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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 09:11

Publié une première fois le 01/11/2019

CRITIQUE DE  PHILIPPE AGHION

 

PHILIPPE AGHION a sévi toute la semaine de 05h à 06h sur France Culture.

La démarche est tout à fait dangereuse car elle veut répondre implicitement à la critique marxiste de l’économie politique au moment où celle-ci, à la lumière de la crise, prend de l’ampleur dans la société malade de la crise de suraccumulation-dévalorisation du capital et en recherche d’issue pour répondre aux besoins sociaux et leur développement-complexification.

Aghion, c’est un schumpétérisme plus à droite, plus extrême libéral et même d’extrême droite, à son corps défendant ou pas, car enfin qu’est-ce que l’extrême droite économique ou l’extrême droite tout court,  sinon la promotion d'un système où est exclu de fait sinon d’intention apparente, une véritable mise en commun solidaire des efforts humains dans une organisation économique, politique, culturelle de la société y correspondant.

A ceux qui contestent le bien-fondé d’une ascèse anthroponomique, en voilà une chez Aghion, mais une anthroponomie de droite. Tout ce qui peut aggraver l’effet de concurrence est chez lui un modèle d’organisation sociale répondant aux besoins d’accumulation du capital sensé répondre aux besoins sociaux. La douleur étant l’aiguillon privilégié du progrès en elle-même. L’insécurité de l’emploi serait par exemple source d’inventivité, de recherche et de développement dans la mobilisation productrice de l’individu dans l’entité locale et globale de production et d’échange. La douleur est une alerte utile en tant qu’alerte. La cultiver en soi est un contre-effet débile et même une anti-force physique et mentale.

Cette position n’est qu’une resucée du darwinisme malthusien. La découverte positive de l’évolution n’a pas échappé à une interprétation idéologique qui la conduit, dans le raisonnement du capital, à promouvoir le profit contre le progrès, en l’assimilant au progrès. Je renvoie à la critique du darwinisme malthusien qu’Engels formule dans sa lettre à Lavrov du 12 novembre 1875. Est-ce un hasard ou une concordance historique que ce soit la même année que le congrès de Gotha et la critique de Marx et d’Engels sur ce programme qui se veut scientifique, mais qui ne fait que singer les découvertes économiques de Marx pour les dénaturer, dans la ligne de Lassalle, les transformer en formules éloignées de l’original et les chosifier.

Le syncrétisme a une longue tradition millénaire qui consiste à « vulgariser » les découvertes savantes et populaires accumulées par la société et les réduire à des modes d’emploi généralisés inapplicable aux réalités multiples et diverses, sinon comme promesses mobilisatrices du moment et défaitistes à la longue.

L’économisme de droite criera à la caricature si nous le résumons à la doctrine de Hobbes « bellum omnium contra omnes, la guerre de tous contre tous, mais c’est ce à quoi conduisent ses réductions.

Le syncrétisme qui a succédé dans l’antiquité aux études philosophique et scientifiques et sociales en action mêlées de Démocrite, Epicure, Solon, Thalès etc., a créé l’expansion d’un monothéisme monarchique reprenant une part de la conscience nouvelle pour la réifier en une promesse sans efficacité.

C’est bien la lutte de classe qui est le moteur de ces avancées antiques et l’échec relatif provisoire de ces luttes, après leurs succès, ramène la science vers les mythes et les stagnations. Dans une période où un mode de production et les forces productives sont en état de relative stabilité, de croissance quantitative, ou les contradictions internes au système et les luttes qu’elles induisent ne sont pas au paroxysme réclamant transformation qualitative, la solution individuelle, provisoire et inopérationnelle est prônée.

La libération des forces productives de l’aliénation du produit du travail et de ses gestes en unité, c’est le communisme, et non l’aggravation du tous contre tous.

La société humaine n’est pas la société animale. Le marxisme est une avancée gigantesque dans la conscience de l’état présent des choses et des possibilités de transformation en santé. Cela ne veut pas dire que le communisme c’est « l’immobilité dans le bonheur et le bonheur dans l’immobilité ». La lutte des contraires et l’unité des contraires, l’accumulation quantitative et la transformation qualitative micro et macro, dans la continuité et le quantum, restent une réalité universelle qui ne souffre aucune mise en pratique dogmatique mais dont la connaissance est un outil pour les choix et l’action humaine.

« L’innovation » est une donnée essentielle du progrès, mais la lutte de tous contre tous n’en est pas la condition. Le constat que la régulation capitaliste est inefficace à long terme et aujourd’hui à court terme, ne conduit pas à la conclusion que la régulation économique et sociale soit impossible. Au contraire elle est la condition de la poursuite d'un processus humain en santé, comme le développe Paul Boccara dans ses « 9 leçons sur l’anthroponomie systémique». Et comme le développe Yves Schwartz dans « Le paradigme ergologique, ou un métier de philosophe » en démontrant les conditions de développement en santé de l’activité de la personne dans l’entité de production et d’échange micro et macro.

Aghion nie une évolution basée sur une construction volontaire que permettent le cortex humain et l'être social qu'est l’homme producteur qui l’a formé. L’accumulation micro et macro des capacités psychiques face aux contradictions de l’organisation sociale micro et macro peut répondre aux besoins de développement sans passer par la destruction de l’individu et de l’espèce et de la civilisation, dans l’élimination par la sélection darwinienne, mais en la transformant. L’homme n’est pas l’animal. Certes il l’est aussi, mais il est plus. La loi du tous contre tous contredit le concept darwinien d’évolution alors qu’elle prétend s’y référer. Darwin lui-même s’y est fait piéger, idéologie dominante agissant négativement sur les grandes découvertes elle-même.

« Théorie et politiques de la croissance » de Philippe Aghion refuse cette réalité : la baisse tendancielle du taux de profit, la suraccumulation-dévalorisation qui y conduit, et l’explosion de la crise économique et sociale que nous vivons et qui menace de devenir catastrophique si nous n’appliquons que les solutions traditionnelles qui se prétendent inventives, parce qu’elles « parlent bien »…

La médiatisation de l’économie conservatrice sous toutes ses formes anciennes et nouvelles ne pourra résister à la réalité des contradictions du système arrivé à obsolescence. Quant à savoir si les capacités humaines sont à la hauteur de résoudre les contradictions d’une croissance basée sur l’exploitation de l'homme par l'homme, la  vente-achat-vente' de la force de travail, l’avenir nous le dira. Mais l’avenir, bon ou mauvais c’est nous, ce que nous décidons et faisons collectivement pour les résoudre ou pas.

L’usage d’une conception de la génétique et de l’épigénétique partant des nouvelles connaissances en la matière tend à être mis au service d’une assimilation des lois du capital à des lois « naturelles » de la société humaine. Cette attaque contre une conception dialectique et matérialiste non dogmatique de l’homme a de graves conséquences sur la bataille idéologique dans tous les domaines, l’économie comprise.

Pierre Assante. 1er novembre 2019.

 

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