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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 10:02
Extrait de Télérama du 30 Nov. 2019 (Voir note 1)

 

DE CONSTANTIN A THEODOSE.

République et Empire. Philosophie et religion. Sciences et mythes. Crise systémique et transformation du système...

 

Sept siècles après Epicure, l’épicurisme est interdit dans l’Empire. Il va de pair avec l’interdiction de cultes païens. Mais il consacre l’interdiction d’une philosophie s’appuyant sur le matérialisme et la réflexion scientifique sur la matière.

Ce passage de la philosophie à la religion d’Etat au profit du christianisme récupéré par l’Empire depuis Constantin, est aussi un passage limitant relativement la science à la technique, non d’une façon stricte évidemment, mais dans la démarche du pouvoir et de ses effets sur toute la société. Certes il ne s’agit pas d’un renversement brutal. Ce moment historique procède d’une longue évolution où la classe dominante, la classe esclavagiste, n’est plus à même de dominer le système qui l’a faite naître, parce que le système qui l’a faite naître, en se développant, accroît les effets de ses propres contradictions, effets dominants sur les dominés eux-mêmes. Certes la condition des maitres d’esclaves et celle des esclaves et des paysans pauvres et artisans n’est pas la même, et pourtant la même dans le rapport d’aliénation que contient le système et qui pèse sur toutes les activités de la société esclavagiste, comme les contradictions du capital pèsent sur celles de la société capitaliste, c’est à dire les êtres humains qui la composent.

Le christianisme naît dans une société esclavagiste impériale, impérialiste non sur le mode du capital, évidemment car les lois du mode de production et d’échange esclavagiste ne sont pas celle du mode de production capitaliste, mais contiennent en germe les modes de production futurs qui ne sont pas prédéterminés, ni dans la forme, ni dans le fond,  mais procèdent par causalité aléatoire. Le christianisme procède donc d’un mode de production esclavagiste, et des formes de domination propres à ce mode de production et d’échange, une forme antique du colonialisme, l’occupation impériale d’une Palestine héritière de la philosophie du monde marchand méditerranéen, entre autre, jusque dans la contestation protestante du moment historique de sa religion. Quant aux rapports de production, dans leurs effets sur les dominés, les paysans pauvres endettés par exemple il est décrit magistralement par Salvien de Marseille : « les citoyens romains vont chercher chez les Barbares l’humanité qu’ils ne trouvent plus dans l’Empire ». Bagaudes, exil volontaire chez les « Barbares » ou auto-vente d’eux-mêmes ou de membres de la famille pour « rembourser la dette » auprès des grands propriétaires. Et à l’instar d’une bourgeoisie opprimée avant la révolution bourgeoise, les couches marchandes des villes trouvent dans le christianisme une réponse individuelle mais limitée et sans lendemain à leur contestation du pouvoir.

Mais nous n’en sommes pas à la constitution d’un mouvement révolutionnaire opératif ni de la part des marchands, ni de la part des citoyens soldats, ni de la part des colonisés, ni de la part des paysans pauvres et ni de la part des esclaves, classe exploitée « par excellence ». Cette absence de classe révolutionnaire transformatrice et résolutive des contradictions du mode de production de l’Empire, induira une chute de l’Empire, annoncée par Salvien vers 439 sous la pression de la crise de production et d’échange, dans laquelle s’engouffrera le mode d’échange et de production de barbares, exempt du principe de propriété foncière. C’est une sorte de "mitochondrie" sociale entre vestige de l’empire et de son organisation religio-sociale, dans laquelle le monachisme économique, idéologique et culturel, entre autre, que le féodalisme (puis la monarchie) transformera en force à son service, et qui mettra quelques siècles à reconstituer une nouvelle forme instituée de mode de production et d’échange. La « guerre de paysans » allemands de La Renaissance illustre la double fonction du christianisme et « le matérialisme dans le christianisme » décrit par Ernst Bloch

Cette contestation de l’Empire ne trouve pas dans le système les forces sociales aptes à s’emparer de la gestion pour la transformer, à dépasser les contradictions du système dans un système nouveau. Révolution des forces productive et évolution des forces sociales aptes à les orienter vers et dans un mode nouveau de production ne peut se constituer : si l’institution de la puissance militaire et institutionnelle de l’Empire ne le permet pas, c’est aussi parce que le mode de production et d’échange n’est pas apte à créer une classe révolutionnaire, elle  détruit les prémisses de toute constitution d’une classe révolutionnaire de par sa formation économique elle-même.

Est-ce que le « dépassement » de la classe ouvrière d’industrie mécanisée dans les puissances capitalistes « occidentales » dominantes produirait le même effet ? Oui et non : oui si on isole du monde d’une façon abstraite la classe ouvrière de ces puissances, non si on considère que le mode de production a gagné la société mondialisée et qu’on observe les rapports de production globaux et en particulier la formation d’une classe ouvrière de main d’œuvre et une classe ouvrière qualifiée (Ingénierie, formation etc., dans la numérisation entre autre), dans les pays dits émergents, qui sont à même de contrebalancer l’hégémonie du capital dominant, économiquement et culturellement, idéologiquement. La Chine en s'emparant du mode de production capitaliste et en se développant sur ce mode a créé les conditions d’émancipation de l’impérialisme dominant. Ce mouvement existe avec des avancées et des reculs, dans les autres puissances émergentes, et dans le monde en général. L’idéologie qui est l’expression d’une classe dominante et en réaction minoritaire d’une classe dominée appelée à une nouvelle hégémonie de transition, peut laisser, dans ces conditions,  progressivement, la place à une avancée scientifique et culturelle, technique et philosophique, de et pour tous.

En se développant dans le mode de production capitaliste, les puissances émergentes rencontrent les contradictions du système global : baisse tendancielle du taux de profit, suraccumulation-dévalorisation du capital, augmentation d’un capital constant, dont le capital mort cristallisé en moyen de production en développement,  inemployable à un taux de profit suffisant. Cette contradiction globalisée, aggravée exponentiellement par la numérisation mondialisée, et l’expansion exponentielle des moyens techniques de production et de coercition dont dispose le capital, ouvre une nouvelle phase de crise du système qui n’a plus de nouveau champ d’expansion de l’exploitation, ni géographique, ni économique, ce qui ne va pas l’un sans l’autre : dans les deux cas c’est les lois-tendance du capital qui se heurtent à ces limites, se dissolvent en se rigidifiant, donc crise aussi des valeurs morales. La croissance de l'humanité est en crise dans la crise du système, à double sens, en aller-retour simultané.

La République grecque en danger et la République romaine en danger, qui en hérite, dans leur passage à l’impérialisme antique font appel à la philosophie, la transforment en une sorte de rite religieux, et la remplacent finalement par un retour aux mythes religieux. Tout paradigme strict écarté, un phénomène ressemblant se produit ici et maintenant dans la crise du capitalisme galopante et induit des nihilismes à la fois violents et suicidaires sur la désorganisation de l’ordre social voulu et non voulu à la fois par le capital lui-même pour tenter des remèdes à sa crise, remèdes illusoire.

Remèdes illusoires, mais dont les têtes sont pleines, et dont les comportements soumis et dubitatifs pèsent sur l’idée de transformation rationnelle, démocratique, culturelle, en santé, ouvrant la voie d’un développement de la personne dans celui de la société.

Si nous ne voulons pas d’une fin d’Empire du capital dominant et du capitalisme global sans issue, sinon de trop longue durée pour garantir un processus social en santé, il est nécessaire d’identifier les forces sociales du local au mondial dont les intérêts s’opposent au système, aptes à s’organiser, et à partir de quel noyau au cœur de la production donc au cœur des contradictions à résoudre. Cette identification n’est pas une découverte du jour, mais elle n’est pas figée parce que l’évolution des moyens de production ne l’est pas non plus. Un, des partis de transformation, des forces syndicales et associatives de transformation qui ne seraient pas une expression consciente du processus inconscient de la société n’ont aucune chance d’être autre chose que des protestations montantes, grandissantes mais limitées, impuissante à résoudre les contradictions qui bloquent de plus en plus la société humaine et toutes ses composantes, et la personne, et l'homme producteur au sens large.

Une transformation qualitative macro ne peut passer que par une catharsis issue d’une accumulation quantitative des perceptions et des concepts qu’elles peuvent induire dans le cortex humain. La mise en commun de cette accumulation dans une transformation qualitative collective de la conscience humaine, c’est ce qui s’est produit dans la classe bourgeoise qui s’est emparé de leviers de la production et de l’échange pour les transformer.

Mais il s’agit aujourd’hui de transformer un mode de production globalisé, mondialisé. Il ne s’agit plus d’une civilisation de la bourgeoisie révolutionnaire, devenue conservatrice dans le développement de son système, son propre développement, et son immense concentration au détriment de la masse des composantes sociales divisées. Cueillir le mouvement du capital pour le mettre au service des besoins sociaux, c’est une phase d’un processus radical plus ou moins lent ou rapide allant de l’échange A-M-A’ vers l’abolition de la vente-achat-vente’ de la force de travail et de l’aliénation des produits du travail et des gestes du travail qu’elle contient. C’est aller vers une civilisation de toute la société, sans classes sociales antagonistes.

Pierre Assante. 2 novembre 2019.

Note (1). Je ne partage pas le texte de l'illustration, mais il est un révélateur très intéressant d'un ressenti et d'un état de l'opinion qui se reflète au cinéma et dans les arts actuels, sous de multiples et diverses formes.

 

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