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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 08:11

 

 

ENCORE SUR LE PROGRAMME DE GOTHA.

Capital et Travail

Ecrit le 22 juin 2008

 

Je réponds à des camarades qui me demandent : mais cette conception marxiste que tu développes n'est-elle pas datée ?

 

 

C’est, à mon sens,  une erreur commune de croire que le développement des services, la baisse relative du nombre de salariés occupés directement à la production et l’évolution des moyens de production qu’ils mettent en oeuvre, et enfin, l’augmentation générale du nombre de salariés, modifient l’essence du capitalisme.

L’autre erreur commune est de penser que la financiarisation, la mondialisation, l’informationnalisation  modifient aussi l’essence du capitalisme.

La production de la valeur, au sens capitaliste et de la réalité du capitalisme, société dans laquelle nous vivons, c'est-à-dire la valeur marchande, est soumise aux mêmes règles générales qu’au XIX° siècle.

Les lois du capitalisme ne sont pas des lois « physico-chimiques » mais des lois-tendances sociales. Elle sont issues d’une globalisation des échanges, elle-même conséquence des capacités économiques issues de la manufacture et de la grande industrie, elle-même issue du développement des sciences, de la mécanisation, de l’organisation nouvelle du travail correspondant. Ce ne sont pas des phénomènes séparés mais un processus global auxquels ces phénomènes appartiennent.

Le XIX° siècle est déjà le siècle de la globalisation et Marx l’étudie dans l’Angleterre, son système colonial et toutes les relations mondiales qui s’y rattachent. Les lois de la valeur découlent des conditions matérielles dans lesquelles les échanges marchands se développent. Toutes les lois sur les salaires, prix, profits, taux et baisse tendancielle du taux de profit qui en découlent sont en action aujourd’hui et plus encore qu’autrefois parce que la suraccumulation du capital est encore plus grande. [Parenthèse : Et parce que la suraccumulation entre en contradiction « supplémentaire et première» avec une phase nouvelle qui ouvre la possibilité de centupler les capacités productives (non mises en œuvre) par l’automation généralisée, non de la vie, mais de la grande production. C'est-à-dire de conditions de production dont l’abondance dépend non de son usage privé mais de son usage généralisé à et par tous. A un tel développement économique correspond, dans un même processus la capacité de l’humanité d’être la conscience de la nature sur elle-même et sur ses propres capacités de développement (ou de destruction). De cette contradiction découle aussi l’incapacité de plus en plus grande du capital à s’adapter et des marges de manœuvres revendicatives de plus en plus étroites]

Pour en revenir à l’économie, Marx effleure déjà dans « le capital » la question de la financiarisation. Il l’effleure, mais en dit déjà beaucoup plus que la plupart d’entre nous.

Et c’est en ça que nous devons repenser au programme de Gotha. La plupart de nos interventions sur ce site et ailleurs, posent des questions justes, font des propositions judicieuses, mais tombent dans le même travers : l’expérience partielle des uns et des autres et une absence de synthèse découlant de connaissances partielles, limitées, des lois de notre société. Cela peut faire un bilan sur le parti, sur la société, mais pas un programme de transformation.

Le programme de Gotha est celui de la naissance de la social-démocratie à la fin des années 1800, c'est-à-dire du mouvement ouvrier issu du mouvement marxiste naissant. A cette différence près qu’il n’est pas marxiste. Sont marxistes dans le mouvement ouvrier : des secteurs, des personnes, des moments. Mais jamais, y compris dans les partis communistes, les programmes ne se détachent entièreement des conceptions générales du programme social-démocrate de Gotha.

Les programmes politiques « ouvriers » et « de gauche » ne se sont jamais détachés complètement jusqu’à nos jours des conceptions générales du programme de Gotha parce qu’ils s’en tiennent à une critique superficielle de l’économie politique. Aucun ne réussit ni ne tente vraiment de poursuivre l’effort d’éducation pour l’action sur le capital qu’a été le travail de Marx, Engels, et par la suite d’un certain nombre de groupes et d’individu.

Cette absence ou insuffisance d’éducation conduit chaque salarié à imaginer le travail, son travail à travers une vision partielle de la réalité de la production. En ce sens, le paysan non industriel possède une vision relativement et localement plus globale de son activité, lui qui à la fois produit et consomme une partie de sa production. Quel peut être aujourd’hui la conscience du rapport entre la production et la consommation pour un salarié qui ne perçoit directement autour de lui qu’une fraction réduite, mutilée, de l’activité globale de production. De plus dans un pays développé il percevra majoritairement l’activité salariée comme une activité de service ou de commerce au sens le plus étroit qui soit. Perception accentuée par l’accélération des concentrations comme des délocalisations vers les pays émergents en particulier.

La critique du programme de Gotha par Marx porte sur la conception comptable, réduite, étroitement empirique de la production qu’ont les organisations du mouvement ouvrier à leur origine, puis aussi,  nous pouvons dire avec le recul, des partis communistes et ouvriers qui en sont issus.

Il ne s’agit pas de jeter aux orties le magnifique travail des organisations ouvrières, démocratiques, populaires pendant ces deux siècles. Les immenses affrontements de classe qu’ils ont menés, auxquels ils ont répondu, « chez eux » et dans le monde. Au contraire il s’agit de sortir de leur tare d’origine et de leurs limites actuelles parce que les conditions existent pour aller au-delà des concepts généreux, mais limités par des connaissances et des conditions limitées. Une transformation sociale allant au-delà d’une démocratie bourgeoise en perte de vitesse et en crise profonde ne peut que s’appuyer sur une généralisation de la diffusion et du débat de tous les citoyens sur les concepts de libération du travail et des lois qui en dépendent. Et à partir de là sur une organisation du travail dont la cohérence globale dépend de la cohérence de l’activité de l’individu et vice versa. Bien sûr toute société est traversée par la multitude des diversités humaines. Il s’agit d’une cohérence, pas d’une « mécanisation » de l’individu. C’est d’ailleurs le capitalisme dans sa phase actuelle qui contraint l’individu à un mimétisme généralisé et à une créativité brimée. Ce petit article n’a pas la prétention d’aborder le texte global et l’étude d’ensemble du « capital » de Marx et encore moins des évolutions actuelles du capital. Pour ces dernières je conseille à chacun deux article de l’HUMA : « le numérique, une révolution en marche » du 20 juin 2008 sur ce que deviennent les outils de travail et de la production et les innovations qu’ils appellent en matière transformation sociale ; et « en finir avec les déserts politiques dans l’entreprise » du 13 juin 2008, pour ce que la transformation implique en matière d’organisation politique.

Traiter séparément les institutions ou l’écologie ou le droit du travail ou l’anthropologie consiste à faire une erreur composée et non une synthèse. Marx usait de cette expression au sujet de Proudhon.

Un certain nombre de camarades travaille ces questions. Il ne s’agit pas d’abandonner le quotidien pour la formation, mais de mettre la formation au service du quotidien.

Pour ma part je suis disponible, avec l’accord de la fédération d’apporter ma contribution auprès des cellules et des réseaux à ce débat.

Pierre Assante, le 22 juin 2008

 

Voir aussi Recueil "2034" : 

http://pierre.assante.over-blog.com/2020/09/2034-recueil.html

ET

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commentaires

B
Marx est il daté ? Biensur que non . Marx étudiait la société de son époque DANS SON MOUVEMENT CONTRADICTOIRE sa pensée n'est donc pas figée .Il nous faut faire la meme chose dans la réalité contradictoire d'aujourd'hui . Marx avait peut etre 200 a 250 ans d'avance . Les contradictions de la société d'aujourd'hui sont bien plus aigues qu'a l'époque de Marx
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P
Daniel, MERCI pour ces échanges. Pierre.
B
La critique du programme de Gotha : A lire ou a relire y compris pour les membres du PCF .et surtout les dirigeants .
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