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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 08:12

 

« Les Etats et Empires du soleil ». Savinien Cyrano de Bergerac (L'écrivain-mousquetaire, cadet de gascogne et conteur-philosophe, le vrai, 1619-1655), Extrait.

Pages 289-291

« …Trois grands fleuves arrosent les campagnes de ce monde embrasé. Le premier et le plus large se nomme la « Mémoire » ; le second, plus étroit, mais plus creux, l’ « Imagination » ; le troisième, plus petit que les autres, s’appelle « Jugement ».

Sur les rives de la Mémoire, on entend jour et nuit un ramage importun de geais, de perroquets, de pies, d’étourneaux de linottes, de pinsons, de toutes les espèces qui gazouillent ce qu’elles ont appris. La nuit, ils ne disent mot, car ils sont pour lors occupés à s’abreuver de la vapeur épaisse qu’exhalent ces lieux aquatiques. Mais leur estomac cacochyme la digère si mal qu’au matin quand ils pensent l’avoir convertie en leur substance, on la voit tomber de leur bec aussi pure qu’elle était dans la rivière. L’eau de ce fleuve paraît gluante, et roule avec beaucoup de bruit ; les échos, qui se forment dans les cavernes, répètent la parole jusqu’à mille fois ; elle engendre de certains monstres dont le visage approche du visage de la femme. Il s’y en voit d’autres plus furieux, qui ont la tête cornue et carrée, et à peu près semblable à celle de nos pédants. Ceux-là ne s’occupent qu’à crier, et ne disent pourtant que ce qu’ils ont entendu dire les uns des autres.

Le fleuve de l’imagination coule plus doucement ; sa liqueur légère et brillante étincelle de tous côtés. Il semble, à regarder cette eau d’un torrent de bluettes humides, qu’elles n’observent en voltigeant aucun ordre certain. Après l’avoir considérée plus attentivement, je pris garde que l’humeur qu’elle roulait dans sa couche était pur et potable, et son écume de l’huile de talc. Le poisson qu’elle nourrit, ce sont des remores, des sirènes et des salamandres ; on y trouve, au lieu de graviers, de ces cailloux dont parle Pline, avec lesquels on devient pesant quand on les touche par l’envers, et légers quand on se les applique par l’endroit. J’y en remarquai de ces autres encore, dont Gygès avait un anneau, qui rendent invisibles, mais surtout un grand nombre de pierres philosophales éclatent parmi son sable. Il y avait sur les rivages force arbres fruitiers, principalement de ceux que trouva Mahomet en Paradis, les branches fourmillaient de phénix, et j’y remarquai des sauvageons de ce fruitier où la Discorde cueillit la pomme qu’elle jeta au pied des trois déesses ; on avait enté dessus des greffes du jardin des Hespérides.

Chacun de ces deux larges fleuves se divise en une infinité de bras qui s’entrelacent ; et j’observai que quand un grand ruisseau de la Mémoire en approchait un plus petit de l’Imagination, il éteignait aussitôt celui-là ; mais qu’au contraire, si le ruisseau de l’Imagination était plus vaste, il tarissait celui de la Mémoire.

Or, comme ces trois fleuves, soit dans leur canal, soit dans leurs bras, cheminent toujours à côté l’un de l’autre, partout où la Mémoire est forte, l’imagination diminue ; et celui-ci grossit, à mesure que l’autre s’abaisse.

Proche de là coule d’une lenteur incroyable la rivière du Jugement ; son canal est profond, son humeur semble froide ; et lorsqu’on en répand sur quelque chose, elle sèche au lieu de mouiller. Il croît  parmi la vase de son lit des plantes d’ellébore, dont la racine qui s’étend en longs filaments nettoie l’eau de sa bouche. Il nourrit des serpents, et dessus l’herbe molle qui tapisse ses rivages un million d’éléphants se reposent. Elle se distribue comme deux germaines en une infinité de petits rameaux ; elle grossit en cheminant et, quoiqu’elle gagne toujours pays, elle va et revient éternellement sur soi-même.

De l’humeur de ces trois rivières tout le soleil est arrosé ; elle sert à détremper les atomes brûlants de ceux qui meurent dans ce grand monde ; mais cela mérite bien d’être traité plus long… »

« Les Etats et Empires du soleil ». Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), épicurien et gassendien.

.....

De Guiche : Ma chaise et mes porteurs, tout de suite : je monte / Vous, Monsieur !...

Une voix dans la rue, criant : Les porteurs de Monseigneur  le comte / De Guiche !

De Guiche, qui s’est dominé, avec un sourire : … Avez-vous lu Don Quichot ?

Cyrano : Je l’ai lu / Et me découvre au nom de cet hurluberlu.

De Guiche : Veuillez donc méditer alors…

Un porteur, paraissant au fond : Voici la chaise.

De Guiche : Sur le chapitre des moulins !

Cyrano, saluant : Chapitre treize.

De Guiche : Car lorsqu’on les attaque il arrive souvent…

Cyrano : J’attaque donc des gens qui tournent à tout vent ?

De Guiche :  Qu’un moulinet de leurs grands bras chargés de toiles / Vous lance dans la boue.

Cyrano : Ou bien dans les étoiles !

 Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand. 1897.

…..

Epicure, Gassendi, Servantes, Cyrano de Bergerac… Liens persistants, contradictoires mais qui ont des résonnances historiques… P.A.

 

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