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2 décembre 2020 3 02 /12 /décembre /2020 07:23

 

Bien qu'ayant évolué sur le contenu général de ce texte,

je le conserve en tant qu'étape de réflexion.

 

 

Apparence et déterminisme.

 

 

La nouvelle accumulation, depuis Marx, des connaissances scientifiques, détermine ce que peut être une nouvelle vision marxiste.

Commençons par la conclusion, il sera plus facile ainsi de suivre les méandres d’une logique, car la dialectique matérialiste, même si elle s’en méfie, n’échappe pas dans un monde marchand à la logique, qui comme dit Marx est l’argent de l’esprit :

Il n’y a pas de dépassement d’un moment historique d’un concept déterministe sans aller-retour permanant entre la vision de l’œil, du microscope et du télescope, c'est-à-dire entre une vision micro, macro et « généralisée » tant dans le  temps que dans l’espace ; appelons ça une « vision espace temps avec effet zoom (V.E.T.A.E.Z.) », pour le plaisir comme pour la précision.

Notre vision est toujours déterministe. Elle prend en compte les possibilités de déroulement du temps en fonction de ce que l’on a accumulé de sa vision à un moment de l’histoire humaine.

Ce déterminisme est inséparable d’une vision structuraliste. Il n’est pas possible d’approfondir une vision sans s’en rapprocher et en s’en rapprochant l’on fait un mouvement qui éloigne de la vision large.

Le morcellement des tâches, résultante à la fois de la recherche du développement de la productivité et de la domination du capital sur ce développement dans le processus ARGENT-PRODUCTION-ARGENT place la pensée humaine dans une situation d’éloignement d’une vision large. Ainsi, la recherche elle-même, y compris la recherche philosophique ne peut échapper à cette parcellisation et à une conception structuraliste ; ni la recherche, ni les chercheurs ; à moins d’imaginer un chercheur hors du temps et de la société, ce que se croient certains qui pensent être les auteurs uniques de leurs pensées, pour paraphraser Rimbaud. Qu’il soit bien clair que je ne mets pas en cause les avancées magnifiques des connaissances, y compris sous l’effet du « structuralo-déterminisme (S-T) », puisque je reconnais que l’on ne peut y échapper. Par contre l’on peut y échapper relativement en dépassant un moment historique du S-T.

Lorsque Marx écrit ses « manuscrits de 1844 », il aboutit à un mûrissement, une ouverture nouvelle de son jeune esprit en dépassant une vision générale de son moment historique. Lorsqu’il écrit « Le Capital », cette vision nouvelle est en filigranes dans son approche macroscopique, puisque il étudie une période historique limitée de l’histoire humaine, le passage au machinisme et à la grande industrie. Ses retours sur une vision de l’ensemble de l’histoire humaine sont de brèves considération reliée à sa conception d’ensemble qui n’est pas développée pour le lecteur inattentif à chaque fois.

Mais Marx lui-même, ne peut échapper aux limites sociales de son temps, pas plus lui que personne. Sa géniale vision des quatre émancipations du travail par la grande industrie et ses conséquences sur la vie des ouvriers élargit et réduit pourtant inévitablement le champ de vision, dévoile l’essence derrière l’apparence et  réduit cette essence à un moment partiel de l’activité humaine, à ses limites historiques, ce dont il est parfaitement conscient, je crois.

J’en viens à un exemple sur la division du travail. Division sociale et division technique. Lorsque l’on considère de processus de la division du travail par le capitalisme, l’on ne peut ignorer l’histoire de la division du travail sur l’ensemble l’histoire humaine si ce n’est au prix d’imaginer la naissance d’un bébé sans imaginer sa gestation et tout ce qu’elle comporte d’accumulation humaine. C’est ce que font les Althussériens, fort critiqués négativement aujourd’hui, adulés précédemment, mais surtout dont la pensée reste déterminante dans ce que l’on considère comme la pensée scientifique, au-delà du « champ marxien ». S-T et Althussérisme sont les deux faces contradictoires de la même réalité de pensée restreinte.

Il y a un processus de division du travail. Mais il y a division sociale dans la division technique et division technique dans la division sociale. La division est indissolublement technique et sociale sauf admettre qu’elle n’est pas la résultante d’un processus ce qui conduit inévitablement à un concept déterministe primaire qui pèsera sur les choix et les bifurcation du processus et de tous les processus historiques (notons le pléonasme « historique, humain ». La bifurcation « stalinienne » en est une illustration éclatante ; sans doute les rendez-vous manqués de 1968, 1973 en France et dans le monde, de même.

En reliant les deux concepts dans deux tiroirs séparés dans notre tête, l’on peut débloquer la crise du marxisme. La question de la violence dans l’histoire apparaît alors au premier plan. Et le cheminement de « l’argent de l’esprit » vers une vision plus générale de l’histoire humaine éclaire de tout autre façon le phénomène des guerre et celles que nous vivons dans la période actuelle.

La division technique du travail est une division violente parce que l’accumulation d’un « capital agricole, marchand etc.. », s’est réalisée auparavant et confère une puissance à ses détenteurs. Cette réalité en elle-même ne dépeint pas toutes les bifurcations possibles de l’histoire humaine qui ont été éliminées par l’histoire. Lorsqu’une espèce vivante se trouve en conflit avec une « condition agressive intérieure et-ou extérieure », soit elle « réagit génétiquement et-ou génériquement», soit elle est éliminée. J’ai conscience que cette réduction par brièveté de cette évocation réduit et menace cette évocation elle-même. Pourtant il faut en passer par là. Deux éléments de connaissance modifient la commensurabilité entre l’évolution des espèces en général et celle de l’espèce humaine en particulier :

-les découvertes de la thermodynamique qui donnent un sens au temps et qui semble déterminer les bifurcation par des multitudes de micro-mutations.

-les micro-mutations qui peuvent déterminer les bifurcations de l’histoire, déterminent justement des bifurcations de l’histoire et non des mutations de l’histoire. Cela veut dire que si l’humain est matériel, et qu’il est soumis à des micro-mutations aléatoires de la matière intérieure et extérieure à lui-même, la bifurcation, elle, n’est pas aléatoire. Ou du moins l’aléa est le produit d’un choix et non un phénomène mécanique. Cela aboutit à une vision tout à fait traditionnelle qui suppose et affirme le libre choix chez l’humain, dans les limites imposées par les rapports avec la nature, donc aussi avec lui-même.

Ainsi il y aurait eu et aurait encore des bifurcations possibles où le choix humain interviendrait dans tous les domaines. Cela veut dire que la riposte à la menace par l’agressivité maximum, c'est-à-dire l’élimination pourrait relever du choix. Par conséquent, le double déterminisme « développement de la productivité et organisation capitaliste du travail (et au-delà, de toute activité humaine) » pourrait être révisé par les choix humains. Mais justement ce double déterminisme qui a voulu justement dépeindre l’essence d’un processus historique n’a-t-il pas marqué une diffusion généralisée d’une vision déterministe de l’histoire qui a été au cœur de l’échec du communisme et e l’humain?

Le mouvement non-violent repose la question d’un autre développement humain : celui que développe Marx dans ses manuscrits de 1844. Il suppose un degré d’autonomie des idées (Lucien Sève) bien plus grand que celui que les humains ont imaginé jusqu’à ce jour ; ou plutôt que ce que les humains dominants ont imaginé jusqu’à ce jour. Car c’est bien de cette loi de la sélection naturelle transposée à l’humain qu’est issue la violence des groupes humain et la genèse des dominations historiques.

Ce degré d’autonomie des idées par rapport aux conditions matérielles qui les ont fait naître est un débat fondamental, qui a été grandement pris en compte dans la recherche ergonomique (Yves Schwartz) et métaphilosophique (Henri Lefebvre…et Marx) en remettant en cause l’idée d’un travail « purement abstrait », en approfondissant le processus du travail qui est toujours le fait d’une activité propre à chaque individu, complexe et énigmatique. Dans le même temps la torsion de la déformation déterministe par l’étude approfondie du travail comporte aussi une déformation structuraliste si elle n’envisage pas le travail propre de l’individu comme celle d’un auteur commun, dernière chose qui en quelque sorte que peut qu’aboutir à une vision communiste.

Ainsi non-violence (Gandhi), communisme, anti-déterminisme (Prigogine), mis au positif comme Marx met au positif (négation de la négation) la question de l’athéisme relèveraient d’une même vision d’une possible continuation de l’espèce humaine qui comme tout sujet-objet n’existe que par le mouvement, et par son mouvement propre dans le mouvement général.

La question de la construction de la vie commune (Isabelle Garo) est bien une question centrale qui indique que cette vie commune est celle de l’individu et du groupe, du choix individualisé.

Un marxiste étudiant le développement fulgurant de la démocratie athénienne notera le rapport de force entre les classes sociales (aristocratie rurale, agriculteurs libres, artisans et démos, marchands) et l’équilibre précaire qui s’établit pour leur survie mutuelle et qui permet cette démocratie restreinte, localisée mais incroyablement structurée. Il aura raison jusqu’au point où il lui manquera quand même l’ensemble du processus de mûrissement, bien plus ancien que le temps de cette démocratie, processus à la fois énigmatique et repérable partiellement en fonction de la portée du moment de l’accumulation « culturelle ». La violence est dépassée partiellement et de façon précaire, mais elle n’est pas dépassée seulement par cette situation du moment, ce rapport de force « instantané ». Le processus précédent a mûri ces conditions et ce mûrissement que d’aucuns vont qualifier de vision « idéaliste », « spiritualiste » n’est autre qu’un processus de dénormalisation-renormalisation permanente d’une pensée qui permet une visée pacifiste, même d’une façon précaire. Contradictoirement à la pensée matérialiste traditionnelle, on peut imaginer une pensée matérialiste qui fait précéder la pensée aux conditions matérielles, une anticipation de ces conditions. Sans cette anticipation, finalement, ne revenons-nous pas à une vision déterministe qui prétend tout expliquer, c'est-à-dire permettre au savoir de rattraper la réalité. Si le savoir rattrapait la réalité, ils seraient l’un et l’autre finis. Ils s’identifieraient l’un à l’autre. L’anticipation du savoir sur la réalité peut être un savoir considéré comme abstrait parce que spéculatif. Il est vrai que la pensée spéculative savante s’est si bien prévalue d’un savoir absolu qu’elle rejoignait la prétention absurde de s’identifier à la réalité. Cet arbre a caché la forêt de l’aptitude humaine à anticiper, à influer sur les possibles, à influer sur les choix de bifurcation. Il est compréhensible qu’un savoir s’appuyant sur la domination, sur la violence et l’élimination des bifurcations non-violentes par la violence sous toutes ses formes ne pouvait avoir que ce caractère absurde ; même si le fruit contenait aussi des éléments de progrès humain. Mais ces éléments se développent dans le même temps comme dans tout corps : mort et vie s’y combattent ; Mais il y a des morts prématurées comme des naissances stériles. L’étude de ce qui précède le mûrissement prend une place première à l’étape actuelle de l’humanité.

L’étude de la violence dans la société grecque (par exemple) et dans sa genèse est inséparable de la compréhension de la violence dans le monde moderne. La haine de la vie peint l’homme en noir. L’amour de la vie ne refuse pas de voir ce noir.

Quand l’idée que la bifurcation domination-productivité reste l’empreinte première du développement humain, la pulsion de mort s’empare de tout le corps. C’est pourquoi mon choix est : « la vie est contradictoire et belle ».

Les quatre éléments qui dans la grande industrie ont fait exploser la productivité sont l’affranchissement de la dextérité, l’affranchissement de la force humaine, la recomposition des opérations (recherche-ingéniérie/exécution), la fabrication des machines par les machines (Marx). Il faut y ajouter maintenant (mais ça fait partie de l’automatisation pressentie par Marx), la fabrication de la pensée par les machines (Henri Lefebvre). Lefebvre décrit magnifiquement, dès 1964 les trois aspects de l’humain : quotidien, mimétique et poétique. Il analyse l’irruption des « machines à penser » dans le processus mimésis-praxis. Il pose comme question première de l’humanité le décloisonnement (il dit la dé-séparation) des trois « volets » de l’activité humaine qui est une et que la société marchande, et le capitalisme dans sa phase d’automatisation accomplie a poussé à l’extrême.

Il n’y a pas de géopolitique absolue qui ne soit déterministe et structuraliste. Il y a par contre des commensurabilités possible dans l’espace-temps. Les choses de la nature ressemblent toutes au processus naissance, développement, maturation, pourrissement, mort. Il y a cette ressemblance pour une idée, une pensée, une civilisation, une espèce,  un groupement stellaire….). L’analogie au corps humain me plait beaucoup, mais il faut ne pas « mécaniser » les comparaisons, bien sûr, ce qui n’est pas toujours facile. Une maladie du corps qui est déterminée par le fonctionnement d’un organe entraîne un disfonctionnement de tout le corps.  Peut-être soigner l’origine, l’organe à l’origine de la maladie ou du moins connaître l’origine du disfonctionnement devrait aider au traitement. La production est née dans le croissant fertile. Il y a là sans doute à travailler sur le passage du matriarcat au patriarcat. Une choses me frappe aussi, c’est la permanence de l’état de crise dans cette région de passage intensif des grandes migrations humaines ajoutée ou concordée à ce lieu de naissance de la production.La question est d’en retrouver les traces. Et il y a à y retrouver les origines de la violence organisée, son développement pour en comprendre les possibles bifurcations qui n’entraînent pas la mort du corps avec celle de la violence organisée.

Pierre Assante. Dimanche 7 novembre 2004

Additif du Lundi 15 novembre 2004 :

Huma d'aujourd'hui : est-ce que nous avons tué nos cousins de l'île de Flores, comme Caïn, Abel ? Ca serait bien possible ! Voilà peut-être un exemple de développement pacifique, moins rapide, mais différent. Rien ne dit qu'au bout d'une telle évolution non interrompue, comme ce fut apparemment le cas, il n'existe pas des solutions savantes d'auto protection non violente ? Souhait impossible ? Il y a tant de possibilité d'évolution dans l'univers, pourquoi pas celle-là ? Devons-nous nous imaginer seulement ce qui a été jusqu'à présent l'itinéraire humain ? Ne serait-ce pas de l'humano-centrisme ?

 

Voir aussi Recueil "2034" : 

http://pierre.assante.over-blog.com/2020/09/2034-recueil.html

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commentaires

B
CONCENTRATIONS : L'élevage intensif des veaux des vaches des cochons des volailles etc ... est concentré dans des batiments industriels . Les citoyens sont concentrés dans des mégapoles , le capital et les pouvoirs sont concentrés dans de moins en moins de mains . Cela donne des foyers de virus . La solution est de se faire vacciner contre le capitalisme .
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P
Pas mal !!!!!

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