Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 07:32

 

De l’anecdote banale au général essentiel…

et petite autobiographie…

 

J’ai adhéré au PCF en 1963. Pour avoir mené quasiment tout seul l’organisation d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, séance de cinéma de quartier, location de la salle et du film, financement par démarchage auprès de la population et des commerçants, une camarade militante du Secours Populaire membre du comité de section a proposé mon élection comme secrétaire à la propagande. Ainsi se nommait la tâche de diffusion des idées communistes dans l’organisation des sections.

Il s’agissait de la section de St Loup, une partie du 10° arrondissement de Marseille. J’y militais étant adhérent de la cellule du Lycée Marcel Pagnol ou j’étais entré comme T.O.S. après quelques autres expériences professionnelles comme un tout petit peu ouvrier agricole, un peu plus comme coursier dans une grande famille de la bourgeoisie marseillaise et un court temps comme ouvrier métallo dans une petite « usine du XIX° siècle » de St Lazare à 60 heures par semaine, 10 heures par jour du Lundi au Samedi, expérience terminée par un petit accident de travail.

Je fus confirmé dans cette tâche à la conférence de section suivante. Et élu pendant 10 ans, après 1968 en tant que « secrétaire politique », comme on disait et après mon mariage et mon rôle dans le mouvement de 1968, occupation de l’établissement, participation à l’organisation de 2 versements successifs de 170 Fr (Deux fois  80 M. d’AF), aux grévistes et non-grévistes fonctionnaires de tout l’Est de Marseille jusqu’à La Ciotat, effectués magnifiquement et dans une honnêteté naturelle par les « Dames des réfectoires » de l’établissement et les organisations syndicales des différents secteurs d’activité correspondant à l’opération.

Mon élection de 1965 a eu une particularité. J’y ai développé deux thèmes, outre les thèmes des projets fédéraux et centraux du moment : celui de l’Épilogue de « Les Poètes » d’Aragon parus en 1961 que j’avais acheté alors que j’étais coursier et celui de l’économie mixte à la suite de la lecture du livre d’Henri Claude « La concentration capitaliste », 1965 (1).

Cela m’a valu 7 voix contre dont des camarades sont venus franchement s’expliquer, les justifiant par deux arguments : tu travailles bien, mais nous ne sommes pas d’accord avec toi. Ces 7 voix sont un avertissement sans empêcher ton élection. Dans ces 7 voix il y avait d’anciens résistants de grande valeur et des ouvriers de grande valeur, menant des batailles exemplaires dans leur entreprise autant sur les revendications de temps de travail et de salaire, que de gestion d’entreprise. Ils menèrent d’ailleurs une réflexion dans les années 1970 sur l’introduction de la numérisation dans la production de leur entreprise et au-delà. Et ils ne furent pas écoutés au point d’être balayés dans le mouvement de prise de responsabilité interne au Parti.

Ceci semble une anecdote locale mais contient déjà le triomphe du libéralisme, dans le mouvement compliqué de l’histoire, des victoires du Vietnam et du Portugal à la répression de Pinochet, de l’eurocommunisme  à la trilatérale et au G7, G20, et la « chute du Mur de Berlin » etc… .

Il n’est pas jusqu’à Lucien Sève, philosophe au sens strict, qui fasse du rappel de la NEP le centre de son entretien de l’Humanité (qui manque d’autocritique du manque d’humilité par rapport à un parcours personnel), par l’ami Pierre Chaillan. Il y a bien longtemps que la commission économique du PCF a fait la démonstration de l’échec du « socialisme réel » dans l’abandon de la NEP.

L’erreur fondamentale gauchiste qui a dominé et la social-démocratie et le communisme stalinien à divers degrés d’autoritarisme et de colonialisme, mais fondamentalement stalinien dans la conception philosophique et économique de la transformation sociale. Le nez sur le guidon, le mouvement ouvrier a eu cependant de grands réalisateurs tels Ambroise Croizat, qui s’appuyant sur les luttes de 1936 comme celles de la Résistance et de la Libération, ont tracé des avancées telles la Sécurité Sociale et son développement ultérieur que le rapport de force dans la lutte des classes n’ont pas permis. Ce sont au contraire des reculs qui se sont produits, à l’intérieur des avancées des forces productives.

La Nouvelle Politique Economique de Lénine faisait le constat qu’on ne peut passer en quelques années et même quelques mois d’une économie marchande à une économie socialiste et communiste. Il était nécessaire qu’une économie mixte permette un degré de développement des forces productive et les transformations y compris mentales qu’elles induisaient pour correspondre en quantité et en qualité à une société d’où soit éliminées la vente-achat-vente' de la force de travail, et l’accumulation capitaliste stricto sensu dans le cycle A-M-A’. C’est-à-dire que l’accumulation soit régulée afin d’établir un rapport sain antre développement technique et besoins sociaux, leur croissance qualitative et quantitative et leur complexification concomitante avec celle des forces productives.

Le communisme de guerre de 1917-1920 issu de la guerre civile a joué un grand rôle dans la difficulté de concevoir le développement de la NEP, et permis au stalinisme philosophique et économique de s’installer durablement et aboutir à l’échec que l’on sait, dans sa compétition avortée avec le capitalisme, même si des expériences et des réussites n’ont pas manqué.

Mais la commission économique et Paul Boccara et Henri Jourdain (CC de 1966 sur les intellectuels, et de 65 sur l’économie et leurs suites à long terme) n’ont pas seulement souligné les difficulté et finalement l’échec dans cet abandon, ils ont développé des analyses et des propositions de processus de transition d’un type d’économie à un autre type d’économie correspondant au dépassement d’une économie ne correspondant plus aux forces productives et aux besoins sociaux à une économie de développement futur du processus de l’humanité et de l’humanisation allant jusqu’à une anthroponomie dépendante en santé et en unité, de l’évolution globale et du foisonnement de l’activité humaine, et dont l’ergologie et les thèses d’Yves Schwartz démontrent à la fois les conditions de développement en santé comme l’énigmaticité et l’aléatoire.

De l’échec du « socialisme réel » naît l’aggravation de la crise de suraccumulation-dévalorisation du capital, c’est-à-dire l’échec de la réforme de fond impossible du capitalisme et un blocage progressif de plus en plus rapide du progrès de satisfaction des besoins sociaux et de leur processus.

Le double échec du "socialisme réel" et de l’hyper-libéralisme et l’hyper-présidentialisme qui vont de pair, naît la question d’un autre type de développement et de mode d’échange et de production.

Jusqu’à Jane Fonda qui dans sa déclaration devant la Maison Blanche de Trump déclare la responsabilité du système économique et social. Ce n’est pas un grand étonnement de sa part ni une garantie d’analyse globale, mais quel courage et quel signe des temps.

Certes, mon analyse d’aujourd’hui est aussi faite de l’inconscience du mouvement de ma propre vie dans ces événements, mais aussi de l’intuition d’alors et de celle de nombreux militants qui n’a pas eu d’effet au moment nécessaire. Ce qui n’empêche pas d’être utile aujourd’hui que se posent urgemment et concrètement une crise paroxysmique du système. Crise systémique, analyse et action, 3 ordres du jour concomitants et incontournables à la survie de l’humanité.

Sur la question de la catastrophique dichotomie Philosophie/Economie dont l’unité est exemplaire dans l’œuvre et l’action de Marx et d’Engels, j’ai noté la disparition de la citation d’Yves Schwartz en tant que philosophe dans certains ouvrages de Lucien Sève, alors que je considère pour ma part que l’ergologie, vu par un marxiste, contient cette  unité.

L’ostracisme subie par l’économie marxiste se retrouve en partie dans le mouvement communiste sous la forme de supplément d’âme qu’elle a subi, contre lequel les évènements plaident, avec un succès encore relatif pour le moment. La présence des économistes communistes dans les grands conflits pour l’emploi « industriels et numérique » en complémentarité indissoluble est d’une grande importance.

Mon travail ultérieur des années 1990-2000 dans les instances nationale de la FSU, (Je suis aujourd'hui retraité CGT) en particulier sur le temps de travail et celui dans une commission du Secrétariat Général au Plan et ses avatars, sur le travail dit « non qualifié »,  et ma critique du plan Borloo, mon "ouverture", en 1984 avec Chiara, sur une autre réalité, la réalité italienne, m’ont aidé à élargir ma vision sur la mise en pratique des orientations du capital dans les institutions de la République qui a de plus en plus de mal à y résister. Les luttes ont besoin d'une visée économique, de gestion et d’élargissement au-delà de la nation, et vers la BCE entre autre…

Si le développement économique de La Chine tient d’une sorte d’immense NEP permettant une capitalisation initiale puis une autonomie grandissante, il n’empêche que la crise de suraccumulation-dévalorisation la touche dans le système global de mondialisation capitaliste financiarisé. Les solutions mondiales ne sont pas absentes des propositions des économistes communistes, les luttes populaires et avant tout des salariés qui en sont le centre ont besoin de les intégrer.

Pierre Assante, 10 novembre 2019.

(1) Et « Les Bains », 1930, pièce de théâtre traduite par Elsa Triolet dans un livre sur Maïakovski achetée à la Librairie de la Renaissance sur le Vieux Port,  dans lesquels la hiérarchie de l’usine est expulsée de « la machine à aller dans le futur » au profit de l’ingénieur, de la secrétaire et de l’OUVRIER.

 

Cliquer ci-dessus

L’HUMANITÉ ENTRE  DANS SON ADOLESCENCE.

https://pierreassante.fr/dossier/RECUEIL_FEVRIER_2019_L_HUMANITE_ENTRE_DANS_SON_ADOLESCENCE..pdf

 

*Tous les articles du blog (par séries de 25). Cliquer sur le nombre de la série choisie: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 70 80 90 100 101 102 103 104 105 106 107 108

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

B
Du fait du mouvement d'accumulation et de concentration du capital ,une poignée de multinationales détient toute l'économie ,y compris financière . Aujourd'hui les agriculteurs ne représentent plus que 1,5 pour cent de la population active , contre 65 pour cent en 1805 . Les artisans ,les commercants ,les petites entreprises représentent 6,5 pour cent .Les salariés représentent 92 pour cent , beaucoup de citoyens tombent dans le salariat ,voir le précariat avec les petits boulots , contre 52 pour cent dans les années 1950 . Karl Marx disait que le capitalisme créé lui meme ses propre fossoyeurs . A condition d'en prendre conscience . Toute notre difficulté c'est de pouvoir créer un rapport de force suffisant pour tenir tète aux multinationales .Il nous faut rassembler tous les travailleurs , y compris les artisans ,commercants ,petits entrepreneurs . Nous sommes tous victimes de la concentration du capital dans de moins en moins de mains .
Répondre
P
On sent bien que l'humanité s'agite pour trouver une sortie de ses maux. Mais elle n'en est pas encore à la construction d'un nouveau système économique et social en santé et dans le monde numérisé, Nouveau dont existent pourtant les prémisses. Combien de temps faut-il ? Comment situons nous notre courte existence dans le temps long de l'évolution.

Présentation

  • : Le blog de pierre.assante.over-blog.com
  • : Ce blog contient, sous la forme d'essais,de nouvelles, de poésies, une analyse des contradictions du mode de production, des devenirs possibles, en particulier en rapport avec l'activité humaine, le travail, l'ergologie
  • Contact

pierre.assante.over-blog.com

Recherche