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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 07:12

 

Evelyne Ternant : Quelques impressions sur le débat « quelle rupture avec le capitalisme ?» avec Laurent Brun et Rémy Herrera.

 

Un succès de participation, avec beaucoup de jeunes, et l'envie de renouer avec les fondements théoriques, et travailler la visée révolutionnaire.

Pour autant, à mon avis, il n'y a pas eu d'avancée sur les butoirs auxquels nous nous heurtons : comment politiser les luttes et s'appuyer sur les résistances au capital pour les transformer en mobilisations révolutionnaires? Comment établir la jonction entre une théorie révolutionnaire sur le capitalisme et les affrontements au capital qui se déroulent dans le cadre limité du syndicalisme?

I. La réponse à ces questions, qui est le fond de la problématique révolutionnaire, n'a pas été abordée, pour deux raisons:

1) Aucune des deux interventions liminaires n'a opéré cette jonction entre théorie et luttes: il y a eu d'un côté un exposé théorique général sur le capitalisme, largement intemporel, et de l'autre une analyse, pénétrante et brillante, sans aucun doute, mais portant sur les luttes actuelles, les limites auxquelles se heurte le mouvement social et l'affirmation d'un besoin de perspectives transformatrices, mais sans avancer de pistes sur le sujet.

2) L'exposé de Rémy Herréra, dans une facture marxiste doctrinaire et assez académique, n'a pas vraiment traité les caractéristiques nouvelles du capitalisme et de la crise systémique aujourd'hui: la statégie du capital, son organisation, ses centres de pouvoirs, avec les multinationales, les banques, les marchés financiers globalisés, les instances supranationales au service du capital, ni l’analyse des forces productives, sinon une vision exclusivement négative des nouvelles technologies qui «éliminent beaucoup trop de travail», sans en évoquer contradictoirement le potentiel de partage universel des connaissances. Quels leviers dans le capitalisme mettre en oeuvre pour faire reculer tous ces pouvoirs? Autant de points aveugles.

 

II. Au fond, c'est l'impensé sur la «transition» d'un système à une autre, sur les voies processus d'émancipation du capitalisme, qui m'a frappée, avec plusieurs déclinaisons:

 

1) L'invocation du socialisme, sans en expliciter un contenu, et présenté comme LA perspective capable de remobiliser massivement et requinquer le parti, que l'on justifierait avec la réhabilitation d'expériences comme celles de la Chine, Cuba ou le Vietnam, mais silencieux sur ce qu'il y a derrière le concept, ni sur les différences de développement entre les pays, m'ont semblé un énorme retour en arrière, quand l'expérience soviétique était la référence et portait l'espérance de la transformation sociale.

Cet aspect a été soulevé par plusieurs interventions écrites; «c'est quoi des politiques socialistes? Qu'est-ce qui est mis derrière le mot? N'y a -t-il pas le risque de revenir à un totem?». Les commentaires ont à la fois affirmé le souhait d'un concept pour affirmer et nommer une étape d'émancipation du capitalisme, et la crainte d'une utilisation nostalgique et incantatoire du terme.

2) Comment est pensée la prise de pouvoir? J'ai eu l'impression qu'au fond, ce qui était sous-jacent, c'est une vision séparée entre d'un côté des luttes, des luttes, des luttes, et d'un autre, une prise de pouvoir, vue surtout comme prise de pouvoir d'Etat, avec des nationalisations et une planification, non réinterrogée dans les formes centralisées qu'elle a connues historiquement. La question de multiples conquêtes de pouvoirs décentralisées, grâce à une politisation des luttes, pour en faire des points d'appuis qui font reculer les pouvoirs du capital sur les décisions économiques et émancipent de la logique dominante de la rentabilité financière, était visiblement hors sujet. De même que la question du pouvoir économique international (dollar, FMI, ..)

3) Un présupposé non discuté: la condition sine qua non d'une possibilité de mener des politiques de progrès serait de quitter l'Union Européenne et la zone euro. Il y a eu des propos très intéressants sur le caractère contradictoire et conflictuel de la formation économique et sociale chinoise, entre d'un côté des éléments du capitalisme qui peuvent devenir dominants et d'un autre côté une maîtrise publique des secteurs stratégiques, de la monnaie, une certaine planification avec ses potentiels d'émergence d'un autre système économique. Pourquoi cette approche dialectique n'est-elle pas appliquée à l'analyse des contradictions de la construction européenne ? Le carcan austéritaire qu'elle impose aux politiques économiques, tout comme les risques d'un retour à la guerre entre les monnaies, ou encore l'énorme capacité de financement potentielle en commun qui existe avec la BCE, et l'enjeu de sa maîtrise. De même d’ailleurs les questions que se posent eux-mêmes les communistes chinois par exemple: comment concilier souplesse du marché, efficacité, innovation et protection de l’emploi ?

4) Une déception sur le fait que le projet de Sécurité Emploi Formation ( SEF) n'a pas été abordé, (du moins pendant les deux premières heures, j'ai dû me déconnecter après). Evidemment si on élimine les novations théoriques, politiques et pratiques sur l'émancipation des marchés qui ont alimenté nos propositions depuis 20 ans, et n'ont certes pas été toujours diffusées par les directions de l'époque, et encore moins prises à bras le corps par celles-ci, si on ne tient pas compte du fait que la SEF a enfin été posée comme élément central d'émancipation du marché du travail dans le texte du 38ème congrès, on comprend qu'on puisse avoir l'impression d'un vide sidéral de créativité révolutionnaire au PCF! Donc affrontons les points de vue s'il le faut sur la portée du projet, mais ne faisons pas comme s'il n'existait pas de projet de transformation révolutionnaire dans le parti.

Le débat a montré la formidable envie de révolution, la soif de revenir à des fondements théoriques. ll faut poursuivre le débat en toute sérénité, en grand angle, sans restreindre a priori la diversité des intervenants et par voie de conséquence le champ de l'investigation.

 

SUITE SUR CE LIEN : https://wp.me/pbzOe5-xv

 

ET VOIR :

 

articles de 2020 sur l’ANTHROPOCENTRISME : 

http://pierre.assante.over-blog.com/2020/11/5-articles-d-octobre-2020-sur-l-anthropocentrisme.html

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