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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 05:08

Frédéric Boccara

24 octobre, 16:04 · 

intervention au Conseil National du PCF sur les entreprises

https://www.facebook.com/frederic.boccara/posts/3317270485011091

1- Je me félicite que nous tenions ce CN sur les entreprises, comme cela était notre engagement collectif depuis 2 congrès… Enfin ! Et ce doit être le lancement d’un processus, comme le dit Aymeric, avec la perspective d’une conférence nationale dans un an. En ce sens, il est bon que le rapport aborde à la fois l’analyse de fond et les mesures d’organisation. Je crois qu’en termes d’organisation, il faut peut-être aussi repérer un certain nombre de grands groupes sur lesquels nous pourrions mettre les efforts, parce que nous les considérerions comme importants et décisifs, pour une raison ou une autre (filière, implantation communiste existante, etc.). On voit déjà que les 20 plus grands d’entre eux représentent 2 millions de salariés en France !
2- Sur le fond, il s’agit avant tout de prendre l’entreprise comme un enjeu politique, un enjeu de lutte et un enjeu de pouvoir, comme nous l’avons dit dans le texte adopté au congrès (dong je renouvelle ma demande qu’il soit publié, d’ailleurs…). Il s’agit donc aussi de récuser une quelconque idée « d’union sacrée » autour de l’entreprise. De grandes questions de classe se jouent, dans l’entreprise et autour de l’activité des entreprises. Il faut souligner l’importance de l’entreprise, ses pouvoirs, son rôle, en tant qu’institution qui produit, qui emploie, qui utilise un argent dont une large part est loin d’être privée. Il y a un enjeu idéologique énorme autour de la production. La production des entreprises est décisive, pour le bien comme pour le mal…. Elles produisent des biens et services qui sont au cœur de réponses à pratiquement chaque besoin humain, individuel ou social, en conjugaison parfois avec les services publics, de même que les recherches qu’elles engagent ou les investissements qu’elles décident.
3- Nous voulons prendre l’entreprise de façon forte et nouvelle :
• conjuguer le dedans et le dehors des entreprises avec la double exigence écologique et sociale portée par les travailleurs et par les mobilisations écologiques ou territoriales ;
• conjuguer toutes les catégories du monde du travail (ouvrier.e.s, cadres, ingénieur.e.s, technicien.ne.s, travailleur.e.s des services publics, indépendant.e.s et artisans, …) ;
• Prendre au sérieux la nouveauté radicale portée par la révolution informationnelle et que le système ne veut pas voir.
En effet, la révolution informationnelle pose le développement des capacités humaines comme une priorité, à l’opposé d’un système orienté pour développer le capital. C’est fondamental !
Mais le système saisit la révolution informationnelle par le triptyque capital financier mondialisé et privatisation dans les multinationales. Les informations et technologies sont ainsi englobées par capital financier le plus prédateur qui partage les coûts de R&D comme des coûts fixes sur une base mondialisée, pour renforcer les profits. Partage mais partage monopoliste au sein d’immenses multinationales et contre les êtres humains et la planète. C’est cette accumulation de capital financier qui crée les contradictions terribles préparant « la crise qui vient », nouvel effondrement catastrophique probablement plus fort et plus général que le précédent.
Le travail réalisé par Clément Roll, dont les graphiques sont présentés dans les matériaux de ce CN (« note de cadrage »), montre que la rentabilité globale de l’ensemble des entreprises est plombée par la baisse de l’efficacité du capital, malgré les efforts capitalistes pour rétablir la rentabilité en pesant sur le partage salaires/profits.
Au triptyque dominé par la rentabilité financière, nous opposons le triptyque développement des capacités humaines, services publics et partage coopératif des coûts guidés par des critères d’efficacité économique, sociale et environnementale.
Une manifestation de la révolution informationnelle : les dépenses de formation des entreprises (25 Md€) sont devenues presque équivalentes aux dépenses de R&D (33 Md€). A elles deux, elles représentent environ 20% de l’EBE (profits d’exploitation).
4- Il nous faut nous défaire d’une pente « travailliste », presque naturelle, et voir à quel point l’entreprise, ce n’est pas seulement le monde du travail, mais c’est aussi le monde du capital. Un monde où le capital et ses intérêts décident. Le capital exploite les travailleurs, en leur extorquant une plus-value sous forme de profit, alors que c’est le travail qui produit la valeur, même s’il n’est pas la seule source de la richesse matérielle, la nature y contribuant avec lui. Tandis que les moyens matériels, qui sont issus du travail, démultiplient la puissance du travail humain, de même que la technologie. L’entreprise est un lieu contradictoire : à la fois lieu de conflit et de coercition – pour extorquer un profit – et lieu de coopération car, sous décision du capital, les travailleurs entre eux et avec les machines doivent coopérer pour produire efficacement, y compris pour concevoir des biens et des services.
Le pouvoir du capital s’exerce non seulement sur l’organisation de la production, mais aussi sur les décisions d’embauches et de suppressions d’emplois, mais aussi sur les investissements, sur les décisions de production, et même sur un certain nombre de recherches qui sont engagées.
Il est donc décisif de faire la clarté sur le capital, adversaire commun, le dénoncer : ses coûts (300 Md€ d’euros, en dividendes et charges d’intérêt) prélevés sur les richesses produites, sa logique et sa domination. Par exemple, les 200 Md€ d’aides publiques (y compris exonérations et fiscalité spécifique) ne sont pas au bénéfice des « entreprises » mais pour conforter les profits, pour nourrir le capital.
On ne peut pas sérieusement augmenter les salaires ou créer massivement des emplois, comme c’est pourtant nécessaire, ou développer la protection sociale et les services publics sans faire reculer le coût du capital.
5- La question de la production et d’une tout autre production, à la fois dans sa mise en œuvre (type et quantité d’emploi) comme dans ses résultats, ou dans la technologie utilisée ou développée, est déterminante. La production est nécessaire, mais ne doit épuiser ni les êtres humains, ni la nature, tout en répondant aux besoins humains.
Il s’agit donc de prendre la production des entreprises dans un triangle de progrès : objectifs sociaux et écologiques, pouvoirs nouveaux, moyens financiers, en orientant leur activité par d’autres critères que ceux de la rentabilité. Il ne s’agit pas de nier la question des coûts auxquels peuvent être sensibles – et à juste titre -- aussi bien les couches les plus populaires et les plus ouvrières que les couches moyennes et supérieures. Il s’agit d’avoir une autre logique de la baisse des coûts. Nous voulons baisser les coûts pour ne pas épuiser les êtres humains, ni la nature, en baissant les coûts du capital pour permettre les dépenses humaines et de R&D, ou les dépenses pour les services publics. Ces dépenses sont le cœur d’une nouvelle efficacité, révolutionnaire, à laquelle le capital s’oppose radicalement par toute sa logique.
Le levier de l’argent est décisif pour changer cela : utilisation des profits des entreprises pour développer vraiment les entreprises (emploi, investissement, R&D), utilisation du crédit bancaire, fonds publics (ou aides publiques), épargne. A chaque fois avec de tout autres critères : autres critères de gestion et autres critères d’utilisation des fonds. L’économie de capital (dont l’économie de consommations de matières et de pollutions fait partie) et le développement des capacités humaines, c’est donner un autre contenu de classe à la production : efficacité du capital contre rentabilité, et valeur ajoutée disponible pour les populations et les territoires contre la masse de profit.

6- La bataille pour une nouvelle production est inséparable du combat pour une nouvelle industrialisation : reposant sur une articulation entre industrie et services non prédateurs, une industrialisation pilotée par les services publics, dont les capacités humaines sont le cœur d’efficacité. Une industrialisation visant la réponse aux besoins écologiques et sociaux – d’emploi, de revenus, de baisse du temps de travail et de consommation privée et sociale. Cela pose à la fois la question d’un autre contenu du travail, de sa maîtrise, mais aussi d’un autre rôle du travail lui-même et du temps de travail. Ce qui renvoie à la fois à notre proposition de sécurité d’emploi et de formation, à notre vision de la démocratie et à notre vision de civilisation où la vie hors travail et le développement de chacune et chacun sont aussi importants que le travail et l’emploi.
Dire cela c’est voir l’enjeu d’une solidarisation à construire entre les différentes couches de salariés, des solidarisations réelles, d’intérêt communs et des concertations entre travailleurs et habitants non actifs ou en formation, mais aussi : travailleurs des services et de l’industrie, travailleurs des banques et des entreprises, travailleurs des services publics et des entreprises, ouvriers, techniciens, ingénieurs, cadres, ou avec les privés d’emploi. Et bien sûr avec les retraités.
7- Quatre batailles me semblent devoir être pointées. La bataille écologique, celle pour une SEF (une sécurité d’emploi et de formation), celles sur les restructurations, licenciements et fusions avec la crise financière qui vient, et enfin toute la bataille sur les baisse du dit « coût du travail » avec sa phase nouvelle de « baisse des impôts à la production » et d’un renforcement des exonérations de cotisations sociales. Nous voulons au contraire, je l’ai dit baisser les coûts du capital pour permettre les dépenses de développement efficaces (embauches, salaires, qualifications, R&D, d’autres investissements matériels) et les dépenses pour les services publics (y compris la retraite et la protection sociale). C’est une bataille idéologique majeure qui doit imprégner toutes interventions. Elle doit imprégner aussi tout notre « communication ».
Je pense que nous devrions nous organiser d’une part pour avoir du matériel utilisable dans les entreprises sur ces 4 grandes sujets. D’autre part, peut-^tre pas tout de suite, mais au moins dans la perspective de la conférence nationale sur les entreprises, nous pourrions travailler à la mise en place d’une sorte de cellule de veille, d’alerte et d’appui sur la situation des entreprises, les restructurations et les luttes qui s’y déroulent, combinant notamment l’apport de plusieurs secteurs de travail du CN.
8- S’y ajoute une cinquième bataille. Celle pour une autre mondialisation, une mondialisation de partage et de coopération. C’est en particulier la bataille pour des traités de maîtrise des échanges et investissements internationaux visant le développement de l’emploi et des biens communs. C’est-à-dire un renversement complet des principes actuels des traités internationaux libre-échangistes (Ceta, Tafta, Mercosur, etc.) dont les échanges internationaux sont le but en soi, avec la protection des « revenus de l’investisseur », c’est à dire les profits du capital. Le but au contraire deviendrait de développer les biens communs (emploi, santé, environnement, ..).
Cela pose la question du rôle des multinationales, avec au cœur les institutions internationales (FMI, OMC, ONU) et une monnaie commune alternative au dollar des Etats-Unis.
C’est dans cet esprit que nous avons décidé d’organiser une rencontre internationale de deux jours en décembre ou en janvier, intitulée « Révolutionner la mondialisation ».

 

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