personnalisation du débat politique, surdétermine l'ensemble des échéances électorales, elle est incontestablement l’occasion pour chaque formation de mettre en débat son projet et ses idées à l'échelle du pays ».

Aujourd'hui, le développement de la crise, posant la question immédiate d'un projet transformateur, renforce cette analyse : il appelle la mise en débat en grand du projet et des idées communistes, et en aucun cas leur effacement.

Cependant, des voix se prononcent en faveur du renouvellement de la stratégie qui a conduit à l'effacement du PCF à deux reprises derrière Jean-Luc Mélenchon.

Les arguments n'ont pas changé. Ils s'appuient sur la perversion antidémocratique du mode d'élection du président de la république, limitant le choix aux 2 candidats arrivés en tête et sur la négation de l'actualité d'un dépassement du capitalisme. Ils s'appuient aussi sur un paysage politique verrouillé depuis 2002 par le haut niveau atteint par l'extrême-droite ; et sur l'affaiblissement du parti. Cela fonde un raisonnement en trois points :

- il faut tout faire pour que « la gauche » soit présente au 2eme tour

- pour cela il faut que la gauche s'unisse sur un candidat, dont il faut admettre qu'il ne peut pas être issu du PCF.

- mais bien sur admet-on, le contenu est décisif; il faut donc s'unir sur « des contenus », qualifiés, d'une façon qui se veut radicale, mais qui reste toujours vague, « antilibéraux », « en rupture avec les politiques libérales », ...

Les arguments ne semblent pas avoir changé. Mais ils se heurtent à l'expérience. A la décision du 38eme Congrès. Et à la nouveauté de la situation, avec la crise.

La plupart des communistes qui ont appuyé les choix en faveur de Jean-Luc Mélenchon l'ont fait avec la conviction que c'était le meilleur choix pour leur parti. En 2012, cela pouvait paraître s'inscrire dans la logique du Front de gauche, même si pour plusieurs au sein de la direction cela s'inscrivait dans une perspective de recomposition, ouverte par Mélenchon lui-même, pour créer une autre formation politique. En 2017, Pierre Laurent et son groupe dirigeant ont choisi de contredire une Conférence Nationale qui avait décidé d'engager un candidat communiste, pour imposer au forceps, et en faisant appel à la peur d'un mauvais résultat, une nouvelle décision de soutien à Mélenchon. Malgré les efforts de nombreux militants, cela a eu de lourdes conséquences.

En 2002 et 2007, les législatives avaient amorti l'effondrement de Robert Hue, puis de Marie-George Buffet à la présidentielle. Après 2012 et 2017, les communistes ont pu mesurer le prix pour leur parti, sa représentation parlementaire et ses idées de l'absence à deux élections présidentielles successives, au bénéfice de l'installation durable dans le paysage politique de Mélenchon et de son parti, avec leurs idées mélant conceptions social-démocrates et populisme.

Que nous ayons ou pas appuyé pour 2012, puis pour 2017 le choix de soutenir Mélenchon, nous sommes maintenant avertis et nous avons toutes les raisons d'être conscients qu'un nouvel effacement serait fatal au seul parti porteur d'un projet communiste dans ce pays.

Et il y a plus : il y a la nouveauté de la situation avec la nouvelle phase de crise actuelle, la crise économique étant exacerbée et doublée de la crise sanitaire. Fabien Roussel a eu raison de le dire, c'est la situation, la crise qui « pousse à ce qu'il y ait un candidat communiste à l'élection présidentielle ... ».

Au Congrès, nous avions anticipé une nouvelle phase de crise, mais ce qui se passe va au delà des prévisions, renforçant l'urgence de réponses radicales et réalistes.

Nous sommes à un moment où la situation, si grave socialement et économiquement, et si dangereuse pour la paix et l'avenir de la planète, exige des réponses inscrites dans une perspective révolutionnaire (révolutionnaire dans le sens de transformation radicale et pacifique) dont, en l'état actuel des choses , seuls les communistes sont en mesure de proposer les bases cohérentes.

Ce défi a une dimension vraiment historique. Cette crise, pour la France, pour l'Europe, comme pour le monde, parce qu'elle est la crise d'un système et d'une civilisation, appelle à sortir du cercle vicieux des réponses libérales comme sociales-démocrates, des promesses jamais tenues parce que devenues impossibles, d'un réformisme d'ajustement du système. La situation exige un renouvellement profond, radical des bases de rassemblement de la gauche. C'est cela l'urgence.

Dans ces conditions, invoquer l'union comme nécessaire en quelque sorte « à tout prix » conduirait à renouveler des moments qui ont contribué à la catastrophe, découragé le « peuple de gauche », les travailleurs, construit l'abstention de masse et la montée de l'extrême-droite.

Il suffit d'examiner les projets et les idées dont sont porteurs les candidats potentiels et leurs formations à gauche. Au mieux on est sur le terrain de réponses sociales-démocrates de gauche. Alors qu'il y a besoin d'un nouveau socle d'idées et de propositions rompant bien sur avec le social-libéralisme, mais aussi dépassant les limites, étatistes notamment, du keynesianisme.

Très significatif est le champ du débat sur l'emploi et le chômage, avec, à l'exception du PCF, l'adhésion à différentes formules d'instauration d'un revenu minimal garanti, salaire à vie, revenu de base ou autre, propositions qui, si elles ont des différences, ont pour point commun d'ignorer la responsabilité fondamentale du capital, des entreprises, dans la pérennité d'un chomage de masse. Est écarté l'objectif du projet communiste de sécurité d'emploi et de formation : une éradication du chômage, cette révolution libératrice pour les travailleurs. Est ignorée la nécessité de disputer le pouvoir au capital, d'une prise de pouvoir démocratique sur l'Etat, les entreprises et les banques, sans laquelle, quel que soit le pouvoir politique, c'est le capital qui continue de faire prédominer ses exigences de rentabilité.

Il ne suffit pas d'affirmer priorité au social et à la planète et de les déclarer inséparables. Des progrès sociaux et écologiques ambitieux et durables, nécessitent, pour être réalisables, des transformations économiques et politiques : des moyens de financement, échappant aux régles des marchés financiers, donc une prise de pouvoir sur les banques pour un tout autre usage de leur crédit (et pas seulement une action fiscale de l'Etat laissant intacte le pouvoir du capital) ; et des pouvoirs démocratiques nouveaux sur les entreprises et leur gestion, condition pour donner réalité à des nationalisations d'un nouveau type.

C'est l'originalité du parti communiste de pouvoir porter cette cohérence au niveau national et avec toute la dimension européenne et mondiale : transformer l'Union européenne, le rôle de sa monnaie et de sa banque, la BCE, agir ainsi pour une autre mondialisation. Notre originalité, c'est de pouvoir formuler des propositions immédiates, radicales et réalistes, dans la perspective de la nécessaire transformation profonde de la société, la libérant de la domination du capital, et de toutes les dominations (= rompant avec et dépassant le capitalisme). Dans la perspective d'un communisme de liberté. Il y a besoin d'exprimer cela dans la campagne présidentielle.Il y a donc besoin d'un candidat communiste.

Il y a besoin, en même temps que d'action, d'un large débat dans la société, dans les entreprises , parmi les salariés, avec les intellectuels, avec les organisations du mouvement social et politiques de gauche, dans lequel il serait possible de faire entendre et progresser des idées nouvelles, transformatrices. Si de telles idées font du chemin, elles pourront devenir les éléments du nouveau socle d'idées d'un projet de gauche à la hauteur des trasnformations nécessaires.

Pour l'instant, ce socle commun n'existe pas. S'engager dans la recherche précipitée d'un compromis, à supposer que cela aboutisse, ne pourrait aller au dela d'un plus petit dénominateur commun, défini au sommet, et reviendrait à ouvrir un nouveau chemin d'illusion, de nouveaux renoncements et de déceptions.

La candidature communiste à l'élection présidentielle permettra de faire entendre, mettre en débat et progresser les bases d'un nouveau rassemblement populaire et à gauche, transformateur.

La tâche est nécessaire, en toute conscience des difficultés à affronter, sauf à se soumettre à un nouvel effacement, à disparaître encore un peu plus, désarmant le mouvement populaire, alors que, quel que soit le candidat élu en 2022, serait ouverte la voie, avec l'aggravation de la crise, et faute d'alternative, vers un terrible chaos.

 

Voir aussi Recueil "2034" : 

http://pierre.assante.over-blog.com/2020/09/2034-recueil.html

 

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commentaires

B
Dans les années 60 le PCF lance la stratégie de l' union de la gauche sur la base d'un programme commun . Cela a profité au PS en 1981 qui ensuite s'est reconverti au social-libéralisme et pris 2 a 3 millions de voix au PCF . Plus tard le PCF lance la stratégie du Front de Gauche avec Mélenchon comme candidat a la présidentielle qui fait plus de 11 pour cent . Mais ces 11 pour cent il se garde bien de rappeler qu'il les a obtenus avec le PCF . Aujourd'hui dans la tète des citoyens ils sont attribués a la FI , et le PCF est encore effacé . Le parti est a l'initiative et c'est lui qui perd . Nous sommes tendres avec les réformistes ,la réciproque n'est pas de meme . En 1980 l'extrème droite était a environ 2 pour cent , combien aujourd'hui ? Cela devrait servir de lecon .
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P
Et puis il y a nos propres faiblesses dans l'expression des causes et des solutions, par rapport à l'exposé des effets. Ce qui handicape la compréhension. Je crois que nous partageons ça aussi. Merci.
B
Trompés une fois par Mélenchon , honte a lui , mais trompés deux fois honte a nous .
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